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Les cours d'eau et les poissons en souffrance
Luxembourg 5 min. 27.07.2022
Environnement

Les cours d'eau et les poissons en souffrance

Niveaux bas et températures élevées sont un danger pour les poissons et tous les autres organismes de la faune aquatique
Environnement

Les cours d'eau et les poissons en souffrance

Niveaux bas et températures élevées sont un danger pour les poissons et tous les autres organismes de la faune aquatique
Photo d'illustration: AF/Archives
Luxembourg 5 min. 27.07.2022
Environnement

Les cours d'eau et les poissons en souffrance

Pascal MITTELBERGER
Pascal MITTELBERGER
La sécheresse et la chaleur qui règnent depuis plusieurs semaines ont des conséquences néfastes sur les cours d'eau luxembourgeois et sur la faune qui y vit.

Sans même attendre la fin de ce mois de juillet, Météo-France tire la sonnette d'alarme. «Juillet 2022 sera très probablement le mois de juillet le plus sec jamais enregistré depuis 1959» et le début des mesures, explique le service officiel de la météorologie et de la climatologie en France.


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Au Grand-Duché, la situation est sensiblement la même. Contacté ce mercredi à la mi-journée, MétéoLux indique que sa station située à l'aéroport de Luxembourg-Findel a enregistré, «du 1er juillet au 26 juillet inclus, un cumul de 6,8 l/m² de précipitations», récolté sur trois petits jours : les 20, 22 et 23 juillet.

Déficit pluviométrique

Le déficit de pluviométrie pour ce mois de juillet, marqué par de fortes chaleurs, est énorme : «La période de référence 1991-2020 indique un cumul mensuel de 72,1 l/m² en moyenne pour un mois de juillet», poursuit MétéoLux, qui précise néanmoins que ces 6,8 l/m2 se sont pas un record. «Le cumul mensuel de précipitations le plus faible jamais enregistré durant un mois de juillet à notre station (depuis 1947) est de 2.2 l/m², en juillet 1949

Pas un record, certes, mais la situation interpelle forcément. D'autant que ce mois de juillet est, pour l'heure, le point d'orgue d'une année 2022 au régime sec.


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Déjà, dans son rapport saisonnier concernant le printemps dernier, MétéoLux pointait des mois de mars, avril et mai beaucoup plus beaux et chauds que la normale : un total de 732,7 heures d'ensoleillement, soit 30% de plus que la moyenne des années 1991 à 2020. Concomitamment, les précipitations se sont faites rares, moitié moins que la quantité attendue pour ces trois mois de printemps. L'hiver a aussi été sous la moyenne.

Conséquence directe de ce déficit de pluie : les niveaux d'eau sont bas. «L'hiver et le printemps ont été pauvres en précipitations, alors que c'est généralement durant cette période que les nappes phréatiques et les cours d'eau se remplissent en prévision de la période d'étiage (niveau bas des eaux, en été, NDLR», explique Carole Molitor, chargée d’études au service Ecologie et Pêche de l'Administration de gestion de l'eau.

Niveaux bas dans les cours d'eau

Les chiffres globaux pour pouvoir comparer cette année 2022 aux précédentes, et notamment à celles marquées par d'autres sécheresses, ne sont pas encore disponibles. Néanmoins, un coup d'œil rapide sur le site inondations.lu suffit pour se rendre compte du niveau critique des cours d'eau luxembourgeois. 


Des pluies sans aucun bénéfice
Les fortes précipitations de mercredi et jeudi n'auront même pas servi à reconstituer les réserves souterraines d'eau potable du pays. Trop d'eau, trop vite sur un sol déjà gorgé.

Par exemple, à la station hydrométrique de Diekirch, la Sûre affichait ce mercredi midi un niveau d'eau de 1,20m, seulement quelques centimètres au-dessus du seuil correspondant au débit journalier minimum (1,16m). Idem sur l'Alzette, à Hesperange : 40 cm alors que le niveau d'eau pour le débit journalier minimum est de 36,5 cm. Ou encore à Mertert, où la Syre atteint 28 cm ce mercredi à la mi-journée, tandis que son niveau moyen se situe à 48 cm.

Des poissons à la recherche d'oxygène

Les nappes souffrent, les rivières souffrent, et les populations de ces cours d'eau aussi. Niveaux bas et températures élevées sont un danger pour les poissons et tous les autres organismes de la faune aquatique avec, par exemple, la prolifération d'algues. «Localement, sur différentes rivières, les poissons peuvent aussi se retrouver en manque d'oxygène dans l'eau», explique Carole Molitor.

C'est alors qu'ils remontent à la surface pour tenter de trouver de l'air, un phénomène constaté par la chargée d'études «à Schifflange, sur l'Alzette, la semaine dernière», alors qu'une vague de chaleur faisait chauffer le Luxembourg. Si cette situation perdure, elle peut conduire à une surmortalité des poissons. Néanmoins, «pour l'instant, nous n'avons pas décidé de restriction concernant la pêche», précise Carole Molitor.

L'importance de la renaturation

Alors, que faire pour préserver les nappes et cours d'eau, d'autant que les prévisions des prochains jours n'annoncent pas de pluie. Mi-juillet, le ministère de l'Environnement préconisait une série de recommandations à destination de la population, afin de ne pas trop puiser dans les nappes. Par exemple, les particuliers sont invités à ne pas remplir leur piscine, à ne pas arroser leur pelouse ou encore à irriguer leur potager, si possible, tôt le matin ou tard le soir. Voilà pour des actions simples, de court terme.


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Concernant les cours d'eau, la vision est plutôt à moyen et long terme, avec des programmes de renaturation dont certains sont déjà lancés voire réalisés. En effet, «la situation dépend de la structure et de la forme de la rivière, explique Carole Molitor. Sur un cours d'eau qui a été modifié par le passé, par exemple avec un barrage, les retenues d'eau qui peuvent se former sont des parties à risque pour les poissons. C'est pour cela qu'il est important de renaturer, d'enlever les barrages obsolètes, afin de préserver des ripisylves naturelles qui permettent aux poissons de se mettre à l'abri de la chaleur.» Cette continuité écologique est l'argument majeur pour renaturer les cours d'eau.

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