Mady Delvaux-Stehres: "Il faut pouvoir caser tous les enfants"

La rentrée des classes est une période cruciale pour le ministère de l'Education. Mady Delvaux-Stehres fait un état des lieux de ce qui l'attend à la rentrée 2012-2013.

Photo: Steve Eastwood

  • Madame la Ministre, les vacances étaient bonnes?

Très bonnes! Je me suis bien reposée et je me sens très en forme.

  • Quelles sont vos préoccupations pour la rentrée?

Il n'y aura rien de spectaculaire pour cettre rentrée. Nous allons poursuivre la mise en oeuvre de la réforme du fondamental. Vu que les premiers élèves qui ont débuté en primaire avec la réforme arrivent en dernière année et vont passer en 7e avec le système des nouveaux bilans, nous allons faire un plus grand effort au niveau de l'information pour les enseignants et les parents. Certains instruments seront adaptés dans le cadre du passage des primaires au post-primaires. Le premier bilan de l'enseignement fondamental est en cours, mais nous ne pouvons pas encore nous prononcer pour l'instant. Les résultats tomberont en décembre.

    Au niveau de la réforme du lycée, les dialogues reprennent en septembre avec la délégation nationale des enseignants. Sinon, 'école de la deuxième chance a déménagé à Hollerich et peut accueillir 150 élèves, ce qui me réjouit fortement. L'aide financière destinée aux enfants de plus de 12 ans appartenant à des familles à revenu modeste est passée de 200 euros à 500 euros. De plus, ces enfants bénéficieront de 300 euros supplémentaires pour l'achat de manuels scolaires, car les bons, qui devaient normalement être distribués cette année, ne sont pas encore prêts. Pour vous donner une estimation du nombre de demandes, en 2011, 4.000 élèves ont bénéficié de cette aide.

    • Quel est votre état d'esprit pour cette rentrée 2012/2013?

    Je suis une optimiste par définition. L'année dernière a été difficile. Lorsque les textes sur la réforme du lycée ont été lancés, une vague d'opposition a pointé le bout de son nez. Nous avons reçu 104 avis depuis le moi de mai 2011. Tous n'étaient pas totalement positifs, mais il y a un consensus pour dire que la réforme est nécessaire. La population scolaire évolue très rapidement. Pour vous donner une estimation, il n'y a plus que 38,9% des enfants fréquentant l'enseignement précoce qui ont pour langue maternelle le luxembourgeois. Cela a des conséquences sur l'apprentissage de l'allemand. Ma théorie veut qu'un enfant apprenne à parler au contact des autres. S'il n'y a plus d'enfants qui parlent luxembourgeois, les primo-arrivants ne pourront plus l'apprendre et cela deviendra problématique pour les enseignants . Comment va-t-on s'y prendre pour enseigner le luxembourgeois? Pour trouver une solution, nous devons miser sur le dialogue. Il est temps que nous agissons.

    Je ne suis pas pour un double alphabétisation. Je suis d'avis que les enfants doivent être alphabétisés dans une seule langue. En plus pour ce faire, il nous faudrait des enseignants qui soient capables d'alphabétiser les enfants en français. Cela signifierait aussi que l'on alphabétiserait d'abord en français avant l'allemand. Jusqu'à maintenant, aucune commune ne s'est portée volontaire pour monter un tel projet. Je ne suis pas contre les projets-pilotes, mais encore faut il des volontaires pour le lancer. Le projet de double alphabétisation n'est pas abouti.

    En ce qui concerne les cours de langues intensives, nous avons des classes d'accueil pour les primo-arrivants. Ils alternent entre cours de langues et cours généraux.  La solution préconisée par l'ADR stipule que l'on devrait construire une nouvelle école et qu'il faudrait  déscolariser les élèves. Ce n'est pas faisable. Et puis ils ne peuvent pas passer leur journée à apprendre seulement le luxembourgeois et l'allemand. Nous ne sommes pas pour ce genre ghettos.

    Il faut également tenir compte des différences de niveau d'apprentissage de chaque enfant.  Comme je l'ai dis, je suis toujours partante pour lancer un projet-pilote, mais il faut tenir compte des spécificités de chaque enfant et me présenter un projet qui tienne la route.

        • Comment s'annonce la rentrée scolaire à proprement parler?

          Pour le ministère de l'Education, la rentrée est synonyme de comment allons-nous caser tous les élèves dans les écoles du pays.  C'est toujours le problème de la rentrée, car pendant l'été il y a encore des enfants qui arrivent et nous devons les scolariser quelque part. Or nous manquons d'infrastructures. Pour l'instant je ne peux pas encore donner de chiffre sur le nombre d'élèves qui vont se rajouter en septembre, tout ce que je peux vous dire c'est qu'au mois de juillet 2012, nous avions logé tous les élèves.

          • Quelles seront les mesures en cas de surplus d'élèves?

          Nous planifions toujours un certain nombre de classes en plus au cas où nous devrions faire face à un surplus. Après il faut voir avec les directeurs, où l'on peut accueillir ces élèves. Notre plus gros problème est celui de l'infrastructure. Si on fait le compte, tous les ans, 600 lycéens se rajoutent en plus , cela fait la moitié d'un lycée, du coup tous deux ans, il me manque un lycée. Cette année, il n y a pas de nouveau lycée qui a ouvert ses portes. Belval a encore de la place, mais sinon tout est bondé.

          Charline Lebrun