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Les malentendants face à l'épreuve des masques
Luxembourg 1 4 min. 07.08.2020

Les malentendants face à l'épreuve des masques

Pour les malentendants, les expressions du visage et la lecture sur les lèvres viennent compléter l'écoute.

Les malentendants face à l'épreuve des masques

Pour les malentendants, les expressions du visage et la lecture sur les lèvres viennent compléter l'écoute.
Photo: AFP
Luxembourg 1 4 min. 07.08.2020

Les malentendants face à l'épreuve des masques

Anne-Sophie de Nanteuil
Anne-Sophie de Nanteuil
S'il permet de lutter contre la propagation du covid-19, le port d'une protection buccale pénalise une frange de la population, notamment les personnes sourdes et malentendantes. Car cette protection les empêche de lire sur les lèvres, les isolant un peu plus du monde extérieur.

Imposé dans l'espace public depuis le 20 avril dernier pour lutter contre le covid-19, le port du masque constitue un obstacle majeur dans le quotidien des  personnes sourdes ou malentendantes. Car si cet accessoire tend à limiter la propagation du virus en camouflant le nez et la bouche, il réduit également les possibilités d'interactions entre les individus. Un aspect pourtant primordial pour ces personnes porteuses de handicap, déjà partiellement isolées. C'est le cas notamment de Laure, une jeune femme malentendante de naissance.  

Si en temps normal faire ses courses, commander au restaurant ou avoir une conversation pouvait déjà être compliqué, le port du masque a fait de son quotidien une série de défis. Car la trentenaire, habituée à lire sur les lèvres et à interpréter les expressions faciales, perd là l'un de ses principaux atouts pour comprendre ses interlocuteurs. Depuis quatre mois, elle ne capte donc le monde qu'au travers une audition affaiblie.

Impact sur la vie professionnelle

«Je suis obligée de faire répéter plusieurs fois les choses pour que je comprenne bien», indique-t-elle en étant consciente que cette situation «agace» par moments ses interlocuteurs, pas toujours habitués à échanger avec une personne malentendante. Un quotidien un brin décourageant pour celle qui confesse n'avoir parfois «même plus envie de faire d’efforts» et considère le masque comme «une vraie barrière sociale». 

En congé maternité depuis le début du confinement, cette maman de deux enfants se sent ainsi de plus en plus isolée. Si la reprise du travail, à la rentrée, lui permettra de renouer des liens avec le monde extérieur, elle admet toutefois appréhender ce retour à la vie professionnelle, notamment ses contacts «avec les collègues masqués».

Olivier Grüneisen, directeur de l'association Info-Handicap.
Olivier Grüneisen, directeur de l'association Info-Handicap.
Photo: Info-handicap

S'il n'existe aucun chiffre officiel au Luxembourg, Laure ne serait toutefois pas la seule dans cette situation. Dès le début de la crise sanitaire, «les personnes porteuses d'un handicap se sont senties au second plan», explique Olivier Grüneisen, directeur de l'association Info-Handicap, qui confirme que la situation n'avait «rien d'évident» pour ces personnes. 

Faisant référence aux dizaines de conférences de presse du gouvernement pour informer la population sur le virus, le directeur de l'association a notamment regretté, au début, «l'absence de sous-titre et de traduction en langue des signes». Bien qu'officiellement reconnue depuis 2018, cette langue n'apparaît cependant pas comme une réponse au problème. Car tout comme les langues parlées, il en existerait près de 200 à travers le monde. Au Luxembourg, c'est la langue des signes allemande qui prévaut. Mais là encore, impossible de savoir combien de personnes la maîtrisent à travers le pays.

Face à ces difficultés, il existe pourtant bien une solution. Celle des «masques inclusifs» qui ont vu le jour notamment en Belgique. Au lieu de cacher entièrement le visage, ces derniers disposent d'une fenêtre transparente permettant de lire sur les lèvres et capter les émotions véhiculées.

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Au Luxembourg, s'il arrive d'en apercevoir dans la rue, son port est «loin d'être généralisé», regrette Olivier Grüneisen. Pour le responsable de l'association, «les choses auraient pourtant pu être différentes si tout le monde avait eu des masques transparents». De son côté, Laure plaide pour que son usage soit à l'avenir plus répandu, «surtout auprès des personnes en contact avec du public et au sein des entreprises.» Et pourquoi pas en commençant par les responsables politiques, ce qui permettrait d'adresser un message fort à la population. 

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