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Les jeunes délinquants dans un désert criminologique
Luxembourg 5 min. 04.07.2022
Les mineurs et Schrassig

Les jeunes délinquants dans un désert criminologique

En raison de la pandémie, des délinquants mineurs ont été hébergés avec des adultes dans un quartier de Schrassig jusqu'à vendredi dernier.
Les mineurs et Schrassig

Les jeunes délinquants dans un désert criminologique

En raison de la pandémie, des délinquants mineurs ont été hébergés avec des adultes dans un quartier de Schrassig jusqu'à vendredi dernier.
Photo d'archives: Gerry Huberty
Luxembourg 5 min. 04.07.2022
Les mineurs et Schrassig

Les jeunes délinquants dans un désert criminologique

Steve REMESCH
Steve REMESCH
L'Ombudsman fir Kanner a Jugendlecher fait état d'une situation critique concernant la détention des délinquants mineurs au Luxembourg. Selon lui, une seule solution peut être envisagée rapidement: la détention dans un pays étranger proche.

Depuis le début de la pandémie, des délinquants mineurs sont détenus dans la même section que les adultes à la prison de Schrassig. «Il s'agit d'une situation effrayante», a commenté l'Ombudsman fir Kanner a Jugendlecher (Okaju), Charel Schmit. «C'est absolument condamnable du point de vue des droits de l'enfant et des droits de l'homme.» 


«Schrassig n'est pas la solution pour les mineurs»
Interrogée mardi à la Chambre sur le récent cas de délinquants âgés de moins de 18 ans relâchés faute de place dans la structure fermée de Dreiborn, la ministre de la Justice s'oppose à l'incarcération dans la prison pour adultes. Une position contestée par le procureur général adjoint.

Il ne souhaite pas explicitement aborder les événements de ces derniers jours, à savoir l'agression brutale d'un mineur perpétrée par des adultes en détention provisoire, et l'attaque d'un autre mineur envers des membres du personnel pénitentiaire. «Bien sûr, on est informé des problèmes en permanence et on rend visite aux détenus», poursuit l'Okaju. Mais il estime que «nous ne devons pas nous laisser entraîner dans la discussion par des cas isolés et des cas extrêmes». Le problème est global et doit être traité comme tel.

Une politique de la jeunesse

La prison de Schrassig n'est tout simplement pas adaptée à l'accueil des mineurs. La prison pour mineurs de Dreiborn n'est, de son côté, pas suffisamment armée du point de vue de sa capacité. Et la loi de 1992 ne tient pas compte des développements importants qui ont eu lieu dans le domaine de la protection de la jeunesse au cours des 30 dernières années.


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Le Luxembourg adapte sa justice aux mineurs
Mieux protéger les enfants en séparant les mesures de protection, d'aide et de soutien de la jeunesse du droit pénal pour mineurs, c'est l'objectif poursuivi par le gouvernement qui a présenté trois nouvelles lois en ce sens.

Il existe pourtant un nouveau cadre légal concernant le traitement des mineurs délinquants par voie d'instance. Ce dernier transforme la protection des mineurs en un code de procédure pénale pour les mineurs, qui crée un cadre clair pour les personnes âgées de moins de 21 ans, et montre la voie à suivre.

Mais tout cela est-il suffisant? Non, estime Charel Schmit. «Nous manquons cruellement de connaissances sur le phénomène de la délinquance juvénile et des personnes en transition», affirme-t-il. «Il n'y a pas de statistiques publiées, pas d'évaluation méthodique des réponses que la justice donne actuellement. Et sur le plan criminologique, nous sommes dans un désert.» Il faut donc une boussole, une carte et des points fixes pour s'orienter. Or, ceux-ci font toujours défaut dans tout le débat. Il y a bien plus à dire sur la délinquance juvénile que ce que l'on peut trouver dans un bulletin de police.

L'image globale reste lacunaire

«Nous devons nous doter d'une base de connaissances afin de mettre en place une politique basée sur les droits fondamentaux et les droits de l'enfant», estime l'Ombudsman fir Kanner a Jugendlecher. «Un début de base est créé par les nouveaux projets de loi», reconnaît Charel Schmit. «Mais cela ne suffit pas. Les infrastructures adéquates font défaut. Tout comme les concepts sur la manière de travailler avec les jeunes». Et de toute façon, les réformes arriveraient 20 ans trop tard, selon lui. 

L'image globale est trop vite perdue de vue: «Selon les déclarations qui nous sont faites par les services compétents, le phénomène de la délinquance juvénile n'augmente pas - pas plus que dans le reste de l'Europe. Mais il se déplace et prend d'autres visages», souligne l'Okaju. 

Ce que nous voyons aujourd'hui est le résultat d'une évolution erronée qui s'étend sur les dernières décennies.

Charel Schmit

«L'objectif de toutes les mesures doit être de voir l'être humain», poursuit Charel Schmit. «Les victimes, dont les droits doivent être renforcés. Les collaborateurs des structures concernées, dans lesquelles on travaille avec les jeunes, doivent être protégés. Et ils doivent être préparés. Car eux aussi ont besoin du programme-cadre nécessaire pour pouvoir absorber les cas graves». Ce travail doit en outre être entièrement interdisciplinaire, avec des partenaires psychiatriques et médicaux. D'autre part, la protection judiciaire de la jeunesse doit également être renforcée, a-t-il ajouté. 


Le chantier de la nouvelle prison de Sanem se termine
Le nouvel établissement pénitentiaire permettra d'alléger le centre pénitentiaire de Luxembourg qui flirte et dépasse parfois sa capacité maximale.

«Ce que nous voyons aujourd'hui est le résultat d'une évolution erronée qui s'étend sur les dernières décennies», constate Charel Schmit. «Nous devons maintenant la corriger!» Et cela prend du temps: «Il y a deux ou trois ans, on disait qu'on n'amenait plus de mineurs à Schrassig», poursuit l'Okaju. «Que cela se fasse encore à ce jour ne fait qu'illustrer l'urgence absolue de la situation. La prison pour mineurs de Dreiborn doit être le seul endroit envisageable pour les cas graves parmi les mineurs délinquants». 

Au-delà de Sassenheim

Il y aurait des réflexions pour une période transitoire, pendant laquelle Dreiborn serait transformé en un établissement plus approprié, pour héberger les mineurs délinquants dans un secteur séparé de la nouvelle prison préventive d'Uerschterhaff à Sassenheim. Celle-ci sera mise en service cet automne. «On peut accepter cela pour une période transitoire, mais cela ne doit pas être une solution à long terme», estime Schmit. 

Mais selon lui, le problème doit être abordé ici et maintenant. Car même si, depuis vendredi, les mineurs ne sont plus hébergés à Schrassig dans une même section que les adultes, le problème reste le même. La prison de Schrassig est totalement inadaptée.

«Il est donc légitime de se demander si une collaboration avec d'autres institutions ne doit pas être entamée à court terme», poursuit Schmit. «Que ce soit à Saint-Hubert en Belgique ou à Wittlich en Allemagne. Si nous constatons durablement que le cadre de prise en charge au Luxembourg n'est pas adéquat pour traiter de manière adéquate cette partie de la population, alors il faudra aussi réfléchir dans cette direction». 

Cela permettrait alors d'organiser en parallèle les concepts, les infrastructures et la main-d'œuvre nécessaires aux réformes.

Cet article est paru pour la première fois sur wort.lu/de

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