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Les touristes deviennent de lointains souvenirs
Luxembourg 5 4 min. 17.08.2020

Les touristes deviennent de lointains souvenirs

La vente de souvenirs est en chute libre, suivant la même pente que le nombre de nuitées assurées par les touristes dans la capitale.

Les touristes deviennent de lointains souvenirs

La vente de souvenirs est en chute libre, suivant la même pente que le nombre de nuitées assurées par les touristes dans la capitale.
Photo: Anouk Antony
Luxembourg 5 4 min. 17.08.2020

Les touristes deviennent de lointains souvenirs

Anne-Sophie de Nanteuil
Anne-Sophie de Nanteuil
Le faible nombre de touristes dans la capitale pénalise de plein fouet les boutiques de bibelots et souvenirs. En ce mois d'août, les commerçants affichent leur désarroi et déplorent une saison estivale d'ores et déjà compromise.

Avec la crise sanitaire, les touristes ont plié bagages. Le temps est pourtant aux rendez-vous, mais il n'y a pas foule dans la capitale. Quelques personnes, chapeau sur la tête, appareil photo en mains et masque sur le visage, déambulent dans les rues quasi désertes. Dans les échoppes de souvenirs, les vendeurs attendent désespérément les clients. L'an passé encore, la capitale pouvait se vanter d'avoir attiré plus de 622.000 visiteurs. Où sont-ils aujourd'hui?

S'il y a bien quelques Allemands et Français présents, les touristes sont «beaucoup moins nombreux que les autres années», déplore un brin dépitée Annabelle, vendeuse dans une boutique de souvenirs place d'Armes. Et les ventes s'en ressentent. «On vend un porte-clé par-ci par-là, mais c'est vraiment rien.» La clientèle étrangère a baissé de «plus de deux tiers» par rapport à d'habitude, estime-t-elle avant d'ajouter que ce sont «surtout les Chinois et les Russes qui manquent». Même si ceux-ci sont loin de peser en nombre (22.000 pour les premiers et 5.800 pour les autres), ils achètent... 

Même son de cloche en face du palais, dans une boutique pourtant parfaitement bien située. Alors après avoir été contraints de baisser le rideau pendant deux mois, la situation s'avère compliquée. Bien qu'un peu réticente à parler, Julia (le prénom a été changé) glisse, cachée derrière son masque : «Je crois que les patrons ont davantage de cheveux blancs maintenant». «Ce qui est sûr, c'est que ce ne sera pas une bonne année», résume-t-elle, tentant tout de même d'esquisser un sourire.

Au concept store «Luxembourg House», les tasses à l'effigie du Grand-Duc, les Gëlle Fra en chocolat et les t-shirts Roude Léiw emplissent les étals. Si la boutique n'attire «pas que des touristes», l'endroit reste bien calme. «C'est mort», soupire même Saskia. Son produit phare à elle, c'est le gin luxembourgeois, mais même les ventes d'alcool ont baissé. 

 Juste à côté, la fameuse boutique de Léa Linster attire aussi - habituellement -les touristes les plus gourmands. «Il y en a beaucoup qui nous trouvent sur Trip Advisor, en cherchant une spécialité à goûter ou à emporter», explique Ingrit. Mais cette année, la petite boutique est paisible, malgré l'odeur de madeleine qui s'en échappe.

Absents des boutiques de souvenirs, les touristes ne sont en réalité pas tellement plus présents dans la capitale. «Ça n'est pas une année normale», commente ainsi Tanja Bollendorf, directrice des ventes au Luxembourg City Tourist Office (LCTO). Rares sont en effet les visiteurs qui se risquent au Grand-Duché, dont les chiffres des nouvelles contaminations inquiètent de l'autre côté des frontières. 


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Même les touristes allemands, parmi «les plus fidèles» ne s'aventurent plus au Luxembourg. Pourtant, certains, plus téméraires, appellent pour se renseigner sur la réalité de la situation. «Cela nous laisse au moins l'occasion d'expliquer pourquoi les chiffres sont si hauts», affirme Tanja Bollendorf. 

Ces dernières semaines, le LCTO a accueilli ainsi une centaine de visiteurs par week-end «contre plus de 1.000 habituellement». Et si le 15 août est habituellement «un très bon week-end» pour le tourisme, cette année, l'Assomption tombant un samedi, les chiffres n'ont pu remonter. De quoi laisser le LCTO un brin défaitiste sur la saison estivale. «Nous ne nous attendons pas à voir davantage de touristes», regrette Tanja Bollendorf. En 2020, cette baisse pourrait même être «de 40 à 50%» sur l'année par rapport à l'accoutumée, estime Alain Krier, directeur d'analyse des marchés de Luxembourg for tourism (LFT). 


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Même le soleil prévu les jours prochains n'aide paradoxalement pas. «Cela fait plusieurs années que nous constatons une baisse du nombre de touristes lorsque c'est la canicule», explique la directrice des ventes de l'Office de tourisme. «Au-delà de 30°C», poursuit-elle, les rues de la capitale sont généralement désertées au profit «de la fraîcheur au bord des lacs» du nord du pays. 

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