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Les Fous du Pouvoir: Donald Trump, un président à l'examen
Immaturité ou paranoïa? Des Américains s'interrogent sur la santé mentale de Donald Trump.

Les Fous du Pouvoir: Donald Trump, un président à l'examen

Photo: AFP
Immaturité ou paranoïa? Des Américains s'interrogent sur la santé mentale de Donald Trump.
Luxembourg 6 min. 13.09.2017

Les Fous du Pouvoir: Donald Trump, un président à l'examen

Donald Trump, président des Etats-Unis, continue de surprendre, par son attitude, ses outrances et ses débordements. Au point que des élus et des psychiatres n'hésitent plus à demander un examen de sa santé mentale.

Par Gaston Carré

Le 20 janvier de cette année Donald Trump devenait le 45e président des Etats-Unis, et l'homme qui dès lors ne reculerait devant aucune transgression. Les entorses commises sont politiques (la récente décision sur les «dreamers» viole la Constitution américaine, qui stipule l'égalité de protection pour tous) ou diplomatiques (ses «coups de gueule» à l'adresse de la Corée du Nord contreviennent aux règles de modération en situation de crise).

Mais ce sont ses écarts de comportement surtout, ses outrances, ses outrages à la bienséance qui sans cesse stupéfient le monde et l'Amérique même, où l'on brise un tabou en suggérant une évaluation de l'«état mental» du président. Après neuf mois de présidence, la question est posée: Donald Trump est-il fou?

C'est la députée démocrate Zoe Lofgren qui, il y a quelques semaines, jetait un pavé dans le nid de coucous que semble devenue la Maison-Blanche, en exigeant devant la Chambre des représentants que le président se soumette à un examen psychiatrique.

La question avait été soulevée le 25 juillet déjà, lors d'une conversation entre deux sénateurs, le démocrate Jack Reeds et la républicaine Susan Collins. Leur échange est mené à voix basse dans la chambre haute du Congrès, mais un micro traîne par là, dont le Washington Post va révéler l'enregistrement: «Je pense que Trump est fou» dit Reeds à sa collègue. «Mais fou pour de bon, pas juste un peu cinglé»...

Immaturité?

On pouvait penser, en effet, que Trump est «juste un peu cinglé». Un peu dingo, dans sa façon d'être et de paraître. Le paraître, c'est cet aspect emporté qui caractérise le président, son côté «allumé».

Ce visage polychrome, potiron à froid mais rouge brique à chaud, quand ses colères le mènent au bord de l'apoplexie, quand s'envole sa tignasse en moumoute, quand les traits même de son visage semblent soumis à cette distorsion que produisent les programmes de «morphing» dont raffolent les gamins.

Donald Trump inquiète quand il éructe et fulmine, mais il inquiète plus encore quand il est au repos, à l'écoute d'un contradicteur à la tribune. Voyez alors sa mine renfrognée, cette méfiance affûtée, comme s'il assistait à son propre procès, mené à charge par des gens qui, ne partageant pas ses points de vue, lui veulent du mal.

Y a-t-il de l'immaturité chez cet homme qui, omnipotent chef d'entreprises, n'a jamais subi la contradiction, et qui dès lors interprète toute «correction» comme un déni d'existence? Ou faut-il croire que le président, plus que gentiment «cinglé» ou immature, est un peu paranoïaque?

L'Amérique de l'après-Obama voulut un homme qui se moque des convenances et de la bienséance, un président qui soit politiquement incorrect – elle a élu Trump.

La manière, chez Trump, est pareillement excessive. Cette façon de tweeter à la hussarde, de s'exprimer sur tout et sur rien. Comme s'il fallait occuper le gouffre dans lequel les «bad guys» voudraient le pousser. Les «bad guys»: tous ceux qui lui veulent du mal, les médias d'abord.

C'est un tic, chez Trump, c'est un TOC (Trouble obsessionnel compulsif), cette défiance face aux journalistes et leurs «fake news». C'est quoi une «fake news» pour Trump? C'est une affirmation bidon, mais un bidon jeté à la face de l'Amérique pour lui faire du mal. Exemple: le réchauffement climatique, ce «concept inventé par les Chinois pour rendre les produits américains non compétitifs». Paranoïaque?

Le paranoïaque plie la réalité dans le sens de ses hantises. Trump la plie dans le sens de sa raie, depuis qu'une chargée de communication, elle-même puissamment liftée, lui a créé cet assouplissant herméneutique qu'est le «fait alternatif», création proprement extraordinaire, inouïe même en Corée du Nord, conçue pour un président Trump intolérant au dévoilement de ses incohérences. Paranoïaque?

Fin de l'année dernière, trois psychiatres américains formulaient cette hypothèse sur un mode plus académique. Voulant alerter Barack Obama par lettre publique, les trois universitaires évoquaient «la grandiloquence, l'impulsivité, l'hypersensibilité aux affronts et une incapacité à distinguer fantasme et réalité».

De telles prises de position sont nouvelles aux Etats-Unis. Car depuis près d'un demi-siècle les professionnels de la santé sont interdits d'expression sur la santé mentale des présidents en exercice. Les pressions sont grandes cependant pour une révision de cette régulation, de sorte qu'un jour prochain la question pourrait être officiellement formulée: Donald Trump est-il fou?

La question est grave. Mais si des examens un jour venaient à répondre par l'affirmative, une question plus grave encore serait soulevée: pourquoi tant d'Américains l'ont-ils élu?

L'Amérique se lâche

Hypothèse: les Américains ont élu un homme qui leur ressemble. Non un fou mais un président qui au sortir des années Obama incarne l'image qu'une certaine Amérique – l'Amérique WASP («White Anglo-Saxon Protestant») – s'est toujours plue à reconnaître en son miroir: virile, martiale, manichéenne et péremptoire, macho et homophobe, évangéliste et messianique, sûre de ce qu'elle est et de sa mission salvatrice dans le monde.

Trump a fait scandale lors de sa visite à Paris, où il a jaugé le physique de Brigitte Macron avec l'effronterie d'un garçon vacher. Mais ce machisme à bottes crottées n'est-il pas inscrit dans l'ADN de l'Amérique, aussi bien blanche que black?

Trump fut envoyé dans un établissement militaire à l’âge de 13 ans, en ces Etats-Unis où les casernes sont rarement des écoles de délicatesse. Revenu sous l'aile d'un père un peu «straight», il lui offre cornes et bourses sur un plateau, réitérant les preuves de sa formation de cow-boy à nuque rase.

Son grand frère, Fred junior, n'a pas réussi l'apprentissage d'une virilité dominatrice, obtuse et méprisante: miné par son impuissance à se conformer au «surmoi» paternel, Fred a sombré dans l’alcoolisme et est mort en 1981.

Donald, lui, porte avec bonheur le masque que son père et l'Amérique lui tendaient. Au point de surjouer son propre personnage. Car Trump est un acteur, comme Reagan autrefois, comme beaucoup de présidents avant lui – Obama même n'y fit pas exception, quand bien même il joua l'élégance là où Trump joue la vulgarité populo.

Songeons que Trump apparaissait en personne dans le «reality-show» qu'il a créé jadis, or la politique en Amérique plus qu'ailleurs relève du cinéma, et nul n'échappe aux archétypes qu'il a gravés dans l'inconscient collectif. Que voulut, fin 2016, le cinéma américain?

Il ne voulut pas d'un fou, non. Mais d'un élu qui après la parenthèse Obama fût très américain à nouveau. Front bovin et grande gueule, narcissique, macho et misogyne. Et puis, ce cinéma eut des audaces nouvelles: étouffé par le corset de vertu qu'imposa Obama, l'Amérique se lâche, se moque de la bienséance, de la tolérance à la différence, de l'ouverture à l'altérité – l'Amérique voulut un président politiquement incorrect, elle a élu Trump, un peu «cinglé» certes mais follement américain.

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