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"Les immigrés ne font pas que construire nos routes et nos maisons"
Luxembourg 3 min. 14.03.2013 Cet article est archivé

"Les immigrés ne font pas que construire nos routes et nos maisons"

Franco Barilozzi

"Les immigrés ne font pas que construire nos routes et nos maisons"

Franco Barilozzi
Vasco Santos
Luxembourg 3 min. 14.03.2013 Cet article est archivé

"Les immigrés ne font pas que construire nos routes et nos maisons"

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Il y a trente ans, deux petits stands se dressaient au Knuedler: aujourd'hui, Luxexpo fourmille de 300 bénévoles occupés à installer les 400 stands du festival des Migrations.

Franco Barilozzi, directeur du CLAE (Comité de liaison des associations d'étrangers), a vu naître le Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté il y a trente ans, sur la place Guillaume II à Luxembourg.

Il n'a jamais cessé de s'investir pour faire de ce festival ce qu'il est aujourd'hui: l'une des plus importantes manifestations populaires du pays avec 30.000 visiteurs en moyenne ces dernières années.

En 2012, il confiait ses craintes pour la suite de l'aventure, invoquant des soucis de trésorerie et d'organisation. Mais impossible de célébrer ce 30e anniversaire sans mettre les petits plats dans les grands: le festival 2013 sera le plus important jamais organisé.

  • L'an dernier, vous disiez avoir atteint le maximum avec 350 stands, mais ce Festival des migrations 2013 accueillera pas moins de... 400 stands. Que s'est-il passé?

"Nous avons chaque année de nouvelles demandes! Les communautés issues des nouvelles migrations se structurent en associations et souhaitent se présenter."

"On voulait aussi marquer le 30e anniversaire du festival, et puis, on a pu bénéficier d'espace supplémentaire notamment dans le hall3. Au total, on a 2.000 m2 en plus! Au commencement, on n'aurait jamais pu imaginer qu'il prendrait une telle ampleur."

"Quant au budget, c'est un défi chaque année pour parvenir à l'équilibre et ne pas perdre d'argent. On économise sur tout, on développe nos partenariats avec des sponsors. Ce sont eux qui nous sauvent la mise..."

"En 2012, on avait proposé quelques stands dédiés à l'art et le public a été au rendez-vous. Finalement, on a imaginé un coin spécifiquement réservé aux artistes peintres et plasticiens. Ils ont beaucoup de difficulté à exposer au Luxembourg. C'est donc l'occasion de découvrir leur travail, amateurs ou professionnels."

  • Quel regard portez-vous sur ce festival que vous avez vu grandir? A-t-il contribué à changer les mentalités sur  l'immigration?

"J'aime à penser que oui. Le festival a su conserver ses revendications politiques tout en s'imposant comme un carrefour des cultures. Il met en valeur les différentes facettes de l'immigration au Luxembourg: il montre que les immigrés ne sont pas que des ouvriers qui viennent construire nos routes et nos maisons..."

"Le festival braque les projecteurs sur les écrivains, les peintres, issus de l'immigration, et qui contribue à la richesse culturelle du pays. Je crois que le festival est également utile à la promotion du Luxembourg à l'étranger: une façon de montrer que le Grand-Duché est aussi autre chose que le pays des banques qu'on s'imagine."

"L'immigration change aussi, tant au niveau des ouvriers, des cadres, des investisseurs. C'est fondamental pour le Luxembourg. C'est un message du festival."

  • C'est pour toutes ces raisons que vous demandez aux pouvoirs publics d'investir plus dans l'organisation du festival?

"Oui, et notamment en ressources humaines. Chaque année, le festival prend du poids et on est arrivés à la limite de nos capacités. C'est une manifestation unique en Europe, les pouvoirs publics devraient en tenir compte et nous soutenir de manière plus conséquente."

"Malheureusement, j'ai parfois l'impression que le festival est encore perçu seulement comme "les immigrés qui font la fête". Sans aide, on n'aura pas d'autre choix que de restreindre le nombre de participants à l'avenir."

  • Qu'est-ce qu'on vous répond quand vous sollicitez une aide de l'Etat?

"Que les temps sont durs... Le ministère de la Culture n'a jamais reconnu le festival. En 2012, la ministre Octavie Modert était présente. Elle avait promis de nous rencontrer après le festival, mais elle n'a pas donné suite."


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