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Les voix luxembourgeoises de l'Etat islamique
Luxembourg 4 min. 28.10.2021
Justice

Les voix luxembourgeoises de l'Etat islamique

Les deux jeunes gens étaient particulièrement actifs sur les réseaux sociaux et auraient eu des contacts avec des combattants de l'EI.
Justice

Les voix luxembourgeoises de l'Etat islamique

Les deux jeunes gens étaient particulièrement actifs sur les réseaux sociaux et auraient eu des contacts avec des combattants de l'EI.
Photo : AFP
Luxembourg 4 min. 28.10.2021
Justice

Les voix luxembourgeoises de l'Etat islamique

Kevin M. et Alysson A doivent répondre devant le tribunal de Luxembourg de leur adhésion aux thèses de l'organisation terroriste. Jusqu'où serait allé le couple? C'est ce que le procès, débuté mercredi, va tenter de saisir.

(pj avec Maximilian RICHARD) «Si vous êtes un engrenage dans la machinerie de l'État islamique, vous ne recevez pas une carte de membre. Juste de la propagande. Et ensuite, vous la transmettez.» Kevin M. et Alysson A. ont-ils suivi ce parcours décrit à la barre, mercredi, par un enquêteur? Le duo luxembourgeois est en tout cas soupçonné d'avoir joué un rôle de caisse de résonance, de 2016 à 2018, pour les thèses de l'organisation terroriste.


This handout picture taken and released by the White House on October 27, 2019 shows US President Donald Trump (C) watching in the Situation Room as US Special Operations forces close in on ISIS leader Abu Bakr al-Baghdadi. - Trump confirmed the death of Islamic State chief Abu Bakr al-Baghdadi, the world's most wanted man, during an overnight US special operation in northwest Syria. Baghdadi died after exploding a suicide 'vest.' (Photo by Handout / White House / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / WHITE HOUSE" - NO MARKETING - NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS
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Lui a 29 ans, elle 25 ans et ils doivent désormais répondre de provocation à la terreur et d'appel à la haine. Kevin M. est considéré comme le principal accusé dans ce procès inédit. C'est lui que des autorités étrangères ont d'abord signalé à la police judiciaire grand-ducale, pointant ses activités sur les réseaux sociaux. De quoi déclencher à l'été 2018 une perquisition dans l'appartement du couple établi à Luxembourg-Ville. 

Du matériel informatique avait alors été saisi. Seul le mari a été placé en détention provisoire. Après presque six mois en cellule, en décembre 2018, l'homme avait été libéré sous contrôle judiciaire. L'une des conditions étant d'intégrer un centre de déradicalisation.

Pour son premier jour de procès, Kevin M. ne s'est pas présenté à la barre du tribunal. Pour des raisons de santé, a évoqué son avocat. Son épouse, co-accusée, était bien là. Et la jeune femme a souligné dès le début de l'audience qu'elle nierait la plupart des accusations portées contre elle. Si elle s'est peut-être perdue dans ses recherches religieuses, elle n'a jamais incité personne à la terreur ou à la haine, se défend-elle aujourd'hui.

En contact avec Kevin Duarte

La police judiciaire a fait état de ses découvertes devant les magistrats. Un important matériel de propagande de l'État islamique (y compris des vidéos d'exécutions) a ainsi été saisi dans l'appartement du couple. L'enquête a mis en évidence des contacts entre Kevin M. et des djihadistes de l'Etat islamique bien connus et même des  combattants de l'EI originaires du Luxembourg. Son «meilleur ami«, pour reprendre les mots d'un policier, aurait d'ailleurs été tué dans des combats en Syrie, en 2013.

Kevin M. aurait même échangé avec Steve Duarte, le fameux militant IS originaire de Meispelt. Celui-là même que la justice estime avoir été impliqué dans des exécutions commises au nom de l'Etat islamique et qui a été capturé en Syrie en 2019.


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Sous plusieurs pseudonymes, Kevin M. aurait utilisé divers comptes Internet pour échanger des informations avec des partisans islamistes et diffuser du matériel de propagande. Il est également accusé d'avoir géré des pages publiques sur Facebook et des chaînes Telegram sur lesquelles il a appelé à plusieurs reprises à la haine et à la violence contre les «infidèles». En l'espace d'un an, il aurait envoyé environ 12.000 messages sur un de ses comptes Facebook. Mais sa femme aurait également été active pour alimenter cette diffusion.

Jeunesse turbulente

Pour les enquêteurs, le couple aurait basculé vers le radicalisme par crainte d'être écarté de l'islam en raison d'une mauvaise interprétation du Coran. Les deux experts psychiatriques qui ont rencontré Kevin M. durant sa détention ont ainsi confirmé l'obsession du jeune homme à appliquer à la lettre certaines sourates. Mais les experts sont formels, si Kevin M. a eu une jeunesse turbulente, s'il a été impliqué dans plusieurs bagarres et renvoyé de l'école, connu des problèmes de santé, il ne souffre d'aucun trouble mental.

S'étant renfermé sur lui-même et passant beaucoup de temps sur son ordinateur, il aurait été particulièrement influencé par la propagande islamiste au point de s'en faire un messager actif. Le procès se poursuivra ce jeudi avec les témoignages des deux mis en cause.

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** FILE ** In this Nov. 18, 2008 file photo, reviewed by the U.S. Military, guards escort a detainee carrying a book from the detainee library trailer to the detention facility in an open air common area at Camp Delta 4 on the U.S. Military Base in Guantanamo Bay, Cuba. President Barack Obama began overhauling U.S. treatment of terror suspects, signing orders on Thursday, Jan. 22, 2009, to close the Guantanamo Bay detention center. (AP Photo/Brennan Linsley, File)