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Les réfugiés devraient accéder plus vite à un travail
Luxembourg 5 min. 09.11.2018 Cet article est archivé

Les réfugiés devraient accéder plus vite à un travail

Marianne Donven, fondatrice d'«Open Home» et membre du groupe de coordination du Ronnen Desch: «Le travail est la clef qui permet aux demandeurs et aux bénéficiaires de protection internationale de rencontrer des gens, de pratiquer des langues, les apprendre plus vite, de découvrir le marché du travail, de s'adapter».

Les réfugiés devraient accéder plus vite à un travail

Marianne Donven, fondatrice d'«Open Home» et membre du groupe de coordination du Ronnen Desch: «Le travail est la clef qui permet aux demandeurs et aux bénéficiaires de protection internationale de rencontrer des gens, de pratiquer des langues, les apprendre plus vite, de découvrir le marché du travail, de s'adapter».
Photo: Maurice Fick
Luxembourg 5 min. 09.11.2018 Cet article est archivé

Les réfugiés devraient accéder plus vite à un travail

Maurice FICK
Maurice FICK
«Après six mois, il faudrait des moyens pour que les demandeurs de protection internationale aient accès au monde du travail». A commencer par simplifier l'AOT qui est une mascarade. Alors que la future coalition gouvernementale se négocie en coulisses, Marianne Donven du «Ronnen Desch» veut faire entendre l'inaudible voix des réfugiés qui se languissent dans les foyers.

Des CV de demandeurs de protection internationale (dpi) qui défilent quotidiennement dans son humble bureau avec vue imprenable sur les grands hôtels de la gare centrale de Luxembourg à travers le simple vitrage, Marianne Donven en a plein le tiroir.

«Ils viennent principalement me voir pour que je leur trouve du travail. Ils ont une vraie soif de travail. Surtout les jeunes. Mais au Luxembourg, on leur refuse l'accès au travail», jette-t-elle sur le bureau comme une vérité dérangeante, dont elle connaît trop bien l'envers du décor.

Ce décor c'est celui des foyers pour réfugiés -dont ceux qui étaient annoncés comme temporaires mais qui sont toujours occupés- dans lesquels des centaines de jeunes hommes, des hommes seuls et des pères de famille qui ont fui leur pays passent beaucoup de temps à attendre. Attendre d'avoir des papiers, attendre de bénéficier ou non de la protection internationale du Luxembourg. Et «c'est très dur de ne pas travailler pendant un, deux ou trois ans, sans avoir de rémunération».

D'autant que «ces gens avaient l'habitude de travailler, certains avaient leur propre entreprise. Certains sont des travailleurs non qualifiés. Il y a aussi parmi eux des forgerons, des menuisiers, des maçons, voire des architectes, des ingénieurs, des professeurs de mathématiques tout comme des femmes qui sont infirmières, maîtresses, traductrices, etc.», résume Marianne Donven, fondatrice de l'initiative citoyenne «Oppent Haus - Open Home».

«L'AOT devrait juste être un formulaire à remplir»

Egalement membre du «Ronnen Desch», un groupe de coordination réunissant tous ceux qui se sentent concernés par l'accueil et l'intégration de façon générale et des demandeurs de protection internationale en particulier, Marianne Donven aimerait que les coalitionnaires du futur gouvernement entendent son message, très simple: «Le travail est la clef qui permet aux demandeurs et aux bénéficiaires de protection internationale de rencontrer des gens, de pratiquer des langues, les apprendre plus vite, de découvrir le marché du travail, de s'adapter» au Luxembourg.

«Il y a des moyens» pour permettre aux dpi d'accéder plus rapidement au marché du travail. Le Ronnen Desch en propose. Tandis que les bénéficiaires de protection internationale ont les mêmes droits que les travailleurs résidents et peuvent s'inscrire à l'Adem, depuis la loi de 2016, les dpi ne peuvent s'inscrire à l'Adem qu'après six mois d'attente. Il leur faut alors obtenir une autorisation d'occupation temporaire (AOT).

L'ennui, est que cette procédure «n'est pas opérationnelle» dans les faits. Trop lourde, trop complexe. Pour preuve: «Sur les milliers de personnes qui sont arrivées au Luxembourg, on a réussi à faire travailler une trentaine de dpi, c'est une plaisanterie!», s'insurge Marianne Donven.

Et pour cause: l'obtention de l'AOT passe par un véritable «parcours du combattant», comme le décrit Marianne Donven: «Le patron qui souhaite embaucher un dpi doit d'abord déclarer le poste vacant à l'Adem qui lui enverra tous les candidats potentiels. Pour chacun il devra rédiger un refus motivé. En plus de tous les papiers, il devra expliquer via une lettre pourquoi il souhaite engager cette personne et non une autre. Après au moins trois semaines, le patron recevra un certificat de l'Adem lui permettant d'engager le candidat d'un pays tiers. Ce que le ministère du Travail devra encore approuver. Pour le petit électricien du coin, c'est vraiment beaucoup!» Pour Marianne Donven, «l'AOT devrait juste être un formulaire à remplir et à remettre à l'Adem».

Pour éviter que les dpi ne tombent dans l'«oisiveté assistée» comme elle dit, l'accès au monde du travail pourrait passer par «des stages pour avoir un premier contact. Ça peut être une bonne voie», juge Marianne Donven. D'autant que «beaucoup auraient envie de faire cette première expérience pour ensuite l'inscrire sur leur CV». Elle pense aussi à d'autres mesures comme le Contrat d'Initiation à l'Emploi (CIE).

Le Ronnen Desch préconise aussi qu'un bilan de compétences théoriques et pratiques de chaque dpi soit réalisé dès leur arrivée par l'Adem et durant les six mois d'attente.

 Les autres revendications du Ronnen Desch

  • Un coup de pouce financier aux familles d'accueil: pour permettre à davantage de demandeurs et bénéficiaires de protection internationale de vivre dans une famille mais aussi de désengorger les foyers, le Ronnen Desch est d'avis qu'«il faudrait accorder un soutien financier aux familles offrant un toit à des personnes vulnérables» (y compris sans-abri) comme c'est le cas dans d'autres pays européens.Histoire d'«honorer leur engagement» souligne Marianne Donven. Avant de rappeler que «les 78 personnes au Luxembourg qui accueillent actuellement un dpi ou bpi le font gracieusement».
  • Les offices sociaux devraient adopter une «approche commune en matière d'appui aux jeunes de moins de 25 ans ne bénéficiant pas du REVIS, même si cette compétence relève de l'autonomie communale. Actuellement, les citoyens concernés ne sont pas traités de façon égale à travers le pays».
  • «Il est urgent de créer des logements locatifs par les pouvoirs publics en grand nombre, en mobilisant les réserves du Fonds de compensation, en offrant un appui aux communes et en les dotant des compétences nécessaires pour assurer la construction».
  • Accès aux soins: le Ronnen Desch déplore que «de nombreuses situations ne se fondent sur aucun texte et sont de l’ordre du pouvoir discrétionnaire des administrations. De plus, il faudrait lier l’accès au système national de protection sociale au fait que les personnes demandeuses vivent sur le territoire luxembourgeois et généraliser le tiers payant pour tous les actes effectués en ambulatoire afin que personne ne soit contraint de renoncer à des soins de santé pour des raisons financières. Il conviendrait d’instaurer une couverture sanitaire universelle à travers le tiers payant généralisé et/ou le tiers payant social simplifié».



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