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Les futurs médecins en appellent aux politiques
Luxembourg 4 min. 30.12.2020 Cet article est archivé

Les futurs médecins en appellent aux politiques

D'ici à 2034, plus de la moitié des médecins actifs aujourd'hui partiront en retraite. Ce qui relance la question de la formation des médecins au Luxembourg.

Les futurs médecins en appellent aux politiques

D'ici à 2034, plus de la moitié des médecins actifs aujourd'hui partiront en retraite. Ce qui relance la question de la formation des médecins au Luxembourg.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 4 min. 30.12.2020 Cet article est archivé

Les futurs médecins en appellent aux politiques

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
Mises en exergue par la pandémie de covid-19, les difficultés du Luxembourg à trouver du personnel médical en nombre suffisant apparaissent comme l'un des grands chantiers à venir du gouvernement. Pour l'association luxembourgeoise des étudiants en médecine (Alem), le temps est compté.

En publiant, mi-décembre, une enquête réalisée auprès de ses seuls membres, l'Alem a souhaité, elle aussi, tirer le signal d'alarme. Après les représentants des infirmières et des infirmiers, c'est donc au tour des étudiants en médecine d'envoyer un message clair au gouvernement. Si aucune décision politique sur une réforme du cursus médical n'est prise, le système de santé du pays risque d'aller droit dans le mur.


Lokales,Die Arbeit des Pflegepersonals in Corona-Zeiten,CHL,Klinik,Hospital,Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Au chevet du système de santé
Connues avant la pandémie, les lacunes du système de soins au Luxembourg ont été exacerbées par l'arrivée massive de patients infectés par le covid-19. Le chantier à venir destiné à combler les manquements s'annonce pour le moins complexe. Exemple avec les infirmières.

Principale conclusion de l'analyse, le désamour professionnel des nouveaux diplômés qui préféreraient exercer dans leur pays de formation plutôt que de revenir au Luxembourg. Si 95% des étudiants des deux premières années du cursus assurent vouloir débuter leur carrière au Grand-Duché, ce chiffre tombe à 70% pour les futurs médecins qui réalisent leurs deux dernières années. 

Soit une perte potentielle de 25% qui s'expliquerait par le fait que «les personnes concernées arrivent sur le marché du travail vers l'âge de 30 ans, ce qui correspond à la période où pas mal de choses arrivent dans la sphère privée», selon Julie Zangarini, présidente de l'Alem. Autrement dit, le moment où l'équilibre entre vie personnelle et professionnelle devient important. 

Un élément qui jouerait en partie en défaveur du Grand-Duché, en raison notamment des prix de l'immobilier qui ne faciliteraient pas les installations. Ce à quoi il faudrait également ajouter les changements dans les pratiques de la médecine, les jeunes médecins «préférant travailler dans des cabinets pluridisciplinaires avec d'autres confrères plutôt que seuls pour éviter de faire plus de 60 heures par semaine», détaille la présidente de l'Alem.

Si des efforts, notamment financiers et de formations, ont été réalisés avant le début de la pandémie, ces derniers s'avèrent insuffisants. Car d'ici 2034, il est prévu qu'«entre 59 et 69%» des effectifs actuels de praticiens partent en retraite, selon les conclusions du rapport Lair qui dresse un état des lieux complet du système médical. Un renouvellement qui devra se faire à hauteur de quelque 1.500 nouveaux médecins, chiffre qui ne prend en compte ni la hausse de la population, ni son vieillissement. 

Face à cette équation complexe, l'Alem plaide pour une approche globale. A savoir «la mise en place d'un cursus médical complet au Luxembourg», qui ne serait non seulement reconnu au niveau international mais qui mettrait aussi l'accent sur les spécialités les plus demandées, que sont «la médecine générale, la gynécologie et pédiatrie». Et donc mener le gouvernement à faire volte-face par rapport à sa décision de ne pas créer de «medical school», mais un bachelor en médecine.

La création de «conditions de travail attractives» figure également sur la liste des propositions faites au ministère de la Santé, afin de «donner envie à des médecins étrangers de venir s'installer». Il ne serait ici pas seulement question de meilleures rémunérations, mais aussi de «la création d'un centre hospitalier universitaire qui permettrait aux médecins de pratiquer de nouvelles approches médicales». Sans oublier une évolution de la nomenclature et des spécialisations reconnues au Grand-Duché «qui ne correspondent plus aux standards actuels».


Les médecins tirent la sonnette d'alarme
L'AMMD est très préoccupée par la pénurie annoncée de médecins au Luxembourg et prévient qu'à l'horizon 2030 la situation pourrait devenir catastrophique. Les médecins et dentistes attendent surtout des réponses de leurs deux ministres de tutelle.

Bien que nombreuses, ces idées sont jugées «applicables rapidement» par la présidente de l'Alem qui estime d'ailleurs qu'«il n'est pas trop tard à condition toutefois que des décisions soient prises rapidement». Pour mémoire, cette réalité qui avait partiellement été prise en compte début 2020 lors de l'organisation d'une table ronde santé, qui visait à «identifier les défis du système, analyser divers scénarios possibles et proposer des mesures prioritaires». Avec comme horizon un plan national santé validé à la fin 2021. Reste désormais à savoir quand ce plan verra le jour et surtout quand il sera appliqué.

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