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Marc Angel: «J'ai appris le français avec la télé et la radio»
Luxembourg 5 min. 28.03.2018 Cet article est archivé

Marc Angel: «J'ai appris le français avec la télé et la radio»

Marc Angel: «J'ai appris le français avec la télé et la radio»

Guy Jallay
Luxembourg 5 min. 28.03.2018 Cet article est archivé

Marc Angel: «J'ai appris le français avec la télé et la radio»

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Ses souvenirs les plus lointains de la langue française remontent à l'enfance: il dit avoir "absorbé" le français tout comme l'allemand, sans avoir à apprendre. Traducteur de formation, le député socialiste Marc Angel nous parle des mots, qu'il affectionne, et de sa vision de la société luxembourgeoise d'aujourd'hui.

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d'octobre prochain, nous avons décidé d'interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu'à l’été.   

  • Racontez-nous vos souvenirs d'enfance avec la langue française...

J'ai grandi dans un univers assez francophone. Ça n'avait rien d'élitiste, c'était naturel. Mon père avait fait ses études en partie à Paris. Chez nous, on passait les soirs devant la télé française, l'ORTF et Antenne 2 surtout, et puis il y avait le programme pour enfants L'école buissonnière, sur RTL, qui était en français, j'adorais cette émission!

On regardait quand même les informations en allemand et puis, le dimanche, on ne ratait pas la seule émission en luxembourgeois, sur ce qu'il se passait au Luxembourg, Hei Elei Kuck Elei

Ado, quand j'allais chez ma grand-mère, on écoutait Les grosses têtes, en français sur RTL, ou alors Europe 1. Chez mes grands-parents, on écoutait la radio française. Et puis, bien sûr, on passait nos vacances en France!

Je n'ai jamais vraiment appris le français, ni l'allemand d'ailleurs. A mon époque, dans les années 1960, on apprenait le français avec la télé, avec l'entourage... La langue française m'a toujours intéressé. J'adore passer d'une langue à l'autre. C'est pour cette raison que j'ai choisi le métier de traducteur d'ailleurs. 

Guy Jallay

Quel regard portez-vous sur cette langue?

C'est une très belle langue et sa richesse est immense! Je lis beaucoup de livres en français, en allemand, en anglais, et ce que je trouve unique dans la littérature française, ce sont ces mots inconnus qu'on apprend... comme chez Amélie Nothomb par exemple: toutes les 30 pages, il y a un mot spécial (sourire). En ce moment, je suis en train de lire le dernier livre de Enrico Lunghi, La collectionneuse d'anges, et là aussi, on rencontre des mots très spéciaux, et ça m'intrigue.

  • Aujourd'hui, quelle relation avez-vous avec la France et la francophonie?

J'aime beaucoup toutes les beautés de la France, et pas seulement la Côte d'Azur, comme beaucoup de Luxembourgeois, j'ai découvert la Bourgogne, la Franche-Comté, les environs de Mâcon, la roche de Solutré rendue célèbre par François Mitterand. J'aime aussi l'Ardèche, et plus au sud, Uzès, qui est un de mes coins préférés. 

Metz, je m'y rends régulièrement, et je me retrouve un peu dans cette architecture allemande des bâtiments. On a une chance énorme de pouvoir être dépaysés si facilement, en franchissant les frontières. Je suis un grand fan de la Belgique aussi, tout comme l'Allemagne, je vais souvent à Trèves, à Sarrebruck. 

Guy Jallay

Sur un plan plus politique, je trouve que c'est un avantage de bien connaître le français et l'allemand, car ce sont deux pays importants dans la construction européenne.

Ici, nous lisons les médias français et allemands. J'ai l'application de Le Monde et Libération sur mon téléphone, ainsi que celles de la Süddeutsche Zeitung et du Spiegel. Nos collègues européens sont toujours impressionnés de voir à quel point on connaît certains dossiers de leur propre pays. 

Comment jongler avec toutes les nationalités présentes au Luxembourg et construire une politique pour tous, comme le veut l'idéologie socialiste?

C'est difficile. Nous sommes dans une situation très particulière. Si un député français veut rencontrer les électeurs, il va sur un marché ou dans une rue commerçante. Nous, si on tient un stand dans la Grand-Rue à midi, on rencontre très peu d'électeurs.

Il est important d'intégrer les non-Luxembourgeois à la politique pour une raison très simple, c'est que les problèmes d'un ouvrier ou d'un chômeur sont les mêmes, peu importe sa nationalité. 

Les loyers sont chers pour tout le monde, peu importe le passeport. Toutes les questions politiques qui nous préoccupent sont partagées par tous, sans lien avec leurs origines.

Nous avons un groupe de travail pour l'intégration au sein du parti, au sein duquel je suis très actif, et là, nous rencontrons des membres de nationalités différentes, issus de l'UE ou de pays tiers, et ça me permet de rester en adéquation avec leurs attentes.

  • Dans ces conditions, comment faire en sorte que les communautés vivent ensemble et pas seulement les unes à côté des autres?

C'est vrai que parfois, on peut se dire qu'on vit les uns à côté des autres, mais je me demande si ce n'est pas plutôt une question de milieu social: peu importe la nationalité, le cloisonnement a tendance à se faire selon le niveau social dans lequel on évolue.

Pour moi, la cohésion sociale ne concerne pas seulement les origines des gens, il y a aussi le côté intergénérationnel qui compte. C'est tout ça la cohésion sociale, et oui, c'est compliqué à construire.

On a la chance de parler tellement de langues ici, c'est un facteur qui doit faciliter les choses. Bien sûr que le luxembourgeois est un outil précieux pour l'intégration mais on ne doit pas s'enfermer dans une langue en particulier.

Le luxembourgeois est une langue qui réunit: je trouve ça super d'entendre des groupes de jeunes dans le tram qui jonglent avec le luxembourgeois, le portugais, le français, parfois dans une même phrase! 


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