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Licencié sans motif par Luxtram: «C'est une brique qui vous tombe sur la tête !»
Luxembourg 6 min. 18.12.2018 Cet article est archivé

Licencié sans motif par Luxtram: «C'est une brique qui vous tombe sur la tête !»

Licencié sans motif par Luxtram: «C'est une brique qui vous tombe sur la tête !»

Photo: Guy Wolff
Luxembourg 6 min. 18.12.2018 Cet article est archivé

Licencié sans motif par Luxtram: «C'est une brique qui vous tombe sur la tête !»

Maurice FICK
Maurice FICK
Salarié chez Luxtram, Maxime a été licencié sans motif il y a une semaine. Deux syndicats revendiquent sa «réintégration immédiate». Le salarié préparait une liste pour les élections sociales en mars. Il témoigne. La direction de Luxtram assure qu'elle «ne pratique pas le licenciement pour motif syndical».

Il n'a «aucune idée» de ce que lui reproche concrètement la direction de Luxtram SA, la société qui exploite le tram à Luxembourg-Ville depuis un peu plus d'un an. Maxime (c'est un prénom d'emprunt), responsable méthode chez Luxtram depuis le début de l'aventure, a été «licencié le 11 décembre 2018 et, pour l'instant il n'y a pas de motif!», s'étonne toujours l'intéressé.

Wort.lu l'a rencontré en marge de la conférence de presse organisée ce mardi par l'OGBL et le syndicat cheminot FNCTTFEL-Landesverband au Casino syndical de Bonnevoie en s'interrogeant sur un licenciement «pour raison... d'engagement syndical ?»

«Je cogite depuis mardi dernier. Je cherche à savoir ce qui est si grave? J'ai peut-être tué quelqu'un? Mais qu'on me dise où est le cadavre!», ironise Maxime. Chemise bleue impeccable, droit dans ses chaussures, le papa luxembourgeois est abasourdi par la mauvaise nouvelle tombée juste avant Noël: «C'est une brique qui vous tombe sur la tête!»

Elle ne fait pas mal tout de suite, la brique. «Les deux premiers jours j'étais super content que les syndicats soient là pour m'écouter. Mais c'est un peu comme une plaie ouverte sur le coup vous n'avez pas mal... Mais le troisième jour, je me suis dis: mince alors, je vais faire comment, c'est Noël?»

Schueberfouer à succès et statistiques déjouées

«C'est une affaire que nous ne pouvons pas accepter!», martèle Georges Merenz, président du FNCTTFEL Landesverband. D'autant qu'«il y a dix jours le salarié a dû se soumettre à une évaluation et a obtenu une note satisfaisante», renchérit Christian Sikorski, secrétaire central du Syndicat Services publics de l'OGBL.

Christian Sikorski relève deux points qui parlent en faveur du salarié. En tant que responsable méthode, «j'ai le poste le plus ingrat: je crée l'offre de transport (horaires, cadences), je fais les plannings des conducteurs, valide leurs congés, etc.», résume Maxime sans se plaindre.

Bien qu'il ait été «confronté à des reproches concernant la gestion des plans de travail lors de la Schueberfouer», écrit le syndicat, «nous savons que la Schueberfouer a été un grand succès et qu'en permanence il manquait du personnel» durant cette période cruciale pour Luxtram, souligne Georges Merenz. En août, c'était la première fois que le tram se «frottait» à la foule de la plus grande foire populaire annuelle au Luxembourg.

Le syndicaliste continue de scorer en faveur de Maxime: «Lors de la fête du premier anniversaire du tram, le 10 décembre dernier, la direction a relevé que, contrairement aux statistiques qui font état d'une première victime au plus tard le huitième mois après la mise en service d'un tram, Luxtram a roulé un an sans un accident mortel».

«J'ai toujours eu la fibre sociale»

Le secrétaire central de l'OGBL assure: «Il n'a tué personne et n'a rien volé! Donc la faute grave est exclue». Maxime l'atteste: «J'ai un préavis de deux mois mais je suis dispensé de travail». En cas de faute grave, le salarié n'a pas de préavis de licenciement.

Mais quelle est donc son erreur? «J'ai toujours eu la fibre sociale, dans tout ce que j'entreprends», pose Maxime comme une évidence. Il rajoute: «Au cours des dix dernières années, j'ai toujours été délégué du personnel».

Les conducteurs l'encourageant à porter l'étendard social au sein de Luxtram, c'est tout naturellement que Maxime «était un des candidats pour se présenter aux élections sociales du 12 mars 2019. Il était en train de construire la liste», explique le secrétaire central de l'OGBL. Avant d'interroger «Est-ce la raison?», sous-entendu pour laquelle Maxime est resté sur le quai. Luxtram compte une centaine de salariés dont plus de la moitié sont syndiqués.

Pour les syndicats qui revendiquent la «réintégration immédiate» du salarié chez Luxtram SA, la direction a voulu frapper fort en évinçant le salarié: «La direction est consciente qu'un licenciement sans scrupule d'un salarié engagé dans la défense des droits des salariés à ce moment précis de l'année des négociations salariales et du travail syndical, représente un pouvoir de dissuasion maximal».

Luxtram s'inscrit en faux contre la version des syndicats

Sollicitée à deux reprises dans la journée, la direction de Luxtram a répondu vers 17h30 par voie de communiqué pour répondre aux «fausses affirmations des syndicats OGBL et Landesverband». Luxtram conteste la version syndicale selon laquelle «un salarié aurait été licencié en raison de son engagement syndical» et affirme «avec conviction que Luxtram ne pratique pas le licenciement pour motif syndical».

Attestant que le salarié qui vient d'être licencié «avait une ancienneté de 20 mois sur un poste de responsable méthode», la direction de Luxtram explique que «ce licenciement est motivé par des raisons strictement professionnelles qui seront détaillées au salarié conformément au Code du Travail dans le cadre d'une demande de motifs éventuelle».

Luxtram ne cache pas qu'au cours des 20 derniers mois, la société «a déjà procédé à des licenciements sans aucune réaction des syndicats qui se mobilisent aujourd'hui alors que les négociations en vue de la signature d’une convention collective de travail sont dans l'impasse et qu'ils n'ont pas sollicité l'arbitrage de la Commission nationale de conciliation».

Quant au rôle de Maxime dans la création d'une liste en vue des élections syndicales de mars 2019, Luxtram dit «ne pas avoir été informé auparavant de ce projet, ni par les syndicats et ni par l'intéressé lui-même».

L'autre raison sous-jacente

En pleines négociations d'une première convention collective de travail au sein de l'unique société qui exploite une ligne de tram au Luxembourg, le climat est déjà très tendu entre le syndicat et la direction de Luxtram. A la mi-novembre, l'OGBL a saisi l'Office de conciliation suite au litige portant sur les négociations salariales en cours.

«Le ministre François Bausch et la bourgmestre de Luxembourg, Lydie Polfer, nous ont promis des négociations transparentes et équitables lors du piquet de protestation que nous avions organisé le 27 juillet 2018. Mais ça n'a pas été le cas!», s'insurge Christian Sikorski.

Depuis «nous avons revu la direction. Mais n'avons obtenu que des propositions minimales comme par exemple deux jours de congé supplémentaires, c'est-à-dire 27 jours au total pour l'année, au lieu des 32 jours qui sont le standard dans la fonction publique».

«Après plusieurs semaines de revendications portées par les syndicats, la direction générale de Luxtram veille à préserver en interne un dialogue social qui repose sur l'écoute et l'apaisement au bénéfice de tous les salariés», assure Luxtram de son côté.

«Frustration générale»

«Il y a une frustration générale au sein de la société», retient Maxime. Il s'explique: «Au moment des embauches, les responsables des ressources humaines ont vendu aux futurs salariés le concept selon lequel leurs conditions salariales allaient s'améliorer avec la mise en place d'une convention collective de travail». Une promesse restée sans suite pour l'heure.

Rappelant que l'Etat détient deux tiers du capital de Luxtram SA et la Ville de Luxembourg le tiers restant, Nico Wennmacher du FNCTTFEL-Landesverband jette l'opprobre sur les financeurs et décideurs publics: «Le conseil d'administration de Luxtram SA présidé par René Biwer est composé de plusieurs conseillers de gouvernement, de la bourgmestre et d'un échevin de la Ville de Luxembourg notamment, sont d'accord avec une campagne d'intimidation menée par la direction vis-à-vis des syndicats qui veulent monter une liste pour les élections sociales.»



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