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Marco Mille: Le Premier ministre "avait bien envie de me virer"
Luxembourg 4 min. 15.01.2013 Cet article est archivé

Marco Mille: Le Premier ministre "avait bien envie de me virer"

Marco Mille s'est mis assis dans l'hémicyle, seul face aux 13 membres de la commission parlementaire enquêtant sur le SREL, et aux nombreux journalistes sur le balcon de la Chambre des députés.

Marco Mille: Le Premier ministre "avait bien envie de me virer"

Marco Mille s'est mis assis dans l'hémicyle, seul face aux 13 membres de la commission parlementaire enquêtant sur le SREL, et aux nombreux journalistes sur le balcon de la Chambre des députés.
Photo: Serge Waldbillig
Luxembourg 4 min. 15.01.2013 Cet article est archivé

Marco Mille: Le Premier ministre "avait bien envie de me virer"

Jean-Claude Juncker "m'a dit: j'ai bien envie de te virer!" a raconté Marco Mille devant la commission d'enquête parlementaire mardi à la Chambre des députés. L'ancien directeur du SREL a qualifié les services secrets de "black box". L'audition s'est déroulée à huis clos, dans un second temps.

Plutôt disposé à dire ce qu'il savait aux membres de la commission d'enquête parlementaire chargés de comprendre le fonctionnement du Service de renseignement de l'Etat (SREL), son ancien n°1, Marco Mille, a répété ne pouvoir répondre publiquement à certaines questions épineuses. De sorte que la séance publique jusqu'à 16 h 40 s'est ensuite déroulée à huis clos.

L'ancien directeur du SREL a précisément daté la rupture effective avec Jean-Claude Juncker (son ministre de tutelle) lors d'un entretien du 16 décembre 2008. C'est le jour-là que le Premier ministre a confronté le directeur de ses propres services secrets avec l'enregistrement que ce dernier avait réalisé, à son insu , à l'aide de la fameuse montre bracelet!

"La réaction spontanée du ministre d'Etat était de ne pas être content comme vous pouvez vous l'imaginer! il a réagit sur le plan émotionnel. Et il a dit spontanément: J'ai bien envie de te virer!", raconte Marco Mille.

Pas de pression pour partir mais 7 ans de congé sans solde

Mais ensuite "on a discuté et j'ai expliqué mes raisons. Je ne pense pas qu'il les ait approuvé mais il a compris. La conséquence, c'est qu'il en a informé la Commission de contrôle parlementaire. Après quoi nous avons, je dirais, continué à travailler ensemble de façon correcte", estime Marco Mille devant les députés de la commission.

A leurs nombreuses questions sur des pressions qu'il aurait ensuite subi pour quitter le SREL (fin février 2010) , Marco Mille a clairement répondu que son départ était un changement professionnel normal et qu"une séparation en mauvais termes n'était dans l'intérêt de personne".

Marco Mille est, dans la foulée, devenu responsable de la sécurité du groupe allemand Siemens, en prenant "un congé sans solde de sept années".

Lorsque Marco Mille est arrivé aux services secrets en 2003, il a découvert un "Service très fortement compartimenté. Les unités connaissaient leur boulot. Mais l'une ne savait pas ce que faisait l'autre!"

Du coup, il était quasi impossible d'avoir une vue d'ensemble des services secrets, avoue son ancien patron alors que l'époque de la Guerre froide qui justifiait la raison d'être du Service, était encore dans la tête des agents plus anciens.

L'ancien "chef de branche" se souvient d'un fonctionnement du SREL façon "ancienne école" dans laquelle il fallait d'abord "gagner la confiance" des collaborateurs et faire face "à certaines résitances". Ce qui "n'était pas productif" et même "extrêmement dangeureux", à ses yeux.

Des agents agissant pour leur propre compte: c'est possible

Quant à la "black box" c'est l'expression que Marco Mille a choisi pour désigner le "coffre-fort" du SREL: son ancien système d'archivage qui ressemblait plutôt à un labyrinthe contenant des infos existantes mais disséminées en plusieurs mains et lieux.

L'ennui, et l'ancien patron du SREL a insisté sur ce phénomène, c'est que la base légale pour le traitement des données emmagasinées par les agents du SREL, c'est-à-dire un règlement grand-ducal adapté, n'existait pas. Qu'il s'agisse de rassembler, d'enregistrer, de conserver ou même d'effacer des données "quoi qu'on fasse on aurait été en conflit avec la loi", concède Marco Mille.

Quant aux écoutes téléphoniques, l'ancien patron du SREL a décrit la procédure à suivre et finalement avalisée par le ministre d'Etat mais a reconnu "ne pas pouvoir exclure que des agents du SREL aient agi pour leur propre compte". Voire même qu'il en ait été l'objet. Fait est que "les demandes sortaient avec ma signature" et que "l'autorisation se fait sur le nom d'une personne" et non sur le nombre de lignes à surveiller.

"Et sans votre autorisation était-ce possible?", demande le député Claude Meisch. Réponse de l'ancien patron des services secrets: "On peut en discuter... mais pas publiquement".

Dans dix jours, le vendredi 25 janvier, ce sera au tour du Premier ministre, Jean-Claude Juncker, d'être auditionné par la même commission parlementaire.

Maurice Fick


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