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Les données du Statec font froid dans le dos
Luxembourg 3 min. 01.10.2019 Cet article est archivé

Les données du Statec font froid dans le dos

Le nombre de jours dépassant les 30° ne cesse de progresser d'année en année. C'est un des indicateurs suivis par le Statec.

Les données du Statec font froid dans le dos

Le nombre de jours dépassant les 30° ne cesse de progresser d'année en année. C'est un des indicateurs suivis par le Statec.
Photo: Pierre Matgé
Luxembourg 3 min. 01.10.2019 Cet article est archivé

Les données du Statec font froid dans le dos

L'institut de la statistique a publié une liste de 25 indicateurs à suivre pour évaluer l'évolution du changement climatique au Luxembourg. Entre hausse des températures, baisse de la pluviométrie, augmentation des jours à plus de 30°C et émissions de CO2 croissantes, le bilan n'est pas rose.

Vendredi dernier, la foule envahissait la capitale luxembourgeoise pour réclamer de la part des politiques des mesures de lutte contre le réchauffement de la planète. De fait, le nouveau rapport du Statec a toute son importance. «Nous avons effectivement sélectionné 25 indicateurs permettant aux décideurs d'avoir les données indispensables à toute action», note Olivier Thunus qui a mené ce travail de recoupement pour le compte de l'Institut national de la statistique.

Le lecteur a de quoi frémir à la lecture de ce dossier. Pêle-mêle, il y est rappelé que sur les cinq dernières années, la température annuelle a augmenté de 1.6°C (par rapport à la période 1961-1990) que les pluies ont diminué de 5.6% sur la même période, que le nombre de "jours chauds" (à plus de 30°) par année ne cesse d'augmenter. Et avec deux pics de chaleur inédits enregistrés cet été, mais non pris en compte dans l'étude, nul doute que le record de 18 "jours chauds" enregistrés en 2015 va exploser dans les prochaines données.


Juin, juillet, août aussi chauds que secs
Selon l'Administration des services techniques de l'agriculture (ASTA), au-delà des trois vagues de chaleur qui ont marqué cet été, il faut également constater un important retard sur la pluviométrie, et donc l'hydratation des sols et des nappes souterraines.

«Ces mesures sont importantes, et chacun peut les percevoir dans son quotidien. Mais pour aligner nos indicateurs sur les référents préconisés par les Nations Unies, il a fallu aller beaucoup plus loin.» Ainsi, le Statec a-t-il inclus à sa liste des 25 des chiffres moins grand public.

Il s'agit, par exemple, de l'étude des émissions de gaz à effet de serre, de CO2, la consommation énergétique des ménages comme des activités économiques. Mais aussi l'évolution du coût de la taxe carbone que doivent payer les industriels émetteurs ou la gestion de l'occupation des sols. En effet, il faut aussi tenir compte du rôle des forêts dans l'absorption du dioxyde de carbone.

Et Olivier Thunus de confier: «Après le Mexique, nous sommes le 2e pays au monde à tenir à jour ces indicateurs. Les Nations Unies ont déterminé 39 indicateurs et nous avons retenu les plus pertinents pour le Luxembourg». Pas forcément la peine  de suivre les tendances de la mortalité liée à des vecteurs comme la malaria, par exemple.

Préserver l'eau

Parmi les données suivies, l'évolution des émissions de gaz à effet de serre serait «presque» rassurante pour le Grand-Duché. De 1990 à 2017, les émissions sur le territoire ont ainsi chuté de 23,2%, sachant qu'à 82% l'émission de GES provient de l'industrie et des services. La tendance, malheureusement, est loin d'être linéaire.

Autre relative bonne nouvelle, la pression hydrique a diminué sur cinq ans de 2,7%. Dans un contexte de pluviométrie plus faible, savoir que la proportion des prélèvements en eaux douces sur les ressources disponibles décroit est important.

Au rang des informations positives, il est bon de souligner la progression de la consommation d'énergies renouvelables dans le pays, pour atteindre 4,1% de la consommation totale. Tout comme doit être jugé comme bon point les 211 millions d'euros de fonds accordés de 2014 à 2016 à des pays en développement par le Grand-Duché dans le soutien à la lutte contre le changement climatique.

Ces indicateurs devant entraîner des mesures correctrices, le Statec signale les deux pistes possibles: l'atténuation (afin de réduire les émissions nocives au climat) soit l'adaptation. Autrement dit le changement d'attitude de toutes les composantes du pays. «Ces mesures d'adaptation sont encore ce jour assez peu développées. Cela est dû au fait que les impacts du réchauffement sont encore assez limités pour notre pays», notent les statisticiens. 

Un effort partagé

Cependant, les ménages ont leur part à jouer notamment en veillant à leur consommation d'eau, note le Statec. En moyenne, chaque habitant consomme 47m3 d'eau par an, ce chiffre peut diminuer. Veiller sur le rendement des réseaux de distribution d'eau permettrait aussi de réduire la pression sur la ressource qui connaît des difficultés pour se renouveler. 


Certaines ressources souterraines ne sont plus exploitées pour maintenir suffisamment de volume d'eau de qualité en surface.
47 millions de m3 d'eau puisés dans le sous-sol
Les sources et forages du Luxembourg sont de plus en plus sollicités. Que ce soit pour la consommation humaine, un usage industriel ou l'emploi au profit de l'agriculture. De quoi justifier une meilleure protection de cette ressource, voire l'exploitation de nouvelles réserves.

Un effort de chacun qui ne portera ses fruits que si l'industrie luxembourgeoise, l'aviation et les services mettent aussi leur fonctionnement en adéquation avec le respect de la planète.


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