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Les vaccins anti-grippe passent à l'attaque
Luxembourg 4 min. 23.10.2019 Cet article est archivé

Les vaccins anti-grippe passent à l'attaque

En 2018, la vaccination anti-grippe a bondi de 30% au Luxembourg. Une des explications de la pénurie de vaccins.

Les vaccins anti-grippe passent à l'attaque

En 2018, la vaccination anti-grippe a bondi de 30% au Luxembourg. Une des explications de la pénurie de vaccins.
Photo: AP
Luxembourg 4 min. 23.10.2019 Cet article est archivé

Les vaccins anti-grippe passent à l'attaque

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
L'an passé, le pays s'était retrouvé en manque de produits dès décembre. Cette année, le ministère de la Santé a pris les devant en multipliant les fournisseurs afin d'éviter toute pénurie. Reste à savoir si la composition de la dose injectée sera la bonne.

La campagne de vaccination contre la grippe vient à peine de débuter que déjà, Alain de Bourcy tousse. Le président du Syndicat des pharmaciens luxembourgeois craint, comme l'an passé, que le pays ne se retrouve en manque de doses protectrices. Et le responsable d'évoquer déjà certaines officines en rupture de stock et des entreprises n'ayant pas pu délivrer le vaccin à leurs salariés. Du côté du ministère de la Santé, pas d'inquiétude : la crise 2018 aurait porté ses fruits.

Ainsi, le nombre de fournisseurs de vaccins anti-grippe est passé à trois cette année. A charge pour les laboratoires GlaxoSmithKline (GSK), Segirus et Sanofi Pasteur d'assurer la fourniture des doses nécessaires durant toute la saison grippale, jusqu'au printemps. «GSK s'est engagé à délivrer 40.000 unités, assure-t-on au ministère de la Santé. Les deux autres n’indiquent pas de limitation en quantité.»


Des premiers vaccins anti-grippe disponibles en octobre
Une rupture de stock des vaccins contre la grippe n'est a priori pas à craindre pour cette année au Luxembourg. Le ministère de la Santé a fait appel à de nouveaux fournisseurs pour éviter une crise similaire à 2018.

Aux pharmaciens de s'approvisionner donc auprès de ces fournisseurs, distributeurs aussi bien au Grand-Duché qu'en Belgique ou Allemagne. Sachant que le manque constaté l'hiver dernier pouvait aussi s'expliquer par la hausse impressionnante du nombre de résidents ou frontaliers s'étant fait «piquer», au Luxembourg, pour échapper à l'infection. 

«En 2018, il y a effectivement eu une croissance de plus de 30% du nombre de personnes vaccinées», précise le ministère. Ainsi en quelques mois, 75.000 doses avaient été distribuées. Le prochain semestre 2019-2020 permettra de voir si la multiplication des fournisseurs suffit à assurer une couverture vaccinale complète cette fois.

Sentinelle veille

Statistiquement, impossible de savoir combien de personnes ont été frappées par la grippe par le passé. Confidentialité des données médicales oblige, la Caisse nationale de santé recense bien les arrêts de travail sans pouvoir détailler la cause précise de la "maladie infectieuse" éventuelle.

Sans pouvoir préciser le nombre de malades, le LNS (Laboratoire national de santé), lui,  dispose d'un bon outil de veille sur l'ampleur et la progression de la maladie. Il s'agit du réseau Sentinelle, créé en 2003. «Une vingtaine de médecins, pédiatres et généralistes, transmettent chaque semaine des données sur le nombre de patients reçus et les troubles respiratoires constatés sur cette population, dont les syndromes grippaux.»

Le pic entre Noël et mi-février

A partir de 2,6% de cas d' «influenza» recensés sur ce panel de malades, le seuil d'épidémie est constaté. Et d'expérience, le Dr Guillaume Fournier sait que le pic arrive généralement entre Noël et la mi-février. Une vague de fièvre touchant alors le Grand-Duché, comme l'ensemble des pays voisins.

«Mais Sentinelle a aussi une utilité pour déterminer précisément quels virus de grippe font des dégâts et circulent», indique le spécialiste. Car il n'y a pas qu'une grippe, mais bien plusieurs sous-types. Grâce aux frottis que les médecins du réseau transmettent, le LNS détermine donc précisément les souches virales actives. 

Cette analyse est fondamentale, non seulement pour mettre à jour la cartographie de l'évolution grippale mais, surtout, déjà penser aux vaccins à élaborer avant l'arrivée de la saison suivante. L'industrie pharmaceutique a alors six mois pour cultiver les souches repérées et diffuser les doses vaccinales protégeant la population.

Quatre souches pour un vaccin

Pour le cru 2019-2020, le vaccin proposé au Luxembourg comprend ainsi quatre souches différentes de virus, contre trois précédemment. Une quadrivalence demandée par l'Organisation mondiale de la Santé. Car l'OMS tient à ne surtout pas risquer une contagion aussi expresse que globale. 

«Les gens ont peu conscience de la gravité de cette maladie. Mais si un virus comme Ebola peut contaminer une petite région, la grippe elle se diffuse rapidement et à l'échelle de toute la planète, rappelle le Dr Fournier. En une seule saison, elle est en moyenne responsable de 600.000 décès dans le monde.» Soit pile l'équivalent de la population luxembourgeoise mortellement frappée par l'influenza. 


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