Changer d'édition

Les manquements de la BEI au cœur d'investigations
Luxembourg 3 min. 22.04.2020 Cet article est archivé

Les manquements de la BEI au cœur d'investigations

Les manquements de la BEI au cœur d'investigations

Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 3 min. 22.04.2020 Cet article est archivé

Les manquements de la BEI au cœur d'investigations

L'institution européenne, basée au Luxembourg, ne respecte pas les règles imposées par l'UE en matière de lutte contre le blanchiment d'argent indique un audit interne accablant. Des lacunes dont ont été informés les ministres des Finances européens.

(Jmh avec Heledd Pritchard  et Julie Edde) - Une tempête souffle au cœur même de la BEI. Si la banque d'investissement de l'UE se veut irréprochable et revendique sur son site sa volonté de soutenir des projets qui respectent «de rigoureuses normes techniques, environnementales et sociales», un audit interne révélé par nos confrères de LuxTimes fait état d'importantes «lacunes» dans le respect des normes en vigueur dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. 

Commanditée à la suite de plaintes déposées au cours de l'été dernier sur d'éventuels comportements répréhensibles, l'enquête interne fait état d'une «adaptation incomplète» non seulement à la réglementation européenne, mais aussi aux pratiques prescrites par le GAFI. Autrement dit, des manquements à l'obligation de mener des vérifications adaptées lors d'engagements de fonds européens dans un projet de développement. Des vérifications devant porter aussi bien sur les destinataires des fonds que sur les règles de conformité à appliquer. 


La BEI se mobilise à son tour
L'institution de financement de l'Union européenne, basée à Luxembourg, a annoncé qu’elle allait mobiliser jusqu'à 40 milliards d'euros pour faire face à la crise. Par ailleurs, elle a appelé les Etats membres à établir de nouvelles garanties pour les PME.

Selon des documents consultés par nos confrères, les ministres des Finances de l'UE étaient au courant de la situation. Représentés au sein du conseil des gouverneurs de la BEI, la plus haute instance décisionnelle de la banque d'investissement, certains d'entre eux ont jugé, en juin 2019, «urgent» de «combler les lacunes». En ligne de mire, les décisions prises par Gerhard Hütz, Group chief compliance officer de la banque au cours des sept dernières années. Un haut responsable qui a quitté ses fonctions «quelques mois seulement après les plaintes et le rapport d'audit accablant», relate le Luxemburg Times.

Si la BEI, banque publique à but non lucratif, n'a adopté les procédures de lutte contre le blanchiment d'argent et de financement du terrorisme qu'en 2017, certains dossiers n'y étaient pas soumis. Ce que confirment certains courriels envoyés par Gerhard Hütz à son équipe. C'est notamment le cas pour un prêt de 220 millions d'euros accordé en septembre 2019 pour l'entretien de l'A49 entre Schwalmstadt et Ohmtal-Dreieck, en Allemagne, ou du financement à hauteur de 47 millions d'euros de la modernisation de la flotte d'autobus de la compagnie publique hongroise Buszpark, en janvier 2020. Deux projets pour lesquels Gerhard Hütz indique qu'«il est évident qu'à terme, nous devons recevoir une vérification des documents et des informations supplémentaires».

Depuis le 1er janvier 2012, la BEI est présidée par Werner Hoyer.
Depuis le 1er janvier 2012, la BEI est présidée par Werner Hoyer.
Photo: European Investment Bank

Contactée par nos confrères, la BEI indique que le processus d'audit interne «a fonctionné comme prévu» et que les lacunes soulevées avaient été «traitées de manière transparente». L'institution s'empressant de préciser qu'à ce stade  il n'y avait aucune preuve que la banque, ses clients et partenaires aient subi un quelconque «dommage en pratique». Pour se prévenir de toute allégation supplémentaire, la BEI a par ailleurs commandité un nouveau rapport d'enquête auprès de PwC, chargé notamment de vérifier la chaîne de responsabilité, Gerhard Hütz ayant été placé sous la responsabilité directe de Werner Hoyer, président de la banque d'investissement. 

Le cabinet d'audit et de conseil sera aussi chargé de vérifier les accusations portées contre la culture de la peur et du blâme qui serait présente au sein de l'institution du boulevard Adenauer, selon les plaintes déposées au cours de l'été dernier. Des tensions non confirmées par un porte-parole de la BEI qui se contente d'indiquer qu'un programme de «changement de la culture de conformité» avait été lancé. De son côté, Gerhard Hütz siège désormais au conseil d'administration de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, basée à Londres. Sollicité par nos confrères, il a refusé de s'exprimer sur ce dossier. Le poste de Group chief compliance officer de la BEI, lui, reste toujours à pourvoir.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

L'institution de financement de l'Union européenne, basée à Luxembourg, a annoncé qu’elle allait mobiliser jusqu'à 40 milliards d'euros pour faire face à la crise. Par ailleurs, elle a appelé les Etats membres à établir de nouvelles garanties pour les PME.
La cessation d'activités d'«Attitude L'Abeille» liée à la Banque européenne d'investissement (BEI) est entérinée depuis vendredi. Les syndicats OGBL et LCGB dénoncent «l'urgence» d'une «décision prématurée» qui concerne les 46 salariés de la structure d'accueil.
Comme il s'agit d'une cessation d'activités, il n'est pas possible pour les syndicats de négocier un plan de maintien dans l'emploi