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Mais qui est la nouvelle patronne de l'OGBL?
Luxembourg 8 min. 08.12.2019 Cet article est archivé

Mais qui est la nouvelle patronne de l'OGBL?

A 40 ans, Nora Back sait pouvoir s'appuyer sur Reding et Roeltgen pour trouver conseil.

Mais qui est la nouvelle patronne de l'OGBL?

A 40 ans, Nora Back sait pouvoir s'appuyer sur Reding et Roeltgen pour trouver conseil.
Photo : Chris Karaba
Luxembourg 8 min. 08.12.2019 Cet article est archivé

Mais qui est la nouvelle patronne de l'OGBL?

Pour la première fois depuis sa création, le syndicat sera présidé par une femme: Nora Back. Un choix fait à 97,5% par les délégués nationaux, vendredi. L'ancienne secrétaire générale prend la succession d'André Roeltgen. Portrait d'une quadra engagée.

(pj avec Annette Welsch) Il faut croire que ses missions de secrétaire générale au sein de l'OGBL et celle à la tête de la Chambre des salariés ne lui suffisaient pas encore. Nora Back endosse maintenant l'habit de présidente du premier syndicat du pays. L'OGBL et ses 70.000 militants se sont trouvé une cheffe. Une première femme pour une quatrième présidence depuis la naissance du mouvement en 1979. 

En mars 2019, les dernières élections sociales ont précipité les choses. Mais la vitesse n'est pas pour incommoder la quadragénaire. Elle agit ainsi, rapidement, et parle de même. Mais nombreux sont ceux qui s'accordent pour vanter son énergie, sur sa force à mener des négociations, son honnêteté et son respect des responsabilités.


André Roeltgen - Président OGBL - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
N'appelez plus André Roeltgen, président
En six ans à la présidence de l'OGBL, le syndicaliste en aura mené des tables rondes, des rencontres, des luttes et des moments de partage. Avant de transmettre le flambeau à Nora Back, l'Eschois revient sur les temps forts de son engagement.

Et pas question pour la nouvelle élue de faire table rase du passé : «Je suis heureuse de la confiance des gens et j'essaie de continuer le bon travail qui a toujours été fait, affirme Nora Back. Il n'y aura pas un grand changement. André et moi sommes différents, mais la ligne politique reste la même.»

Forte de son expérience militante, et des négociations qu'elle a déjà menées, la présidente de l'OGBL n'entend pas s'en laisser compter. Moins idéologique que son prédécesseur, ne comptez pas sur elle pour céder un pouce de terrain dans ses relations avec les employeurs. «Le mieux serait d'essayer de trouver des solutions communes car les défis auxquels les patrons et les salariés sont confrontés sont les mêmes : numérisation et évolution du monde du travail. Mais lorsqu'il le faut, nous nous confrontons et nous devenons durs, en recourant à nos ressources syndicales», se fixe-t-elle comme ligne.

Actualité récente oblige, Nora Back ne manque pas non plus d'insister sur son attachement à la tripartite. N'en déplaise à l'Union des entreprises qui voulait bouder le Comité permanent du travail et de l'emploi (CPTE), le partenaire OGBL tient à cet outil. Le CPTE doit rester le lieu où sont clarifiées toutes les questions de droit du travail, à trois: Etat, patronat, syndicats. 

«C'est important : il s'agit du modèle social luxembourgeois et beaucoup s'en inspirent. Nicolas Buck a été le premier président de l'UEL à vouloir éviter d'avoir à tenir des discussions tripartites. Mais le dialogue doit se poursuivre à trois. Parce qu'il est fondamentalement différent que chacun présente son opinion individuellement ou que trois parties s'assoient ensemble et trouvent un accord.»

Se développer davantage

Au-delà de la continuité politique, Nora Back veut aussi laisser sa marque sur l'OGBL en modernisant l'organisation et en développant les canaux de communication. But : attirer davantage d'adhérents. «Nous voulons devenir un mouvement ouvert qui ne s'en tient pas à de vieux principes, mais qui est jeune. Nous avons participé aux actions de Youth for climate et montré que nous sommes ouverts et que nous nous développons davantage.»  

Premier discours, vendredi soir, dans son nouveau rôle de présidente de l'OGBL.
Premier discours, vendredi soir, dans son nouveau rôle de présidente de l'OGBL.
Photo : Lex Kleren

Nora Back est née à Esch-sur-Alzette, en 1989. Même si elle devait déménager à Dudelange avec ses parents, Esch est toujours restée sa ville de cœur. Avec son frère Armand, ils y ont suivi leurs années lycée, y ont eu leurs amis et y travaillent tous deux aujourd'hui. 

Ses racines familiales plongent dans le milieu ouvrier... et l'OGBL. Ainsi, ses deux grands-pères étaient des militants syndicaux, comme son père le sera ensuite. «Mes grands-pères étaient très fiers quand j'ai commencé chez OGBL», se souvient-elle avec émotion.

La confiance des parents

A la maison, les débats politiques sont monnaie courante. «Nous étions encore des enfants, mais le dimanche à midi, quand la famille était réunie, ils parlaient de politique, débattaient, se disputaient et criaient parfois. Il se passait souvent beaucoup de choses.» Et les petits d'être encouragés à apprendre, lire, se cultiver pour se forger leur propre opinion. 


André Roeltgen vivra son dernier congrès OGBL en tant que président les 6 et 7 décembre.
L'OGBL attend plus des prestations sociales
A quelques jours de son congrès national, le syndicat a fait le point sur les dossiers chauds. Le président André Roeltgen tient, notamment, à rappeler au gouvernement sa promesse de revaloriser les prestations familiales en fonction du taux d'évolution du salaire médian.

«Mes parents nous ont montré assez vite qu'il fallait se défendre, à l'école et ensuite dans la vie professionnelle. Qu'il ne faut pas dire amen à tout. Ils nous ont donné beaucoup de confiance sur notre chemin et ils ont toujours accepté la voie que nous avons choisie, même si cela n'aurait pas été la leur  parfois. J'espère que mon frère et moi pourrons transmettre cette même flamme à nos enfants.»

Intérêt pour les gens 

Si au lycée, la demoiselle se passionnera pour la science (en particulier la biologie), elle allait ensuite opter vers des études en psychologie : «J'ai toujours été intéressée par les gens. Les raisons de leur comportement social, leur interaction et leurs relations interpersonnelles ». C'est ainsi qu'elle est devenue psychologue sociale pour, plus tard, se spécialiser en psychologie industrielle. Une préparation idéale à ce qui allait suivre.

Diplômes en poche, Nora Back a d'abord débuté sa carrière dans sa ville universitaire, Bruxelles. Elle y a travaillé au département ressources humaines d'une banque. Mais elle n'allait pas tarder à revenir au Luxembourg, attirée par une start-up branchée sur les études de marché. «Nous étions trois à travailler dans un garage. Une jeune start-up, c'était intéressant mais je voulais retourner dans le monde du travail. Voir comment vont les gens au travail, pourquoi y a-t-il des conflits, que peut-on faire mieux ? Le syndicalisme devenait une évidence.»

Une histoire de dingue

Jean-Claude Reding l'a alors contactée. Le président de l'OGBL était à la recherche de quelqu'un pour s'occuper du secteur social. C'était en 2004, il venait de prendre la suite de John Castegnaro à la présidence du syndicat. Mais ce sont des conversations avec André Roeltgen qui ont fini de convaincre la jeune femme de s'engager à fond dans l'organisation.

Mais de là à imaginer qu'elle allait suivre les traces de ces trois poids lourds syndicaux... «Quelle histoire dingue», s'amuse-t-elle en évoquant tout le chemin parcouru. Et aussitôt d'avouer : «Oui, je suis fière, mais j'ai aussi beaucoup de respect».

Foto: Chris Karaba

Les étapes suivantes allaient vite s'enchaîner. Pit Schreiner est devenu le nouveau secrétaire central, Back allait être nommée secrétaire centrale adjointe. Mais André Roeltgen n'en reste pas moins son mentor. Il lui prodigue des conseils précieux qui feront de la syndicaliste une négociatrice acharnée.

Son style à elle? Nora Back l'évoque sobrement : «J'essaie d'être empathique, d'écouter et de trouver des solutions». Mais elle a aussi démontré, l'an dernier, qu'elle pouvait aussi être dure lorsqu'elle a déclenché une grève dans les foyers de soins.

«Je n'ai jamais ressenti une telle ferveur de la part d'une main-d'œuvre déterminée à résoudre une fois pour toutes ce conflit qui couvait depuis des années. Je me suis dit que ces gens ne seraient plus jamais heureux si nous cédions maintenant.» Alors va pour onze jours de négociations fermes, de campement dehors de jour comme de nuit. Sans doute le combat le plus dur que Nora Back ait mené... et gagné. 

Vous êtes au cœur de la vie

Pour Nora Back, être syndicaliste est une tâche très difficile à mener. «Vous voyez beaucoup de souffrance et de misère. Des gens qui ont des difficultés financières ou psychologiques parce qu'ils travaillent avec peur et pression. Des existences professionnelles qui sont remises en question par des plans sociaux ou des faillites. Vous devez faire face à cela, mais vous emportez ce poids souvent à la maison le soir. Vous travaillez et vous travaillez, et vous n'obtenez pas ce que vous voulez. C'est donc frustrant de temps en temps. Mais vous avez aussi de grands moments quand viennent les succès syndicaux. Là, vous êtes au cœur de la vie.»

Nora Back, présidente de l'OGBL, André Roeltgen restera à ses côtés. Sans paternalisme, s'engage-t-il. Comme consultant dans la nouvelle équipe de direction. Et la quadragénaire n'a nulle crainte que cette proximité lui fasse de l'ombre. «Je suis contente qu'il soit toujours disponible pour moi et l'OGBL. Il possède d'énormes connaissances, une pensée stratégique et une expérience dont moi et l'équipe relativement jeune pourrons nous servir» , dit-elle.

Le destin de Nora Back a accéléré au terme des élections sociales de début 2019.
Le destin de Nora Back a accéléré au terme des élections sociales de début 2019.
Photo : Lex Kleren

Elle entretient les mêmes bonnes relations avec son prédécesseur à la tête de la Chambre des salariés, Jean-Claude Reding. L'ancien responsable de la CSL est resté à ses côtés comme vice-président. Un soutien alors que Nora Back se retrouvait projetée à la tête de la Chambre des salariés dès sa première participation électorale

 «Ça s'améliore de jour en jour : je me rends compte que je peux le faire et j'ai de plus en plus de courage et de confiance en moi. Je pense que c'est une bonne préparation pour d'autres rôles principaux. Vous êtes à la source de toutes les questions politiques qui doivent être examinées».

A Nora Back maintenant d'affirmer encore sa personnalité, sa touche et de bien montrer que la patronne, c'est bien elle, maintenant. 

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