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Les syndicats réclament 55 jours de télétravail pour tous
Luxembourg 6 min. 28.06.2022
Frontaliers au Luxembourg

Les syndicats réclament 55 jours de télétravail pour tous

Les revendications des différents syndicats interrogés sont claires: une harmonisation des barèmes entre les différents pays voisins du Luxembourg ainsi qu'un même nombre de jours de télétravail autorisés sans impact sur la fiscalité.
Frontaliers au Luxembourg

Les syndicats réclament 55 jours de télétravail pour tous

Les revendications des différents syndicats interrogés sont claires: une harmonisation des barèmes entre les différents pays voisins du Luxembourg ainsi qu'un même nombre de jours de télétravail autorisés sans impact sur la fiscalité.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 6 min. 28.06.2022
Frontaliers au Luxembourg

Les syndicats réclament 55 jours de télétravail pour tous

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Alors que les accords bilatéraux arrivent à leur terme, les différents syndicats plaident pour une harmonisation fiscale entre les différents pays. Reste à savoir s'ils seront écoutés.

Depuis deux bonnes années désormais, le télétravail s'est intégré dans le quotidien de très nombreux salariés frontaliers. La crise sanitaire a complètement changé leurs habitudes. Les seuils initiaux pré-covid ont dû d'ailleurs être revus à la hausse, à l'image de la Belgique, où le quota est désormais de 34 jours. En France, le seuil de 29 jours est toujours d'application mais des discussions sont en cours pour un maximum de 34 jours.  


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Une tolérance administrative décidée pour le télétravail
Une période transitoire qui durera jusqu'à la fin de l'année vient d'être décidée au niveau européen. Celle-ci ne concerne toutefois que le volet social.

Un quota qui est loin, très loin de satisfaire de nombreux travailleurs frontaliers qui réclament de nouveaux seuils qui leur permettraient par exemple de travailler deux fois par semaine à leur domicile. A l'heure où le télétravail illimité arrive à son terme, la question est plus que jamais d'actualité. Considérés comme la voix des travailleurs, les syndicats sont bien entendu au fait de ces doléances. 

«Une demande élevée des travailleurs»

Mais de leur côté, qu'en pensent-ils et quelle pourrait être la meilleure solution pour eux quant à la question du télétravail? Nous leur avons posé la question. «La demande pour le télétravail reste élevée», confirme-t-on du côté de l'OGBL. «La plupart du temps, il s'agit d'une question de mobilité, mais beaucoup de travailleurs voient aussi dans le télétravail une meilleure manière de concilier vie privée et professionnelle. C'est regrettable de voir que celui-ci arrive à son terme. Il aurait été préférable de négocier cela avant la fin de ces accords bilatéraux», note Frédéric Krier, membre du bureau exécutif de l’OGBL. «Nos revendications pour davantage de télétravail datent déjà d'avant la pandémie», ajoute la LCGB.


Thionville, Diedenhofen, A31,  Autobahn, Stau, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
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Economiste chez Idea, think tank associé à la Chambre de commerce de Luxembourg, Vincent Hein vante la résilience de l'économie luxembourgeoise malgré la crise, mais reste toutefois prudent et assure que «la partie n'est pas gagnée.»

Les revendications des différents syndicats interrogés sont claires: une harmonisation des barèmes entre les différents pays voisins du Luxembourg ainsi qu'un même nombre de jours de télétravail autorisés sans impact sur la fiscalité. «L'idéal serait de se calquer sur les règles concernant l'aspect social qui indiquent qu'il est possible de télétravailler jusqu'à 25% de son temps de travail annuel sans incidence», explique Frédéric Krier. 

«Cela correspond donc à un seuil harmonisé de 55 jours de télétravail par an», précise la LCGB. «Il faut trouver des solutions au niveau européen ou bien conclure des conventions spécifiques entre le Luxembourg et les pays voisins. D'une manière plus globale, l'idée serait d'avoir un même régime qui pourrait être appliqué à tout le monde et de manière équitable, sans discrimination entre résidents luxembourgeois et travailleurs frontaliers.»

Deux jours de télétravail par semaine selon l'ALEBA

L'ALEBA, syndicat du secteur financier luxembourgeois, ne dit d'ailleurs pas autre chose, en réclamant deux jours de télétravail par semaine. «Nous poussons pour entamer des discussions au niveau européen, afin de mettre en place des règles plus souples permettant deux jours de télétravail par semaine grâce à la création d'un statut de travailleur frontalier européen. La proportion la plus équitable entre le télétravail et le travail sur site est de deux à trois jours de travail à la maison par semaine, selon le choix de l'employé. Un tel quota permettrait de rester protégé contre la délocalisation des emplois qui reste encore une solution peu optimale pour les entreprises luxembourgeoises, mais qui peut faire peur si elle est utilisée à outrance et de manière non mesurée», estime Roberto Mendolia, président de l'ALEBA.


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Toutefois, les syndicats rappellent que le télétravail ne concerne qu'une partie privilégiée des travailleurs. «Seuls 50% des emplois sont 'télétravaillables', c'est-à-dire qu'il existe une possibilité de télétravailler», fait remarquer l'OGBL. «Donc, si vous mettez en place des mécanismes de régime de télétravail, que fait-on des personnes qui ne peuvent pas en faire? Quelles solutions s'offrent à elles? Des horaires plus souples? Ces questions sont au cœur du débat. Et puis, à l'heure actuelle, c'est également assez compliqué pour les entreprises luxembourgeoises de réaliser le suivi de ces quotas avec les différents seuils qui sont applicables selon le pays de résidence du frontalier. Une harmonisation des quotas serait donc totalement bénéfique, tant pour le travailleur que pour son employeur», rappelle la LCGB.

Tout n'est pas rose dans le télétravail

Et puis, les syndicats s'accordent à dire que le télétravail peut également amener son lot d'impacts négatifs. «Les personnes qui font du télétravail ont tendance à travailler plus longtemps que les autres. Il y a des statistiques européennes qui le montrent. Généraliser la disparition des frontières entre vie privée et travail peut impacter le droit à la déconnexion», déplore l'OGBL. «Il faut également souligner qu'il y a des personnes qui, certes, souhaitent continuer à télétravailler, mais il y en a d'autres qui n'en veulent plus, car elles ne parviennent plus à rester chez elles pour diverses raisons et veulent retourner au bureau», note la LCGB.


Thionville, Diedenhofen, A31,  Autobahn, Stau, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
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Sur papier en tout cas, l'idée d'augmenter les quotas et d'harmoniser les seuils semble plaire à tout le monde, tant du côté des employés que des entreprises. Il semblerait que les politiques luxembourgeois ne soient d'ailleurs pas contraires. Dès lors, qu'est-ce qui coince ? «C'est bien simple, si, par exemple, la France accepte d'augmenter son quota pour les frontaliers, elle accepte également de perdre une partie de rentrées fiscales qui, théoriquement, doit revenir au pays. Ce sont ces fameuses compensations financières que le Luxembourg verse aux régions frontalières, une grosse somme dont ces régions ont besoin, dans la cadre de projets transfrontaliers par exemple», affirme la LCGB.

Un système durable et non temporaire

Mais face à la hausse du prix des carburants et l'inflation qui ne cesse de s'accentuer, ne serait-il pas bénéfique d'instaurer des accords similaires à ceux qui se terminent ? Ou tout du moins proposer quelques jours de télétravail par semaine sans conséquence sur le volet social et fiscal ? «Là encore, que fait-on des personnes qui ne peuvent pas faire du télétravail? D'autant plus que les personnes concernées par le présentiel à 100% sont généralement des personnes qui vivent avec un salaire proche de celui du minimum légal. Ce sont donc elles qui auraient vraiment besoin le plus d'une telle mesure mais cela risquerait de créer, encore une fois, de nouvelles inégalités», pense la LCGB.

«Pour conclure, il faut réellement un système de télétravail durable et non des mesures temporaires qui sont prolongées une fois qu'elles arrivent à terme. Les politiques ne peuvent plus se permettre d'improviser comme cela a été le cas ces deux dernières années.»

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