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Les premiers effets de la guerre se font ressentir sur l'économie
Luxembourg 9 min. 31.05.2022 Cet article est archivé
L'économie se dégrade

Les premiers effets de la guerre se font ressentir sur l'économie

Les prix élevés du gaz devraient continuer à avoir un impact sur la consommation de gaz tout au long de 2022.
L'économie se dégrade

Les premiers effets de la guerre se font ressentir sur l'économie

Les prix élevés du gaz devraient continuer à avoir un impact sur la consommation de gaz tout au long de 2022.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 9 min. 31.05.2022 Cet article est archivé
L'économie se dégrade

Les premiers effets de la guerre se font ressentir sur l'économie

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Près de 100 jours après le début du conflit en Ukraine, les conséquences sur les marchés financiers du Luxembourg commencent à pointer le bout de leur nez.

Ce n'est cette fois-ci pas pour annoncer de bonnes nouvelles que le Statec a pris la parole ce mardi. Conformément à ce qu'ont annoncé plusieurs enquêtes de conjoncture, l'institut national de statistiques a annoncé que la production industrielle et les ventes au détail se sont repliées en mars, au Luxembourg et d'une manière générale, dans toute la zone euro. 


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Allemagne, Belgique, France ou encore zone euro, peu importe la zone géographique où elle est calculée, l'inflation continue sa poussée de fièvre au mois de mai, pour atteindre des montants toujours plus affolants.

Trois mois se sont maintenant écoulés depuis le début de la guerre en Ukraine. Dès le mois de mars, les enquêtes de conjoncture témoignaient d'un net repli de la confiance des acteurs économiques en Europe. «Les tendances observées à ce niveau au Luxembourg sont sensiblement les mêmes que dans les autres pays européens: une chute de moral très marquée du côté des consommateurs, d'une ampleur similaire à celle observée au début de la crise pandémique», indique le Statec.

Cette chute est d'ailleurs particulièrement significative pour les entreprises de l'industrie et du commerce de détail, mais moins marquée pour les entrepreneurs de la construction et les sociétés de services non financiers. Concrètement, le volume des ventes au détail a ainsi baissé en mars, de 0,7% sur un mois au Luxembourg et de 0,4% dans l'ensemble de la zone euro. 

Le repli est particulièrement marqué pour les débits de carburants, avec une baisse bien plus forte au Luxembourg (-11% sur un mois) qu'en zone euro (-3%). La production industrielle s'est également repliée en mars au Luxembourg (-3,2% sur un mois) et dans la zone euro (-1,8%, avec une baisse particulièrement appuyée de 5% en Allemagne). 


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C'est surtout dans le domaine des biens d'équipement que le Luxembourg a décroché (-4,5% sur un mois). 

On note par ailleurs, toujours pour le mois de mars, une diminution de la production dans la construction au Luxembourg (-2,2% sur un mois) alors que celle-ci a stagné dans la zone euro. «Cette baisse n'est cependant pas inquiétante si l'on considère les très bons résultats des deux mois précédents (+5,7% en janvier, +1,3% en février)», rassure le Statec. Si les carnets de commandes de la construction semblent demeurer bien remplis, il reste néanmoins que le contexte actuel est susceptible de renforcer les difficultés d'approvisionnement en matériaux et donc d'allonger les délais de production. 

Signalons enfin un point commun à tous ces secteurs d'activité (industrie, construction, commerce de détail, services non financiers), là encore qu'il s'agisse du Luxembourg ou de la zone euro: leurs perspectives d'évolution des prix de vente ou de production restent fermement orientées à la hausse jusqu'en mai, ce qui ne laisse pas présager d'une accalmie des pressions inflationnistes à brève échéance. 

Début d'année difficile pour le secteur financier 

Pour le secteur financier luxembourgeois, après de très bons résultats en 2021, le contexte s'est aussi dégradé. L'environnement boursier était déjà perturbé avant le conflit en Ukraine sous l'effet de la remontée de l'inflation. A plus long terme, la remontée des taux d'intérêt directeurs (déjà enclenchée aux Etats - Unis et au Royaume-Uni et prévue pour cet été en zone euro) devrait néanmoins favoriser certains pans de l'activité bancaire, à en croire le Statec. 

Les ventes de véhicules toujours à la peine 

Les pénuries de matériaux et de composants continuent d'affecter la production automobile mondiale et le conflit en Ukraine génère des difficultés d'approvisionnement supplémentaires pour les constructeurs européens. Après un léger rebond sur la fin de l'année 2021, les nouvelles immatriculations de voitures particulières sont reparties à la baisse. 

En avril 2022, elles affichent au Luxembourg et en zone euro un recul de 22% sur un an (avec moins de 3.500 immatriculations au Luxembourg, un niveau proche de celui du milieu des années 90). 


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Les modèles électriques et hybrides, en très forte hausse tout au long de 2021, marquent également le pas. Leurs parts dans l'ensemble des immatriculations se stabilisent au début de 2022. Cela dit, les prix de vente des voitures ont nettement accéléré depuis la mi-2021 et montrent une progression de 4% environ sur un an en avril. 

Sur les quatre premiers mois de l'année, les ventes de voitures particulières au Luxembourg reculent de 12,5% par rapport à l'an dernier (-14,8% en zone euro). Pour les véhicules commerciaux (camionnettes, camions, etc.), le repli atteint 18% sur la même période (-21% en zone euro).

La reprise du tourisme est là  

Quant aux chiffres de la fréquentation touristique au Luxembourg, ceux-ci se redressent peu à peu. Ils restent néanmoins sur le 1er trimestre 2022 encore inférieurs aux niveaux de 2019 (de l'ordre de 30%, à la fois en termes d'arrivées que de nuitées), certainement aussi à cause d’un effet «4e vague» lié à la pandémie sur cette période. «Ils devraient profiter par la suite de la remontée de la mobilité internationale et notamment de la clientèle «business» avec la reprise des réunions en présentiel et des voyages d’affaires associés», précise le Statec. 

Le trafic de passagers à l'aéroport de Luxembourg s'est d'ailleurs nettement redressé en avril, avec un résultat quasiment comparable à celui d'avril 2018. La reprise du tourisme s'observe aussi dans l'ensemble de l'Europe. Selon les résultats collectés par l'Organisation Mondiale du Tourisme sur le tout début de 2022, c'est même la région du monde où elle est la plus marquée. Les meilleures progressions s'observent en particulier pour les destinations du sud de l'Europe (Espagne, Portugal, Chypre, Malte). 

Des valorisations en berne à prévoir

En ce qui concerne les conditions financières, depuis février et l’éclatement de la guerre en Ukraine, c’est surtout la forte remontée de l'inflation et des taux d’emprunts à long terme qui dégrade les conditions financières, en plus des chutes des valorisations en bourse liées. «Cette tendance devrait se poursuivre, voire s’accentuer, dans les prochains mois avec le premier resserrement de la politique monétaire européenne depuis 11 ans», annonce le Statec. 

La Banque centrale européenne va en effet dès juillet arrêter ses achats d’actifs et commencer à rehausser ses taux directeurs. Ces hausses de taux vont augmenter le coût de refinancement à court terme des banques et seront répercutées sur les taux des crédits aux entreprises et particuliers . 

Les incertitudes pèsent sur les fonds d’investissement 

La baisse de confiance des investisseurs sur les marchés boursiers, avec des perspectives de croissance assombries et des resserrements des politiques monétaires plus rapides que prévu, pèse sur les organismes de placement collectifs au Luxembourg depuis le début de 2022. Cette baisse des actifs dans les fonds d’investissement pèse sur l’activité et la valeur ajoutée des auxiliaires financiers et des banques dépositaires au Luxembourg, ainsi que sur les exportations de services financiers dont la grande majorité (75%) sont des transactions avec les organismes de placement collectif. 

La décrue du chômage plus lente 

On le sait, le taux du chômage n'a jamais été aussi bas au Luxembourg. Par ailleurs, l'emploi dans la zone euro reste très dynamique sur le premier trimestre 2022 et suit une trajectoire plus favorable que celle prévue par la Commission européenne à l'automne dernier. Au Luxembourg, le taux de chômage a stagné en avril (à 4,7%) après une baisse très régulière depuis plus d'un an (d'au moins 0,1 point de % chaque mois). 

Davantage de hausses de prix attendues dans les services 

Le taux d’inflation a atteint 7% au Luxembourg en avril (7.4% pour la zone euro) et les pressions devraient rester élevées, du moins à court terme. C’est ce qu’indiquent, entre autres, les anticipations de prix dans le commerce de détail qui ont continué leur ascension sur les derniers mois, aussi bien dans la zone euro qu’au Luxembourg. Les problèmes d’approvisionnement (les stocks sont encore jugés faibles) et la remontée des prix des intrants (hausses des prix des matières premières qui se transmettent le long de la chaîne de production) devraient jouer à la hausse sur ces anticipations. 


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Dans les autres services non financiers, les prix anticipés au Luxembourg ont commencé à relever la tête sur la seconde moitié de 2021 suite vraisemblablement aussi à la levée des restrictions sanitaires. Ils ont surtout gonflé pour l’hébergement et la restauration. Ces enseignes devraient effectivement subir de multiples chocs suite aux renchérissements de l’énergie, des produits alimentaires et de la main-d’oeuvre ainsi qu’au rebond de la demande. Les tarifs dans les hôtels, restaurants et cafés ont déjà progressé de 5,5% sur un an en avril (contre +2% encore l’été dernier). 

Une baisse de la consommation de gaz 

En mars 2022, la production industrielle a diminué de 3% sur un an au Luxembourg. La confiance des industriels s’est en effet largement dégradée depuis mars et indique des perspectives de production plus pessimistes. Outre les fortes incertitudes et les difficultés des chaînes d'approvisionnement, les prix exceptionnellement élevés des intrants expliquent le ralentissement de la production industrielle et de l’activité économique dans son ensemble. «La consommation de gaz, dont l'industrie est le principal utilisateur, a également baissé de 15% sur un an en mars», détaille le Statec. 

En avril 2022, la consommation de gaz poursuit sa baisse (-20% sur un an ). Les baisses observées à ce niveau pourraient indiquer que la production industrielle a continué à diminuer en avril. 

Les prix élevés du gaz devraient continuer à avoir un impact sur la consommation de gaz tout au long de 2022, non seulement en raison des baisses de consommation provenant de l'industrie mais aussi de l'ensemble de l'économie, les prix à la consommation ayant atteint leur pic historique. 

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