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Luc Frieden vacille, mais ne tombe pas grâce au LSAP
Luxembourg 1 10 min. 23.10.2013

Luc Frieden vacille, mais ne tombe pas grâce au LSAP

Le ministre des Finances et le gouvernement ont obtenu la confiance des députés ce jeudi à la Chambre. Le DP et déi gréng avaient mis en question leurs responsabilités suite aux accusations portées contre Luc Frieden dans l'affaire Bommeleeër.

(SK) - Le débat sur l'armée luxembourgeoise a fait place ce jeudi à un vaste débat sur le comportement de l'ancien ministre de la Justice lors de l'instruction de l'affaire Bommeleeër.

Déi Gréng ont déposé une résolution visant à mettre en question la responsabilité politique de Luc Frieden. Le DP met quant à lui en question la responsabilité de tout le gouvernement.

Le député vert Felix Braz est le premier à prendre la parole et à résumer comment et pourquoi on en est arrivé au débat d'aujourd'hui. En 2001, déjà, le ministre de la Justice aurait trouvé que l'enquête tirait en longueur, assure le député qui ajoute que Luc Frieden n'a pas pu ne pas comprendre pendant six années consécutives ce que le procureur de l'époque Robert Biever et la juge d'instruction, Doris Woltz, lui demandaient.

Même si Luc Frieden pensait que l'enquête ne menait à rien, il aurait dû soutenir la justice et lui permettre de faire son travail correctement, pense Felix Braz, au lieu harceler Robert Biever à chaque fois qu'il croisait sa route.

La manière de procéder de Luc Frieden serait inacceptable: les enquêteurs ont été mis sous pression par des "personnes de tout en haut", ils n'ont pas reçu les moyens qu'ils demandaient... Et le député de poursuivre sa charge de reproches à l'égard du ministre.

A cela s'ajoute le rôle du SREL et de son opération Catana - l'enquête sur la pédophile - pour aggraver les choses, note Felix Braz qui souligne que le SREL était devenu une police secrète au sein de l'Etat. Une méthode de dictature où la police enquête sur des rumeurs qu'elle a elle-même lancée.

"Aujourd'hui, nous risquons de changer de système politique", poursuit Felix Braz avant de chercher la responsabilité de ces procédures auprès de Jean-Claude Juncker. Selon le député, il est le seul à pouvoir en répondre face au pays et aux citoyens.

"Ce n'est pas une discussion personnelle sur vous, Monsieur Frieden, mais sur des faits précis. La Chambre doit déterminer si elle trouve ce genre de procédures acceptables. Comment fonctionnera la justice à partir d'aujourd'hui? C'est la question qui se pose", dit le député prônant le maintien de l'indépendance de la justice. "il en va du droit de nos citoyens à une justice indépendante. Aussi, il faut enlever notre confiance à Luc Frieden."

Xavier Bettel: "L'état est en crise"

Xavier Bettel (DP), qui a pris la parole après Felix Braz, note que l'état est en crise et que les principes de l'état de droit sont attaqués. Il suggère de s'interroger sur les raisons de cette crise et d'en tirer les conséquences pour l'avenir du pays.

Comme Felix Braz, il se dit content que les médias aient aussi bien fait leur travail ces derniers mois, sinon la vérité n'aurait jamais été mise au jour. Il accuse le gouvernement et le Premier ministre d'être restés muets face à la commission de contrôle dans l'affaire du SREL et d'avoir passé sous silence des affaires découvertes par la presse. Et de rappeler ce que cette "police secrète" a entrepris pendant cinq ans.

Pourtant, dit-il, Jean-Claude Juncker savait tout, mais il n'en a pas informé la justice. "Vous ne pouvez pas dire que ce n'est pas votre faute, Monsieur Juncker", attaque Xavier Bettel, "Vous ne pouvez pas déléguer vos responsabilités, celles qui vous ont été confiées par les citoyens."

La nervosité est palpable sur les bancs du gouvernement. Luc Frieden et Jean-Claude Juncker lancent des regards de défiance à l'orateur.

"Imaginez un ancien procureur général d'Etat obligé de convoquer la presse pour justifier de sa sexualité!", balance un Xavier Bettel scandalisé. 

Le gouvernement a perdu la confiance des citoyens et "quand les citoyens commencent à douter on a perdu".

Luc Frieden se défend

"Vous me connaissez et vous savez que le renforcement de l'Etat de droit et le respect de la justice ont toujours fait partie de mes prérogatives", plaide Luc Frieden comme défense. Il rappelle tout ce qu'il a entrepris entre 1998 à 2007 pour renforcer le fonctionnement de l'appareil judiciaire. Il dit aussi avoir toujours respecté l'indépendance des juges.

"Je suis fâché de ce que je viens d'entendre." Luc Frieden assure avoir toujours entretenu de  bons rapports de travail avec les magistrats et avoir toujours gardé le contact par de nombreuses discussions.

"Au moment de l'enquête du Bommeleeër, nous étions 17 ans après les faits, je me devais de demander combien de temps cela aller durer... pour que la justice et l'Etat ne perdent pas en crédibilité", explique l'ancien ministre de la Justice, "Ma question était légitime. Je n'ai jamais demandé de classer le dossier."

Luc Frieden voulait également que d'autres affaires avancent. Il regrette que ses intentions aient été mal interprétées et ajoute que s'il avait voulu mettre la pression sur la justice, il s'y serait pris autrement: "Les mots jouent un grand rôle."

Jean-Claude Juncker n'est pas fâché de la tenue de ce débat

Si ces débats ne pouvaient plus avoir lieu, on pourrait fermer le Parlement, selon lui. Pourtant, il se dit attristé par ce qui se cache en dessous.

"La responsabilité est une chose, mais qui est coupable? Il faut étudier le fond", explique le Premier ministre et de défendre Luc Frieden contre les accusations de Xavier Bettel. Luc Frieden ne lui aurait jamais dit qu'il voulait précipiter l'enquête ou la clôturer.

"Cela fait vraiment mal de se dire que plus personne n'a confiance en vous", lance le Premier ministre, la main sur le cœur, "Pourquoi aurais-je dû dire quelque chose dont je n'étais pas informé?" Jean-Claude Juncker se pose en victime d'une responsabilité qu'il est bien obligé d'accepter...

"Les services secrets n'avaient pas à marcher sur les plates-bandes de la police", assure le Premier ministre qui ne savaient pas que le SREL outre-passait ses fonctions. "Je ne peux pas m'imaginer que les services secrets observent un procureur d'Etat."

Le Premier ministre annonce que le gouvernement a décidé de continuer à faire confiance à Luc Frieden. Quant à Jean-Claude Juncker, même s'il répète ne rien avoir su, il est prêt à assumer ses responsabilités par rapport au SREL si le Parlement le souhaite ainsi.

Le CSV rejette la motion et la résolution

Gilles Roth a pris la parole au nom du CSV. Pour lui, il n'existe pas d'éléments objectifs permettant d'accuser Luc Frieden d'avoir voulu précipiter l'affaire. Il ne faudrait pas non plus oublier que tout le monde doutait que l'on puisse un jour découvrir les auteurs des attentats dans les années 1980.

"Le CSV est derrière Luc Frieden et le gouvernement", confie Gilles Roth pour qui, si l'affaire Bommeleeër est jugée en ce moment, c'est en grande partie grâce à l'ancien ministre de la Justice. C'est pourquoi le groupe parlementaire chrétien-social va voter contre la résolution et la motion.  

Lucien Lux est venu lever le voile sur la position du LSAP, partenaire de coalition du CSV, quant aux reproches adressés à Luc Frieden et au gouvernement.

Le LSAP suit assez logiquement le CSV

„Nous avons besoin de légitimité“, note-t-il, „Nous avons besoin de pouvoir d'action.“ Il invite a discuter des questions qui restent ouvertes avant les grandes vacances pour pouvoir recommencer le travail sur des bases saines à la rentrée.

Bref, le LSAP va dans le sens de son partenaire sans prendre de risques. D'ailleurs le groupe parlementaire va rejeter motion et résolution. Le débat est pour ainsi dire clos...

Une démission sur base d'incompréhension ne serait pas une bonne idée. En outre, être responsable de la justice et de la police n'est pas une chose évidente. Luc Frieden aurait fait une erreur d'appréciation, selon le LSAP, cela n'aurait pas mené à une entrave à la justice.

L'ADR évoque "l'affaire Juncker"

"Que ce passe-t-il au Luxembourg?", se demande Gast Gibéryen. Le porte-parole de l'ADR évoque l'"arrogance du CSV" soutenue par des membres du parti placés à des postes clés au Luxembourg. Pour le parti, ce serait non-négociable, Jean-Claude Juncker devrait démissionner tout comme Luc Frieden.

Gast Gibéryen balaie l'argument de l'incompréhension et pense que le CSV avait intérêt à ce que l'affaire Bommeleeër ne soit jamais résolue. Il annonce que son parti votera en faveur de la motion et de la résolution. Et rappelle la démission du ministre Lahure alors qu'il n'était pas responsable des erreurs commises dans son ministère.

Enfin, il estime que de nouvelles élections seraient une bonne occasion de repartir à zéro au Luxembourg dans cette période de crise.

Jacques-Yves Henckes et Jean Colombera ne voient quant à eux pas l'intérêt de demander la démission d'un ministre qui n'est plus ministre de la Justice. Les deux députés rejettent également la résolution.

Enfin, le débat a été clos par Alex Bodry qui a présenté une résolution dans laquelle le LSAP propose de poursuivre le débat en détail sur la base du rapport de la commission d'enquête du SREL qui sera rédigé à la fin de la procédure.

François Bausch a tenu à répéter ce que Robert Biever vient d'annoncer, soit que l'enquête a été rendue plus difficile par le comportement de Luc Frieden. Il s'est également dit surpris par résolution déposée par Alex Bodry. "Il est question de faits très graves", estime François Bausch, "Cela m'attriste de lire que le LSAP parle d'une question d'interprétation. Vous auriez dû demander un blâme."

Pour finir, le motion du DP a été refusée par 41 votes négatifs et 19 votes positifs. Idem pour la résolution de Déi Gréng avec 41 votes contre, 18 en faveur et une abstention.

La résolution du LSAP a, elle aussi, été rejetée à 45 voix contre 15.


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