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Les lycéens vivent dans la peur de nouvelles expulsions!
Luxembourg 5 min. 03.12.2014 Cet article est archivé
Suite au retour forcé de leurs camarades

Les lycéens vivent dans la peur de nouvelles expulsions!

Cyndie (au centre) : "Ce sont nos amis, on les aime et on les soutient".
Suite au retour forcé de leurs camarades

Les lycéens vivent dans la peur de nouvelles expulsions!

Cyndie (au centre) : "Ce sont nos amis, on les aime et on les soutient".
Photo: Maurice Fick
Luxembourg 5 min. 03.12.2014 Cet article est archivé
Suite au retour forcé de leurs camarades

Les lycéens vivent dans la peur de nouvelles expulsions!

Le retour forcé de plusieurs camarades albanais et monténégrins a secoué élèves et profs du Lycée technique du Centre à Luxembourg. D'autres élèves vivent dans la même crainte «dès qu'on frappe à la porte de la classe!» Une injustice que les lycéens dénoncent solidairement. Une manif est déjà prévue.

Le retour forcé de plusieurs camarades albanais et monténégrins, la semaine passée, a secoué élèves et professeurs du Lycée technique du Centre à Luxembourg. D'autres élèves vivent dans la même crainte «dès qu'on frappe à la porte de la classe!» Une injustice que les lycéens dénoncent solidairement. Une «manifestation silencieuse» est d'ores et déjà prévue.

«Si elles viennent ici c'est parce qu'elles n'ont pas le choix. Certains sont là depuis cinq, six voire sept ans. Elles vont faire quoi là-bas? Si elles retournent là-bas, elles ne savent même pas ce qui les attend... il faudrait penser à ça aussi!», lance Sarah, élève de 11e.

Avec cette émotion palpable dans tout le groupe rassemblé mercredi après-midi dans la bibliothèque du lycée autour de Maria, originaire du Kosovo, et Anna, originaire de Serbie (ce sont des prénoms d'emprunt, ndlr). Toutes deux déboutées du droit d'asile au Luxembourg, vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Elle est d'autant plus proche que «ce qui s'est passé la semaine dernière peut m'arriver un jour», sait bien Maria, 18 ans, pas résignée pour autant. Même si les témoignages de solidarité exprimés pendant la conférence de presse lui font verser des larmes.

Carolina: "On est en train d'organiser une manifestation silencieuse. Et je ferai tout mon possible pour qu'ils restent ici".
Carolina: "On est en train d'organiser une manifestation silencieuse. Et je ferai tout mon possible pour qu'ils restent ici".
Photo: Maurice Fick

Toute la communauté scolaire se souviendra longtemps de cette journée tourmentée du mercredi 26 novembre 2014 au Lycée technique du Centre durant laquelle, les élèves ont vu plusieurs camarades de classe passer les portes de l'établissement... pour la dernière fois. Avant d'être contraints, le lendemain, de monter à bord d'un avion avec les membres de leur famille pour retourner vers l'Albanie et le Monténégro. Le vol charter a décollé avec 34 personnes à bord dont 18 mineurs, parmi lesquels leurs copains de classe, leurs amis de tous les jours.

Ce jour-là, «des élèves pleuraient partout, c'était affreux!... pour nous les professeurs, la direction, les membres du SPOS», témoigne Laura Asselborn. Et à la professeur de français et de luxembourgeois de rapporter que «les élèves étaient dans un état pas possible. Y compris ceux qui sont dans le même cas que leurs camarades. Ils ont très peur car ils ne savent pas ce qui va leur arriver. Depuis la semaine passée, il y a une ambiance bizarre dans beaucoup de classes». Dans pratiquement chaque classe se trouve un élève demandeur d'asile.

«On s'est donné la peine»

Silencieuse depuis un moment, Cyndie dit «trouver injuste de les laisser partir d'un jour à l'autre. Injuste qu'elles ne puissent plus aller à l'école et ne pas avoir d'avenir». D'autant qu'elles «ne font rien d'illégal et respectent le pays». Cyndie vit la situation depuis le Luxembourg. Sa grand-mère de 65 ans «vit toute seule en Serbie. On a demandé un regroupement familial mais ils ne veulent pas accepter qu'elle entre au Luxembourg».

Maria livre son quotidien de demandeur d'asile depuis qu'elle est arrivée au Luxembourg en 2012 avec parents et frères. Un parcours émaillé de déménagements, de vie surveillée par des caméras dans des foyers d'accueil, d'une chambre pour cinq, de promiscuité et d'attente permanente dans la peur de devoir repartir alors qu'ici «on a essayé de donner de notre mieux pour s'intégrer. On s'est donné la peine».

Des lycéens ont préféré ne pas se montrer face à l'objectif. Mais ils sont venus nombreux témoigner leur solidarité dans la bibliothèque du lycée mercredi.
Des lycéens ont préféré ne pas se montrer face à l'objectif. Mais ils sont venus nombreux témoigner leur solidarité dans la bibliothèque du lycée mercredi.
Photo: Maurice Fick

La professeur atteste la bonne maîtrise de la langue luxembourgeoise de la jeune fille. Le bon travail fourni. Pourtant elle a déjà vu partir d'autres Maria. «On comprend bien que le Luxembourg ne peut pas accueillir tout le monde. Ce qui, pour nous, est très grave est que la procédure dure quelque fois tellement longtemps. Parfois quatre, cinq, six, sept ans. On aimerait qu'elle s'accélère et que les élèves ne soient pas enlevés comme ça au milieu de l'année... parce que c'est très dur».

Pas de réponse des ministères de l'Immigration et de l'Education nationale ni à leur courrier de protestation, ni depuis l'envoi d'une pétition le jour crucial. Mais la solidarité autour de tous les jeunes scolarisés au Luxembourg qui vivent dans l'incertitude pesante du lendemain, est palpable au Lycée technique du Centre où «tous les élèves se connaissent. C'est une grande famille. On est toujours là les uns pour les autres», assure Laura Asselborn. Une «manifestation silencieuse» est prévue devant le ministère des Affaires étrangères. La date n'est pas encore arrêtée.

Maurice Fick


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