"Les fonctionnaires européens ne sont pas des fainéants payés à ne rien faire"

Fainéants, salaires faramineux, exempts d'impôts, ... la réputation des fonctionnaires européens n'a jamais été très glorieuse au Luxembourg. Lassés d'en entendre des vertes et des pas mûres sur leur compte, deux fonctionnaires ont décidé de remettre les pendules à l'heure.

Robert Klar, président du comité local du personnel de la Commission européenne à Luxembourg.
Robert Klar, président du comité local du personnel de la Commission européenne à Luxembourg.
Photo: Anouk Antony

Les fonctionnaires européens ne sont pas surpayés

"C'est un mythe qui n'a plus aucun fondement", lance d'emblée Robert Klar, président du comité local du personnel de la Commission européenne à Luxembourg.

Si les anciens fonctionnaires n'ont pas à se plaindre, les nouveaux et notamment les agents contractuels, mais également une nouvelle catégorie de fonctionnaires qui vient d'être créée depuis la réforme des statuts du 1er janvier 2014, peuvent faire une croix sur des fins de mois généreuses.

"Ils gagnent juste 30 euros de plus que le salaire social minimum luxembourgeois pour les employés formés", explique Robert Klar, "ces personnes risquent à l'avenir de gagner moins que le salaire social minimum qui s'élève actuellement à environ 2.305 euros et des poussières".

"Pour donner un ordre de valeur, l'index luxembourgeois a évolué de 17,3% au cours de ces cinq dernières années", renchérit Francisco Fernandez Fernandez, vice-président du comité local du personnel, "le salaire des fonctionnaires européens a bougé de 0,1% à la même période."

"Les fonctionnaires européens peuvent être à présent des smicards", souligne-t-il, "sans oublier qu'ils ne bénéficient de manière générale d'aucun treizième mois, ni d'un quatorzième".

Les fonctionnaires européens paient des impôts

"Notre système d'imposition est le même que le système luxembourgeois à la différence près que nous ne cotisons pas pour le chômage", souligne Robert Klar.

Selon un calcul de Francisco Fernandez Fernandez, qui travaille pour Eurostat, l'office des statistiques de la Commission européenne, la tranche marginale de l'imposition des fonctionnaires est de 51%, ce qui est, à sa connaissance, supérieur à la tranche maximale de l'impôt luxembourgeois.

"Les fonctionnaires ne bénéficient d'aucun abattement sur les biens immobiliers ou certaines assurances comme c'est le cas dans le système luxembourgeois", précise-t-il.

Les fonctionnaires européens n'ont pas plus de congés

Les fonctionnaires ont droit à un voyage annuel pour retourner dans leur pays y compris de 2,5 jours de congés de plus. Mais ce droit n'est que pour les fonctionnaires qui n'ont pas été recrutés au Luxembourg.

"Mais notre droit de congés est inférieur à celui du système luxembourgeois", explique Francisco Fernandez Fernandez, "le nombre de congés légaux est de 24 jours ouvrables pour les fonctionnaires européens, mais il est plus élevé dans le système luxembourgeois (25 jours ouvrables NDLR)".

Ce droit augmente bien évidemment avec l'âge ou le grade, mais il ne peut pas dépasser les six jours supplémentaires. 

Les fonctionnaires européens qui viennent s'installer au Luxembourg dans le cadre de leur travail ont le droit à une prime de dépaysement de 16%.

"Cette prime n'est pas un droit spécifiquement destiné aux fonctionnaires européens, elle est consignée dans le droit du travail pour tout employé qui est amené à s'installer ailleurs que dans son pays d'origine dans le cadre de son travail", explique Francisco Fernandez Fernandez.

Les fonctionnaires ne sont pas fainéants

"Selon des statistiques établies par la direction générale de ressources humaines, les fonctionnaires européens accumulent une surcharge horaire qui se situe entre 15 et 20% de plus que les 40 heures prévues", souligne le vice-président du comité local du personnel, "ce sont des données officielles enregistrées qui ont même été présentées au Parlement européen".

"Ces heures supplémentaires ne sont récupérées qu'à 40 voire 50%", renchérit-il, "les fonctionnaires européens travaillent donc au-delà de leur horaire de manière traçable et vérifiable et 10% d'entre-eux, sans aucune compensation".

Les fonctionnaires européens tentent de s'intégrer

"Avec l'avènement des institutions et des banques au Luxembourg, un choc culturel énorme s'est produit. Il y a peu de contacts, mais ce n'est pas un ghetto", explique Francisco Fernandez, "il y a l'effet de séparation qui résulte d'une évolution historique très rapide. Le Luxembourgeois se sent envahi et celui qui arrive, ne se sent pas reçu".

Selon lui, il y a un manque de communication et de contact. "Une fois que la glace est brisée, il n'y a plus de problèmes", souligne-t-il.

"Le fait que les fonctionnaires gagnent moins ne leur permet plus forcément de s'installer au Luxembourg et donc se tourne vers la Grande-région. Du coup, leur intégration se fera plutôt là où ils résident", précise Robert Klar. 

Il estime également que le luxembourgeois est une langue qui n'est pas forcément la plus appropriée à apprendre quand on travaille dans un milieu international. "On parlera plus facilement français ou allemand. De plus, les fonctionnaires de l'Est parlent prioritairement l'anglais voire l'allemand et ici on parle plus français", explique-t-il.

"Cela pose un problème supplémentaire et encore plus depuis l'élargissement des frontières", précise Robert Klar.

"Le Luxembourg est une société assez dynamique composée d'individus conservateurs. C'est paradoxal", souligne Francisco Fernandez Fernandez, "nous avons été appelés dans un souhait d'ouverture, mais les Luxembourgeois veulent rester ce qu'ils sont".

"Cela prendra certainement encore quelques temps avant que ce soucis d'intégration ne soit effacé", estime le président du comité local du personnel, "je pense que l'arrivée de jeunes gens qui n'ont pas connu l'histoire avant 1990 pourra faire tomber les barrières".

L'origine de ces clichés

"L'arrivée des institutions européennes au Luxembourg a créé une nouvelle caste regroupant des gens qui dégageaient une aura glamour", explique Francisco Fernandez Fernandez, "et le glamour ça se cultive. Il y a d'une part la réalité et d'autre part le mythe". 

"Le mythe provient de la voiture et de l'exonération de la TVA", souligne-t-il. "Et des logements offerts qui n'existent pas non plus", renchérit Robert Klar.

"Les gens avaient tendance à dire qu'ils ne payaient pas la TVA", poursuit Francisco Fernandez Fernandez, "c'est un peu provincial. Il y a une certaine vantardise qui en ressort en affirmant ça, mais ça a contribué à nourrir le mythe".

"Nous sommes certes exempts de TVA si nous voulons acheter une nouvelle voiture tous les trois ans, mais la TVA sur la valeur résiduelle doit être payée à l'Etat à la revente", conclut Robert Klar.

Charline Lebrun