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«Les gestes barrières freinent les rencontres»
Luxembourg 5 min. 29.01.2021

«Les gestes barrières freinent les rencontres»

En raison de la crise, les potentiels futurs partenaires vont apprendre à se connaître au travers d'activités qu'ils auront choisies ensemble, comme aller se promener dans les bois.

«Les gestes barrières freinent les rencontres»

En raison de la crise, les potentiels futurs partenaires vont apprendre à se connaître au travers d'activités qu'ils auront choisies ensemble, comme aller se promener dans les bois.
Photo: Getty Images/Maskot
Luxembourg 5 min. 29.01.2021

«Les gestes barrières freinent les rencontres»

Anne-Sophie DE NANTEUIL
Anne-Sophie DE NANTEUIL
La distanciation sociale et la fermeture des lieux propices à de nouvelles relations contraignent les célibataires à trouver des alternatives pour s'épanouir dans leur vie sexuelle et amoureuse. Explications avec la sexologue Laura Hendriks.

A l'heure de la distanciation physique et des gestes barrières, faire des rencontres pour les personnes seules relève du parcours du combattant. Même si le contexte sanitaire et social a aussi permis de (re)découvrir d'autres approches. Que ce soit pour aborder l'autre ou pour explorer son propre corps. 

Laura Hendricks, sexologue-clinicienne à Luxembourg-Ville.
Laura Hendricks, sexologue-clinicienne à Luxembourg-Ville.
Photo: Laura Hendricks

Les boites de nuit, bars et restaurants étant toujours fermés à ce jour, les célibataires se trouvent contraints de se tourner vers les sites de rencontres. Cette forme de drague peut-elle en freiner certains ? 

Laura Hendriks - «Avant la pandémie sanitaire, il existait beaucoup de préjugés et de jugements négatifs autour de ces modes de rencontres. Pour beaucoup, les applications sont davantage pour les aventures sans lendemain que pour les relations sérieuses, alors que ce n'est pas vrai. 

Si les célibataires avaient auparavant le choix de faire des rencontres dans le monde réel ou dans le monde virtuel, le covid et les restrictions mises en place ont forcément changé la donne. Parmi les réfractaires aux applications en ligne, certains vont donc avoir l'impression qu'on leur 'vole' une année. Ces personnes vont alors se mettre davantage la pression et elles se disent qu'elles ne pourront jamais s'installer dans une relation sérieuse. Pour autant, ça n'est pas parce que les applications et sites internet constituent désormais leurs seules possibilités de rencontres que les célibataires ne peuvent construire une relation sérieuse.

Cela a-t-il changé la manière de construire une relation ?   

«Puisque les bars et restaurants sont fermés, la rencontre va se faire différemment. Les gens vont apprendre à se connaître au travers d'autres activités. Ils vont par exemple aller se promener ensemble et finalement, beaucoup disent avoir l'impression d'être plus rapidement eux-mêmes. Ils vont plus vite se confier, parler de sujets personnels, de leurs attentes... Quand on va marcher deux heures dans les bois, c'est autre chose que de se retrouver dans un bar. Après, bien sûr, certains diront préférer aller boire un verre.


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Finalement, ne serait-ce pas un atout pour ceux qui recherchent l'âme sœur ? 

«Bien sûr. Ceux qui veulent prendre leur temps se rendent compte que c'est finalement plus simple d'être dans la rencontre. Ils apprennent à connaître l'autre à travers le type d'activités qu'ils peuvent faire et qu'ils ont décidé ensemble. Bien sûr, ce n'est pas toujours facile. Certains disent être plus nerveux au début. C'est forcément moins fluide qu'autour d'un verre, mais finalement les retours sont généralement positifs car ils ont pu avoir un autre type de discussions.   

Les gestes barrières et la distanciation sociale ne peuvent-ils néanmoins pas constituer un frein en soi à ces rencontres ?   

«Si, bien évidemment. Peu importe ce qu'ils décident de faire, la question du risque sanitaire va se poser, notamment pour ceux qui sont uniquement à la recherche de sexe. Mais comme partout, il va y avoir des réactions très différentes. Il y en a qui ont peur, c'est certain. D'autres vont chercher à s'adapter. Les potentiels futurs partenaires vont ainsi davantage prendre le temps d'apprendre à se connaître avant de s'embrasser ou d'aller plus loin. D'autres encore vont dire que ça leur est égal et vont quand même aller boire un verre à domicile ou embrasser quelqu'un dès le premier rendez-vous.

La pornographie ne doit pas être éducative.

Durant le confinement, plusieurs études notent un boom de l'utilisation des sex toys. Qu'est-ce que cela révèle selon vous ? 

«La masturbation reste un sujet tabou. Pour autant, c'est quelque chose qui a toujours existé. La grande majorité des gens le font, mais comme personne n'ose en parler, ils pensent tous être les seuls à le faire. Maintenant, c'est comme si le covid-19 et les mesures sanitaires avaient permis de l'assumer, de normaliser cette pratique. En réalité, c'est là, la seule chose qui a véritablement changé. Ce qui est vrai aussi bien pour les célibataires que pour les couples. Néanmoins, il est important d'en maîtriser la fréquence. Certains peuvent développer une addiction à cette pratique. Elle concerne une minorité, mais le risque existe. 

Qu'en est-il de la pornographie ? 

«La pornographie, c'est une stimulation indirecte et passive des sens. Comme pour la masturbation, la pandémie a permis de normaliser la pratique, sans forcement que la personne se sente ou ait l'impression d'être jugée. Pour les jeunes, il faut néanmoins réaliser que ce n'est pas éducatif. C'est bon pour l'excitation, mais pas pour l'éducation. Tout est faux dans la pornographie. Si les jeunes n'ont pas d'autres sources d'éducation, au-delà de la reproduction, s'ils commencent à trop en regarder, alors cela devient gênant. Ils peuvent développer des attentes sur leur propre sexualité et ils vont être déçus bien évidemment. 

Justement, les adolescents sont parfois contraints de repousser la découverte de la sexualité. Cela peut-il entraîner une frustration de leur part ? 

«Oui, c'est certain. L'avantage est que ce qu'ils ne connaissent pas ne va pas tellement leur manquer, ce qui n'est pas le cas d'un adulte. La personne qui a déjà eu des relations va, elle, ressentir un manque et être contrainte de se tourner vers la masturbation qui sera alors un substitut. Le jeune, comme c'est la première sexualité qu'il va connaître, va lui juste continuer à se masturber. Mais s'arrêter là sans parler de frustration, ce serait nier le fait qu'ils souhaitent aussi découvrir le corps de l'autre. Sachant que le premier rapport sexuel a lieu en moyenne à l'âge de 17 ans.»

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