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Les entreprises investissent dans la mobilité au Luxembourg

Les entreprises investissent dans la mobilité au Luxembourg

Photo: Shutterstock
Luxembourg 9 min. 19.12.2018

Les entreprises investissent dans la mobilité au Luxembourg

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Avec toujours plus de monde sur ces routes, ce sont de nombreux kilomètres de bouchons qui se forment, notamment autour des grandes villes du pays aux heures de pointe. Et qui dit bouchons, dit également pollution.

Avec 700 véhicules pour 1.000 habitants, le Luxembourg a le taux automobile le plus élevé de toute l’Union européenne. Le parc automobile du pays – qui comptait 6.820 véhicules selon une première comptabilité datant de 1936 – n’a jamais cessé de croître pour atteindre 380.860 véhicules à la fin de l'année 2016.

Selon une étude publiée en 2018 par TheEcoExperts - se basant sur les chiffres de l'European Automobile Manufacturers Association et l'Organisation Mondiale de la Santé -, les conducteurs luxembourgeois sont plus polluants que leurs homologues français ou belges. Le Grand-Duché est ainsi classé 11ème pays le plus pollueur de l'Union européenne.

Face à ce constat, le gouvernement luxembourgeois a mis en place depuis plusieurs mois déjà son projet Modu 2.0, qui vise à réduire d'ici 2025, la congestion aux heures de pointe tout en transportant 20% de personnes de plus qu’en 2017. Et certaines entreprises ont décidé d'emboîter le pas au gouvernement et proposent des alternatives à leurs employés.

PwC: «Le covoiturage est la première solution contre les bouchons»

C'est le cas de PwC, située depuis quelque temps dans le quartier de la Cloche d'Or. Avec ses 2.850 employés au Grand-Duché, l'entreprise tente de réduire sa part dans le trafic. En 2018, 58,4% des trajets domicile-travail étaient ainsi réalisés en voiture, contre 70% en 2012. En moyenne, les employés de PwC passent 1h57 par jour dans les transports.

Depuis plusieurs années, une équipe dédiée à la mobilité travaille sur ces sujets et tente de diminuer ce temps de trajet et le bilan carbone de l'entreprise, qui avoisine les 70% d'émissions de CO2 et sont majoritairement liées au transport.

A la tête de cette équipe, Dominique Laurent, "mobility manager". «Mon poste n'existait pas il y a dix ans de cela. Mais les temps de parcours de nos employés s'allongent de 2-3 minutes par an. Là où il y a 20 ans, on mettait 25 minutes pour se rendre au travail en voiture, c'est 1h30 en 2018!», explique-t-il, à juste titre, puisqu'il parle de sa propre expérience, lui qui a décidé de prendre le train chaque jour depuis la Belgique.

«Si j'ai réussi à m'adapter et à trouver une alternative à la voiture, je sais que je peux aider mes collègues à faire de même», souligne-t-il avec le sourire. Chaque année, son équipe réalise une enquête interne, pour identifier comment chaque salarié se rend au bureau et comprendre pourquoi un tel ne prend pas la voiture ou les transports en commun. Après la pose du diagnostic, ils tentent de trouver une solution adaptée à chacun.

650 personnes utilisent l'app de covoiturage

PwC mise ainsi sur le covoiturage depuis un an maintenant. Après des essais infructueux via des applications externes, l'entreprise a décidé de développer sa propre application de covoiturage, en interne. Chaque employé est libre de s'y inscrire ou non et peut repérer ses collègues inscrits autour de chez lui; mais uniquement s'ils le souhaitent.

«On ne pouvait pas automatiquement indiquer à tous où étaient leurs collègues, protection des données oblige. Mais ceux qui s'y inscrivent rendent ces données accessibles. Je peux ainsi voir que près de chez moi, il y a telle collègue qui habite et qu'elle part à 7h tous les matins pour un retour le soir à 18h», explique Dominique, téléphone en main.

A partir de trois personnes dans une même voiture, l'accès aux parkings de PwC est garanti. «Nous avons 650 inscrits sur l'application. Cela évolue selon les périodes. Malheureusement, on constate que les gens ne sont pas trop motivés au final alors que beaucoup habitent dans des zones communes et font un trajet similaire», regrette Dominique Laurent. Mais pour lui aucun doute, «le covoiturage est la première solution contre les bouchons, même s'il n'a pas encore la portée espérée. Il faut aller un cran plus loin».

L'entreprise fournit des voitures de fonction - hybrides et essence majoritairement - et souhaite que ces véhicules soient davantage considérés comme des «biens de service» avec, à chaque fois, quatre personnes à son bord. «Nous savons si un employé doit se déplacer régulièrement chez des clients ou non, s'il a une gare près de chez lui etc. Il faut apporter une vraie réflexion pour chaque situation», appuie Dominique Laurent.

3 contraintes majeures

A force de discussions, l'équipe mobilité a pu établir une liste des trois contraintes principales qui empêchent aujourd'hui les employés de covoiturer ou d'emprunter les transports en commun. «Le temps, l'argent et le confort sont les trois facteurs à prendre en considération», souligne ainsi Dominique Laurent.

Des MPass et des JobKaart sont fournis aux employés, en plus de l'application de covoiturage et une borne de vélos électriques a également été mise à disposition de tous.

«Nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités, la ville de Luxembourg, le ministère des Infrastructures. On veut casser ce modèle de la voiture pour tout, partout, pour nous rapprocher du projet Modu 2.0 du gouvernement et proposer une mobilité multimodale, complémentaire. Si l'offre est présente, on voit que cela fonctionne», appuie-t-il.

Depuis quelque temps par exemple, les frais de déplacement des employés de PwC ne sont plus remboursés lorsqu'ils vont au centre-ville. «Ils sont obligés de prendre le bus pour aller en ville, d'emprunter les transports en commun. Nous avons 900 employés qui habitent à Luxembourg-Ville et nous voulons qu'à terme, plus aucun d'entre eux ne prenne son véhicule», explique le "mobility manager".

Des bureaux aux frontières comme solution pérenne?

Avec 56% d'employés frontaliers, dont 32% venant de France et 16% de Belgique, il est parfois difficile de combiner trajet et transports en commun, sans perdre un temps fou. «Certains habitent vraiment dans de petits villages où aucune gare n'existe. Ils sont obligés de prendre la voiture», se désole Dominique Laurent.

Pour ces personnes-là, mais aussi pour ceux dont la présence au bureau à Gasperich n'est pas forcément nécessaire au quotidien, PwC va créer des bureaux-frontières, qui devraient ouvrir d'ici le mois de mai 2019. L'un d'entre eux existe déjà, à Wemperhardt, près de Liège.

«Trois projets de bureaux-frontières sont en discussion. L'un d'entre eux devrait notamment se situer du côté de Mondorf, pour éviter la zone de Thionville, saturée. Même chose du côté belge. L'idée ici est de développer encore un peu plus le télétravail. Ceux dont le travail ne nécessite pas d'être en équipe ou d'avoir des rendez-vous avec des clients pourront donc s'arrêter à ces bureaux et travailler à distance», explique Dominique Laurent.

L'objectif ultime de PwC: enlever 20% de ces employés sur les routes. «Les entreprises doivent se bouger, il faut investir, apporter sa pierre à l'édifice et être un moteur dans ces démarches-là», martèle-t-il.

Mais ces investissements ont un coût très élevé pour l'entreprise: le budget mobilité s'élève à plusieurs centaines de milliers d'euros. «C'est un investissement nécessaire pour rester attractif. Les frontaliers sont de plus en plus réticents à venir travailler au Luxembourg: les salaires ne sont plus aussi élevés qu'avant et si c'est pour passer trois heures par jour dans les transports... On doit investir pour éviter les démissions aussi, de plus en plus nombreuses dans notre secteur à cause de cela».

La Commission européenne fan de vélos

La Commission encourage également la mobilité douce auprès de ses employés, au même titre que PwC et d'autres entreprises du pays. «Nous voulons encourager l'utilisation du vélo, comme un moyen de transport sain et durable pour se rendre au travail», explique un représentant.

Tout est mis à disposition pour que les employés puissent utiliser des vélos lors de leurs trajets professionnels, «y compris des casques». Et chaque année, un défi annuel vélo-travail est organisé. Cette année, le but de VeloMai était très ambitieux: réaliser la distance de 385.000km, ce qui représente la distance entre la terre et la lune, entre le 18 mai et le 15 juin.

«Le vélo est une des réponses aux nombreux défis d’aujourd’hui de congestion, de changement climatique, de mauvaise qualité de l’air dans les villes et de problèmes sanitaires liés à l’inactivité», souligne le "monsieur vélo" de la Commission, Piort Rapacz, nommé en 2016.

A cette époque, ce sont «presque 11% des employés de la Commission qui viennent au travail à vélo», un chiffre déjà conséquent.

«Nous incitons également au télétravail lorsque cela est possible, afin de réduire les trajets en voiture et nous avons mis à disposition de nos employés la Jobkaart, pour voyager gratuitement dans les transports en commun à Luxembourg-Ville», poursuit un représentant.

Au même titre que PwC précédemment, la Commission européenne de Luxembourg fournit un portail de covoiturage, où chacun peut trouver des annonces postées par ses collègues pour aller et venir au travail.

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