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Les patrouilles privées divisent les députés
Luxembourg 4 min. 12.03.2021 Cet article est archivé

Les patrouilles privées divisent les députés

Si les pouvoirs des sociétés de sécurité ne sont pas clairement définis, seule la police peut faire usage de la force.

Les patrouilles privées divisent les députés

Si les pouvoirs des sociétés de sécurité ne sont pas clairement définis, seule la police peut faire usage de la force.
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 4 min. 12.03.2021 Cet article est archivé

Les patrouilles privées divisent les députés

Les patrouilles d'agents de sécurité privés pour assurer la sécurité publique continuent d'échauffer les esprits. La question était au cœur du débat ce jeudi à la Chambre.

(ASdN avec Morgan Huntzmann) - Expulsions, mendicité organisée, salles de consommation de drogue... Face aux nombreux enjeux de la sécurité publique, la police manque de personnel. Un constat qui a mené les députés à voter jeudi huit motions avec, au cœur du débat, le retour de la sécurisation des espaces publics par des patrouilles privées. 


Lokales, Sicherheitsbeamter Quartier Gare, Agent de Sécurité, GDL Security, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Les patrouilles privées restent sujet de discorde
Trois des quatre partis d'opposition ont déposé une motion au conseil communal de Luxembourg s'opposant aux rondes d'agents de sécurité dans le quartier Gare notamment. Pas de quoi infléchir la position de la bourgmestre, Lydie Polfer.

Si ces dernières étaient initialement prévues en renfort le temps des fêtes, les rondes des patrouilles privées ont été prolongées jusqu'au mois d'avril. Une décision qui ne fait pas l'unanimité du côté de l'opposition. «Cette privatisation de la sécurité soulève des questions», alerte ainsi Marc Goergen (Pirates) pour qui cette activité «va bien au-delà du cadre légal». A en croire le député, l'Etat de droit serait donc «en danger». Le monopole de l'usage de la force, rappelle-t-il, «appartient exclusivement à l'État». Celui-ci serait donc «mis à mal par les entreprises de sécurité».

Mais les critiques de l'eurodéputé ne s'arrêtent pas là, dénonçant la notion de «profilage racial» des rapports des sociétés. Autrement dit, des personnes contrôlées sur la base de leur apparence et de la couleur de leur peau. «On accorde une grande attention à la protection des données dans les bases de données de la police et de la justice, mais ensuite, des sociétés de sécurité privées sont engagées par les municipalités pour produire des rapports. Cela n'a aucun sens», dénonce Marc Goergen. 


Lokales, Sicherheitsbeamter Quartier Gare, Agent de Sécurité, GDL Security, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Polfer lassée de «la polémique stérile» du quartier Gare
Alors que la mission de la société privée chargée de faire des patrouilles dans une partie du centre-ville de la capitale a été prolongée de deux mois, la bourgmestre fait part mardi de son exaspération quant aux réticences sur son initiative. Et renvoie la balle au gouvernement.

Si Lydie Polfer (DP) a recours à ces sociétés privées à Luxembourg-ville, la bourgmestre s'en défend. «Les pouvoirs des sociétés de sécurité ne sont pas clairement définis, mais cela ne les rend pas illégaux», assure-t-elle avant d'ajouter que seule la police est autorisée à faire «usage de la force». A l'en croire, le recours à une telle solution serait néanmoins nécessaire

«Le nombre de crimes a augmenté ces dernières années. Les appels à l'aide lancés par les communautés n'ont pas été entendus», a-t-elle déploré. «Nous avons 85 agents de police pour le quartier de la gare et pour Bonnevoie, ce n'est pas suffisant». Selon elle, les sociétés de sécurité privées donnent donc aux gens «un meilleur sentiment de sécurité». En outre, si la question fait débat dans la capitale, cette solution serait utilisée avec succès depuis plusieurs années à Differdange. 

Si l'ADR a suggéré plusieurs motions pour résoudre ces problèmes de sécurité, toutes ont néanmoins été rejetées. Lors des échanges entre les députés, le parti a été accusé à plusieurs reprises de mélanger délibérément les faits afin de surfer sur la vague extrême droite. «Les demandeurs d'asile sont assimilés à des trafiquants de drogue, cela ne correspond pas à la réalité», dénonce Marc Baum (Déi Lénk), avant de rappeler l'importance de ne pas criminaliser la pauvreté. «Avec ses demandes de légalisation du spray au poivre, l'ADR va trop loin», a de son côté affirmé Stéphanie Empain (Déi Gréng).


Drug addicted woman getting heroin injection in the room,Drug abuse, substance abuse
Les toxicos en manque... de lieux
Des sites de consommation encadrée de stupéfiants en trop petit nombre, un manque criant de logements pour des consommateurs souhaitant sortir de la marginalité : le Plan d'action drogues 2020-24 tarde à trouver des sites.

Les demandes du parti pirate n'ont pas remporté plus de succès. «La création de structures décentralisées pour les toxicomanes ou l'octroi de subventions supplémentaires aux communes pour l'embauche de travailleurs de rue font déjà partie de la politique gouvernementale», a notamment justifié le gouvernement. «Nous avons déjà créé des centres à Esch et Ettelbruck pour soulager la salle de la ville», a quant à lui souligné le député Dan Biancalana (LSAP). 

«Seule une approche holistique peut résoudre le problème de la criminalité» estime Stéphanie Empain (Déi Gréng) avant d'ajouter que la planification urbaine a également un rôle à jouer à cet égard. «Nous devons considérer l'urbanisme comme une prévention contre la criminalité. Il s'agit d'éviter les coins sombres», explique-t-elle avant d'ajouter qu'une telle méthode pourrait permettre de «faire une grande différence». 

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Quartier de la gare, Bahnhof Luxemburg, avenue de la liberté, photo Guy Wolff