Changer d'édition

Luxair et le dégel des salaires
Luxembourg 5 min. 26.09.2022
Crise sociale

Luxair et le dégel des salaires

De gauche à droite: Francois Bausch (ministre de la Mobilité et des Travaux public), Gilles Feith (directeur de Luxair), Georges Engel (ministre de l'Emploi), Patrick Dury (LCGB) et Michelle Cloos (OGBL).
Crise sociale

Luxair et le dégel des salaires

De gauche à droite: Francois Bausch (ministre de la Mobilité et des Travaux public), Gilles Feith (directeur de Luxair), Georges Engel (ministre de l'Emploi), Patrick Dury (LCGB) et Michelle Cloos (OGBL).
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 5 min. 26.09.2022
Crise sociale

Luxair et le dégel des salaires

Charles MICHEL
Charles MICHEL
Lundi matin, dès la première réunion de la tripartite «aviation», les différentes parties ont annoncé la fin du gel des salaires à partir du 1er janvier. Encourageante, cette avancée va-t-elle se poursuivre au moment d'aborder l'épineuse question des conditions de travail?

Ce lundi matin, place de l'Europe. Au pied du ministère des Transports, tandis que les centaines de manifestants, venus à l'appel de la LCGB et de l'OGBL, se dispersent dans le calme, deux syndicalistes s'interrogent à haute voix: «La première réunion n'a pas encore débuté qu'on vient de nous annoncer que François Bausch tiendrait une conférence de presse juste après cette première entrevue. Mais qu'est-ce qu'il va bien pouvoir dire?» Si gouverner, c'est prévoir, alors peut-être le savait-il déjà...


IPO , Manif Luxair , Demo vom Glacis bis zum Hochhaus , LCGB , OGB-L , NGL-SNEP , Foto.Guy Jallay/Luxemburger Wort
Chez Luxair, «on n'arrive pas à suivre la cadence»
Environ 800 manifestants se sont réunis ce matin, à l'appel des syndicats de la LCGB et de l'OGBL, pour exprimer leur ras-le-bol au pied du ministère des Transports. Ambiance...

Un peu plus de deux heures après le début de cette première réunion de cette tripartite «aviation», François Bausch (ministre de la Mobilité et des Travaux publics), Georges Engel (ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Économie sociale et solidaire), Gilles Feith, directeur de Luxair, Patrick Dury (LCGB) et Michelle Closs (OGBL) se présentent devant les médias. Il est question de la suppression du chômage partiel, de la fin du gel des salaires à partir du 1er janvier 2023 ainsi que l'éligibilité de tout salarié, qui remplit les conditions, à la préretraite. 

«Une démarche constructive»

«La réunion a été constructive. On a fait, de part et d'autre, l'analyse de la situation tant de l'entreprise que de celle des salariés et plusieurs propositions ont été faites, discutées et acceptées. Notamment, le chômage partiel et le gel des salaires», déclare Michelle Cloos pour qui «la fin de la pandémie devait entraîner la fin des mesures de crise». Une demande entendue et «largement écoutée», précise la responsable du secteur aviation civile au sein de l'OGBL. 

Pour Michelle Cloos, cette ouverture résulterait de la pression syndicale et de l'engagement des salariés. Le tout combiné à une médiatisation dont la compagnie se serait sans doute bien passée. Du reste, vendredi, Luxair adressait un communiqué de presse dans lequel Giovanni Giallombardo, le président du conseil d'administration, se disait inquiet de la situation actuelle des négociations mais disait «soutenir une démarche constructive». Et ce afin de sortir de l'impasse. Aussi, le CA de la compagnie aérienne a souhaité l'intervention en tant que médiateur de l'ancien procureur général d'État, Robert Biever. 

Les salariés ont accepté d'importants sacrifices quand c'était nécessaire. Qu'on leur dise aujourd'hui qu'ils doivent continuer à en faire pour financer de nouveaux avions à l'avenir, c'est une mauvaise blague

Michel Cloos (responsable du secteur aviation civile à l'OGBL)

«On a accepté cette proposition, car tout élément qui peut faciliter le dialogue social dans l'entreprise est le bienvenu. On va avoir l'occasion de remettre sur la table les problèmes qui existent, les doléances des salariés.» Une première rencontre était prévue ce lundi à 18h pour «faire connaissance et fixer un planning de travail». L'OGBL estime qu'il est primordial de pouvoir «trouver des solutions dans un délai raisonnable».

CDD, low cost et «mauvaise blague»

Parmi les manifestants rencontrés le matin même, bon nombre s'inquiétaient de la prolifération des contrats à durée déterminée (reconduits au maximum du cadre légal). «C'est vrai qu'il y en a de plus en plus», confirme Michelle Cloos tout en précisant que ce point n'a pas été évoqué lors de l'entrevue lundi matin. «La priorité, c'est de faire en sorte que les gens restent», déclare-t-elle alors que ces derniers mois, l'entreprise a vu le nombre de démissions augmenter de manière significative. Pour cela, une revalorisation salariale semble indispensable alors qu'Antoine* confiait que «les hôtesses engagées récemment touchent à peine le salaire minimum qualifié.» 

À ce propos, Michelle Cloos ne mâchait pas ses mots, le matin même, dans un discours bien maîtrisé:  «Les salariés ont accepté d'importants sacrifices quand c'était nécessaire. Qu'on leur dise aujourd'hui qu'ils doivent continuer à en faire pour financer de nouveaux avions à l'avenir, c'est une mauvaise blague. Ce ne sont pas les coupes de salaires qui vont financer les infrastructures. Ce ne sont pas les salariés qui sont responsables du manque d'investissements dans le passé. Ce ne sont pas non plus les salariés qui sont responsables des restrictions d'investissements octroyées par l'Union européenne pour faire éclore la libre concurrence, celle des low cost qui détruisent les conditions de travail et de salaire. Les syndicats se sont toujours opposés aux logiques de libéralisation décidées par la politique. Que la politique règle le problème alors et pas les syndicats.»

L'entreprise est confrontée à une augmentation des démissions et des arrêts maladies. Dans son discours le matin même, Michelle Cloos interpellait la direction de Luxair à ce sujet: «Non, ce n'est pas normal que des salariés se cachent pour pleurer au travail; non ce n'est pas normal que les salariés de longue date démissionnent par dépit et désespoir;  non, ce n'est pas normal que les nouvelles recrues s'enfuient avant même de recevoir un CDI. De telles conditions de travail sont inacceptables et insoutenables!» Cette diatribe lui valut une salve d'applaudissements. 

Ce lundi, en fin d'après-midi, le ministère de la Mobilité et des Travaux publics se fendait d'un communiqué de presse dans lequel il rappelait que cette tripartite «aviation» avait vu le jour à la demande des représentants syndicaux «dans le but d'établir un état des lieux de Luxair en toute transparence». 


WI , PK Vorstellung der ersten Wasserstofftankstelle Luxemburgs , Francois Bausch. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
François Bausch dément le départ du patron de Luxair
Le ministre de la Mobilité indique dans une réponse parlementaire que le départ du patron de Luxair est une information «complètement fausse et inventée».

Dans son communiqué, le ministère dirigé par François Bausch (Déi Gréng) confie qu'a été abordée la question de la modernisation de la société afin, peut-on lire, «d'établir un nouveau plan d'affaires et d'investir dans un modèle commercial pour faire face à la concurrence dans le secteur de l'aviation». Les discussions vont donc se poursuivre. Avec, à l'esprit, l'expiration de la convention actuelle, fin 2023.

*Prénom d'emprunt d'un salarié souhaitant garder l'anonymat.


Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet