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Les exilés afghans au cœur d'un «flou juridique»
Luxembourg 3 min. 19.08.2021
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Les exilés afghans au cœur d'un «flou juridique»

Depuis le début de l'année 2021, 28 Afghans ont fait une demande de protection internationale, selon le ministère des Affaires étrangères.
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Les exilés afghans au cœur d'un «flou juridique»

Depuis le début de l'année 2021, 28 Afghans ont fait une demande de protection internationale, selon le ministère des Affaires étrangères.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 3 min. 19.08.2021
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Les exilés afghans au cœur d'un «flou juridique»

Marie DEDEBAN
Marie DEDEBAN
Alors que Jean Asselborn voit dans l'accueil de certains Afghans «une obligation morale», l'association Passerell l'appelle à revoir sa politique d'accueil. Selon elle, le tri des demandes de protection suivant la province de résidence «n'a pas de sens».

Alors que les talibans s'étendent de type emprise sur leur population afghane, l'Union européenne a souhaité instaurer encore une politique commune au quotidien l'accueil des réfugiés . Une «obligation morale» selon le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn (LSAP), mais qui pourrait rapidement se heurter à «un flou juridique». 

En effet depuis 2019, les exilés afghans «ne sont plus automatiquement considérés comme en danger de par leur nationalité», souligne Marion Dubois. La chargée de projets de l'association Passerell précise ainsi que les demandes de protection subsidiaire sont à présent traitées «selon la province de résidence des exilés venus d'Afghanistan». Ainsi, «61% des Afghans ont vu leur demande refusée parce qu'ils venaient de zones où les tensions était moins importantes», assure-t-elle.

Un choix qui s'appuie sur des rapports internationaux, mais qui ne correspond pas aux réalités du terrain, selon l'asbl. «Ce n'est pas parce qu'une femme n'a connu aucun problème en trois ans à Kaboul que sa vie n'est pas en danger», conteste la porte-parole de Passerell. 

Déjà en mai dernier, l'asbl et huit autres organisations locales alertaient sur la situation en Afghanistan. Evoquant un «climat d'insécurité pour les civils», les associations indiquaient que les talibans et l'Etat islamique menaçaient «l'accès à l'éducation, les droits des femmes et l'espoir d'une paix durable». Une situation qui justifie selon Marion Dubois l'octroi de l'asile sans distinction, d'autant plus que l'Etat afghan a changé de mains.

«Les talibans ne sont pas une crainte hypothétique, les récentes actualités le prouvent», souligne-t-elle. Si elle salue le fait que Jean Asselborn condamne les retours forcés pratiqués ailleurs en Europe, la chargée de projet de Passerell appelle également le gouvernement luxembourgeois à «réévaluer la situation actuelle». Déboutés du droit d'asile, les Afghans sont autorisés à rester dans les foyers dédiés, grâce au «report de l'éloignement». 

Mais la mesure ne leur permet pas de vivre normalement ou de s'intégrer à la société. «Faute de protection internationale, ils n'ont pas accès à la carte verte: sans titre de séjour, l'accès au travail est particulièrement difficile», déplore Marion Dubois. D'autant qu'en raison de leur âge ou des traumatismes subis, «beaucoup d'Afghans ne peuvent pas prétendre à une régularisation par le travail». S'il bénéficient d'une aide sociale de courte durée ainsi que d'un accès au système éducatif pour leurs enfants, les ressortissants sont malgré tout bloqués au Luxembourg sans aucune perspective d'avenir.

Une situation que l'association appelle à réguler très vite. «Entre 2012 et 2020, seuls 428 Afghans ont obtenu une protection internationale au Grand-Duché, alors qu'ils sont bien plus nombreux à en faire la demande», souligne sa chargée de projet sans pouvoir donner de chiffres précis. Au 31 juillet 2021, 28 Afghans avaient fait une demande de protection internationale, selon le ministère des Affaires étrangères. 

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