Les hôpitaux passent en phase 4
Les hôpitaux passent en phase 4
C'est une première, et elle traduit bien l'importance de cette seconde vague covid au pays. Mardi, la cellule de crise qui scrute l'évolution de l'épidémie a décidé de passer à la phase 4 du plan de montée en charge des hôpitaux. Une situation inédite depuis la mise en place de ce plan, l'été dernier. Même s'ils le pratiquaient déjà de façon préventive, les quatre centres hospitaliers luxembourgeois sont maintenant officiellement encouragés à «déprogrammer toute intervention chirurgicale qui peut être décalée dans le temps sans entraîner de perte de chance pour l'individu».
Car, même si la ministre de la Santé confirmait une «stabilisation» des infections, la situation sanitaire implique aussi un afflux important de patients infectés par le covid. Il faut donc plus de place pour les accueillir, les isoler et surtout bien plus de personnels pour en assurer les soins. «Je dirais que le ratio temps de prise en charge est de 1,5 comparé à un patient ''classique'' en soins intensifs», indique Sylvain Vitali, secrétaire général de la Fédération des hôpitaux du Luxembourg.
Au dernier relevé officiellement communiqué, les différents services de soins normaux du pays accueillaient 212 patients covid (confirmés ou suspectés) mais aussi 48 malades en soins intensifs. Une charge trop importante et qui risque d'affecter la possible prise en charge d'autres personnes nécessitant des soins importants. En déclenchant la phase 4, le gouvernement demande donc aux établissements de se réorganiser de telle sorte à disposer d'environ 270 lits en soins normaux et une centaine en soins intensifs qui puissent être dédiés au seul traitement des cas de coronavirus.
Pour ce faire, chaque hôpital garde la main. Aux médecins d'analyser les possibles reports d'accueil ou d'opération au cas par cas, et d'en fixer le nouvel échelonnement dans le temps. Mais afin de libérer des chambres et réorienter des professionnels de santé vers le suivi des patients covid, le système de santé est également invité à libérer au plus vite les chambres qui pourraient laisser partir, sans risque, leur occupant.
«C'est dans ce cadre notamment qu'il a été convenu des partenariats avec des établissements spécialisés pour l'accueil de patients ne nécessitant plus de soins aigus. Une dizaine de lits sont ainsi mobilisables auprès du Rehalzenter au Kirchberg, et une vingtaine d'autres au Colpach», indique la Fédération des hôpitaux luxembourgeois. «Cela constitue un tampon appréciable dans cette période où la pression est forte», souffle Paul Junck, son président.
Car pression il y a bien. «Deux tiers des capacités en soins intensifs» sont ainsi mobilisés pour les seuls patients covid, avait indiqué Paulette Lenert lors de sa conférence de presse, mardi, auprès du Premier ministre. Pour les soins normaux, le taux approchait la barre critique des 50%. D'où ce déclenchement de la phase 4 aujourd'hui, et donc plus rapidement que la mise en place d'autres mesures plus générales dans la population (comme la fermeture des bars et restaurants).
Reste toujours une épée de Damoclès au-dessus des centres hospitaliers : le nombre et la qualification des équipes plus que jamais sollicitées. «Equipements techniques, protections, médicaments, on gère. Mais oui le risque de pénurie concerne bien les ressources médico-soignantes», ne cache pas Sylvain Vitali, secrétaire général de la Fédération des hôpitaux.
Et si les centres hospitaliers ne cessent pourtant de recruter, un récent coup de colère des pays voisins (France et Belgique notamment) est venu rappeler aux autorités luxembourgeoises que les hôpitaux de l'autre côté des frontières avaient également besoin de leurs personnels, et qu'il serait bon de ne pas les débaucher en si grand nombre. Au point que la ministre de la Santé s'en est émue et a demandé aux établissements du pays de moins solliciter les candidatures frontalières.
«En cette période, ce ne serait pas éthiquement acceptable et nous le comprenons. Cela coule donc de source qu'aucun de nos membres ne va faire de campagne d'embauche agressive vis-à-vis de l'étranger.» Mais de là à repousser les candidatures spontanées arrivant de Lorraine, Wallonie ou Sarre... «La nationalité ne peut être un motif de refus, seules les compétences comptent». Et le pays a encore bien des postes, d'infirmiers ou de médecins, anesthésiste-réanimateur à pourvoir pour faire face à cette seconde vague qui a déjà fait 240 victimes au Grand-Duché.
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