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Les psychothérapeutes veulent une meilleure prise en charge
Luxembourg 5 min. 05.04.2022
Santé mentale

Les psychothérapeutes veulent une meilleure prise en charge

175 euros la séance, c'est le tarif que conseille la Fapsylux asbl.
Santé mentale

Les psychothérapeutes veulent une meilleure prise en charge

175 euros la séance, c'est le tarif que conseille la Fapsylux asbl.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 5 min. 05.04.2022
Santé mentale

Les psychothérapeutes veulent une meilleure prise en charge

Megane KAMBALA
Megane KAMBALA
Depuis le début de la pandémie, il n’a jamais autant été question de santé mentale. Au Luxembourg, la Fapsylux asbl appelle les praticiens à fixer un tarif unique de 175 € pour que toute personne souffrant d’un trouble mental ait accès à une prise en charge de qualité.

Active sur le sujet depuis 2017, la Fapsylux asbl (Fédération des associations représentant des psychothérapeutes au Grand-Duché de Luxembourg) a fait savoir par voie de communiqué qu’elle conseillait aux professionnels de fixer un tarif unifié de 175 euros par séance. «Un tarif qui correspond au salaire d’une personne avec un diplôme universitaire de 5 ans dans le secteur social et de santé, tout en sachant que la loi impose au psychothérapeute une formation universitaire de 8 ans.»


L'impact invisible de la pandémie sur la santé mentale
Que ce soit en termes de consommation de médicaments psychotropes ou dans l'évolution du nombre de consultations psy, les effets de la crise sanitaire ne peuvent pas encore être observés avec les chiffres actuels, indique mardi le ministère de la Sécurité sociale.

Un plafonnement qui se justifie par la nécessité de garantir aux patients des soins psychothérapeutiques de qualité, ce qui implique une prestation de 24 heures de thérapie par semaine. Ce temps investi entraîne à côté l’accomplissement de tâches qui y sont liées directement ou indirectement telles que, «la préparation et le suivi de la séance, la documentation, la supervision et la formation continue. Sans ce travail pour le patient, la qualité de la psychothérapie ne peut être garantie. De ce fait, les 24 heures de psychothérapie correspondent à une semaine de travail de 40 heures.» Sans oublier que le thérapeute doit couvrir des frais fixes comme le «loyer, les cotisations aux assurances sociales, les frais de formation continue et de supervision...»

Non-application de la loi de 2015

En cause de cette dynamique de réajustement, la non-application d’une disposition de la loi de 2015 définissant la profession de psychothérapeute prévoyant que la CNS «soulage financièrement les patients en prenant en charge une partie des coûts de la psychothérapie». Jusqu’à présent, la fédération déplore le fait que «la CNS ne s’acquitte pas encore de cette responsabilité».

Interrogée sur le sujet, Delphine Prüm, la présidente de l'asbl, explique que tout cela tient au fait que «la CNS et la Fapsylux ne se sont pas encore mises d’accord sur une convention tarifaire obligatoire puisque la loi de 2015 ne spécifie pas à quelle hauteur l’aide doit s’appliquer. Certains points restent encore à préciser tels qu’établir une liste d’indication de l’application de la psychothérapie, définir des cadres spécifiques pour les enfants/adolescents et les personnes de plus de 70 ans, se mettre d’accord sur le flux et les démarches comme le nombre de séances par titre, les critères de prolongation, la prise en charge des séances prestées par tous les psychothérapeutes, la nomenclature...»


Le bien-être des travailleurs se dégrade
La pandémie qui perdure affecte la santé mentale des travailleurs, selon le «Quality of Work Index 2021». L'étude montre aussi que le home office a peu d'influence sur la qualité du travail.

Dans l’attente de cet accord, «les psychothérapeutes compensent le manque de remboursement de la CNS et appliquent des prix plus ou moins abordables pour les patients. Comme tout un chacun est libre de fixer les prix, cela varie très fortement.» Des tarifs qui vont en effet de 70 à 140 euros, bien en deçà du rehaussement préconisé par l’asbl.

Quid de la santé mentale au Grand-Duché?

L’absence d’entente sur le sujet depuis 2015 peut déconcerter lorsque l’on considère la place centrale faite aux problèmes mentaux pendant la pandémie, qui aurait pu accélérer le dénouement des négociations.

La présidente de la fédération confirme que «les statistiques réalisées par l’Université de Luxembourg indiquent en effet une augmentation de troubles mentaux au sein de la population pendant la pandémie et les retours d’associations prestant des services de santé mentale et de psychothérapeutes indépendants indiquent une augmentation de la demande de prise en charge.»

«Parler plus de santé mentale permettrait de déstigmatiser ces troubles en normalisant leur prise en charge et de pouvoir ainsi intervenir plus tôt afin de soigner et rendre une meilleure qualité de vie aux personnes concernées.»


La prise en charge de la santé mentale dans l'impasse
Suite à une nouvelle réunion concernant le remboursement de la psychothérapie, Fapsylux a quitté la table des négociations. La fédération représentant les psychothérapeutes indique n'avoir trouvé aucun accord avec la CNS.

Les évènements actuels en rapport avec le conflit russo-ukrainien peuvent d’ailleurs renforcer ces questions, puisque de ce qu'elle observe dans son propre cabinet, Delphine Prüm assure que la guerre en Ukraine «impacte [ses] patients en augmentant l’anxiété et l’insécurité face à l’avenir.»

Des désaccords tarifaires similaires en France

La mise en perspective des problèmes rencontrés par les psychothérapeutes du Luxembourg fait d’ailleurs écho à la mise en place du remboursement par la sécurité sociale française de huit séances chez le psychologue pour tous, annoncé en septembre par Emmanuel Macron. Sur prescription médicale, les patients de plus de 3 ans pourront consulter un psychologue référencé sur le site «MonPsy». Le patient repartira sans rien régler au praticien: 60% des frais sont pris en charge par la sécu, et 40% par la complémentaire santé.

Environ 1.000 praticiens «volontaires» seront référencés sur le site monpsy.sante.gouv.fr au moment du lancement le 5 avril. Une réforme qui ne fait pas l'unanimité dans la profession, puisqu’une tribune publiée le 29 mars dans le quotidien Le Monde appelle au boycott du dispositif qualifié de «poudre aux yeux».

Plus de 2.000 signataires considèrent que ce dernier exclut les troubles les plus graves et jugent les tarifs insuffisants (40 euros la première séance, et 30 euros les suivantes). Le ministère de la Santé français indique toutefois que le calcul des coûts a tenu compte de la durée moyenne d'une séance, estimée à «environ 40 minutes». Ce qui est certain c’est que ce sont toujours les cordonniers qui sont les plus mal chaussés, ou dans le cas présent, les psychothérapeutes qui peinent à trouver une oreille attentive…

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