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Les conflits entre vie privée et travail augmentent
Luxembourg 11 min. 16.08.2022
Politique

Les conflits entre vie privée et travail augmentent

De plus en plus de travailleurs aspirent à un meilleur équilibre entre vie familiale et vie professionnelle.
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Les conflits entre vie privée et travail augmentent

De plus en plus de travailleurs aspirent à un meilleur équilibre entre vie familiale et vie professionnelle.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 11 min. 16.08.2022
Politique

Les conflits entre vie privée et travail augmentent

Annette WELSCH
Annette WELSCH
Le bilan de la politique de soutien à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée est mitigé car les données manquent sur le sujet.

L'objectif de la politique menée dans les matières familiales est de lutter contre la pauvreté, surtout là où il y a des enfants, et de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. Le gouvernement bleu-rouge-vert a-t-il atteint ces objectifs, a-t-il mis en œuvre ses projets et que faudrait-il encore faire ? Bilan d'un domaine politique qui a développé une forte dynamique, notamment en raison de la pandémie.


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Toutefois, les hommes sont de plus en plus nombreux à prendre un congé parental : leur nombre a presque doublé en cinq ans.

Les points clés de la politique familiale bleu-rouge-vert ont été le passage de prestations en espèces à davantage de prestations en nature, ainsi que l'extension et la flexibilisation du congé parental. Pour cela, le montant unique des allocations familiales par enfant, et qui ne dépend plus du nombre d'enfants dans la famille, a été introduit. Diverses prestations gratuites ont également été mises en place et le congé parental a également été réformé.

Une étude sur le coût des enfants à l'automne

Suite à des critiques persistantes, notamment de la part des représentants des travailleurs, le programme gouvernemental prévoyait de lier à nouveau les allocations familiales à l'indice au cours de cette législature, ce qui a été fait début 2021. Une étude devait en outre clarifier ce qui est fourni pour les enfants dans les différentes catégories d'âge et quels coûts une famille doit effectivement supporter par enfant. Elle devrait être présentée à l'automne, indique-t-on au ministère de la Famille.

Entre-temps, le ministre de l'Education Claude Meisch a introduit la prise en charge gratuite prévue des élèves du primaire pendant les semaines d'école dans les maisons relais, qui débutera à l'automne. Et l'étude prévue dans le programme gouvernemental sur la réforme du congé parental a également été présentée en 2020.

Elle dresse un tableau positif : le taux de recours est ainsi passé de 70,3 à 78,6% pour les mères entre 2014 et 2015 et à 87,4% pour les naissances début 2017. Pour les pères, il est passé de 8 à 17% entre 2015 et début 2017. Ce sont les pères dont les revenus professionnels sont les plus élevés qui y ont le moins recours, et ce, malgré un rebond après la réforme du congé parental. Il n'a plus été question jusqu'à présent d'éventuels ajustements tels qu'ils sont évoqués dans le programme gouvernemental.

La proportion de travailleurs avec enfant diminue

La Chambre des salariés (CSL) porte quant à elle un regard critique sur l'évolution de l'équilibre entre vie familiale et vie professionnelle, tant sur la situation financière des familles que sur la charge croissante des travailleurs. Depuis 2013, elle relève chaque année l'indice de qualité de vie au travail (QWI) et constate avec inquiétude que, de manière générale, les conflits entre vie professionnelle et vie privée augmentent. Et cela n'est pas sans conséquences.

Ainsi, la proportion de travailleurs ayant un partenaire et des enfants de moins de 18 ans vivant dans le ménage diminue légèrement entre 2016 et 2020. En revanche, la proportion de travailleurs ayant un partenaire et pas d'enfants ou pas de partenaire et pas d'enfants augmente. Ce phénomène est particulièrement visible chez les travailleurs frontaliers originaires de Belgique et de France.

L'équilibre se dégrade

David Büchel, responsable du QWI chez CSL, explique : «Depuis 2014, la satisfaction des travailleurs à l'égard de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée diminue de manière générale. Et ce, de manière progressive. L'évaluation subjective est moins bonne chez les travailleurs avec enfants que chez ceux sans enfants.» Des différences sont constatées surtout depuis 2020, depuis la pandémie. «Avec des enfants malades, on pouvait certes prendre le congé familial, mais l'insatisfaction était plus élevée parce que c'était involontaire et plus fréquent».

Depuis 2014, la satisfaction des salariés vis-à-vis de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée diminue progressivement.

David Büchel, conseiller de la direction de la CSL

L'un des problèmes est le temps de travail, où l'on remarque qu'il y a un décalage entre les heures fixées par le contrat de travail et les heures réellement prestées. Les travailleurs à temps plein déclarent travailler en moyenne 3,6 heures de plus par semaine que ce qui a été convenu, avec une tendance à la hausse depuis le début de l'enquête.

Réduire le temps de travail est souhaitable

La CSL constate que de plus en plus de travailleurs souhaitent travailler moins. 43,7% déclarent aujourd'hui vouloir travailler moins, contre 32,8% en 2018. La part de ceux qui souhaitent conserver leur temps de travail a baissé de 56,9 à 43,9%. La CSL plaide pour des solutions générales.

«Les travailleurs veulent travailler moins. Mais les solutions individuelles de travail à temps partiel peuvent mettre les travailleurs dans une situation précaire et ont des conséquences à long terme : un revenu plus faible signifie une pension plus faible. Le problème, c'est qu'on leur refuse souvent d'augmenter à nouveau leur temps de travail, de sorte qu'ils restent involontairement à temps partiel. C'est pourquoi les travailleurs demandent une réduction générale du temps de travail», souligne David Büchel.

En moyenne, les travailleurs avec enfants souhaiteraient travailler 34,6 heures par semaine, contre 36,8 heures pour ceux qui n'en ont pas. Tous sont concernés, qu'ils travaillent à temps partiel ou à temps plein. Si l'on ne considère que ceux qui expriment le souhait de réduire leur temps de travail, le chiffre est de 32 heures pour les hommes et de 31 heures pour les femmes. En attendant, on connaît la position de la CSL sur la politique visant à passer de prestations en espèces à davantage de prestations en nature pour les familles. Il est prouvé que les familles avec beaucoup d'enfants sont plus souvent touchées par la pauvreté.


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«La nourriture gratuite et les livres aident, mais le reste reste coûteux et à partir de l'âge de douze ans, ces prestations diminuent», regrette Nathalie Georges, conseillère de la direction. «Nous voulions que le gouvernement nous dise qui bénéficiait le plus des prestations en nature. Or, il n'existe pas de données sur les chèque-service accueil. Le gouvernement affirme en tout cas que ce sont surtout les pauvres qui en bénéficient et a promis une étude. Il est difficile pour nous de prendre position sans ces données».

Une perte d'argent pour les familles

Certes, les allocations familiales sont désormais à nouveau indexées, mais il y a un trou depuis 2006 qui n'a pas été comblé. Il faudrait en outre indexer toutes les prestations en espèces, comme l'allocation de rentrée scolaire. «La bourse d'études, qui remplace les allocations familiales à partir de 18 ans, a également entraîné une perte d'argent pour les familles - pas seulement pour les frontaliers, mais aussi pour les résidents locaux».

Mais David Büchel rappelle également que la directive européenne sur la conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle n'a pas encore été transposée, que la loi sur le droit à la déconnexion n'a pas encore été adoptée et que les comptes épargne-temps pour les salariés du privé n'ont pas encore vu le jour. «Pendant la pandémie, les gens ont beaucoup réfléchi à l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Ils veulent que cela soit amélioré. En 2021, 25% des travailleurs interrogés ont indiqué qu'ils envisageaient de chercher un autre emploi», souligne-t-il.

Pendant la pandémie, les gens ont beaucoup réfléchi à l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée et ont également changé d'avis.

David Büchel

Le gouvernement est conscient qu'il faut continuer à travailler sur un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Après la pandémie, les discussions envisagées dans le programme gouvernemental avec les partenaires sociaux sur la flexibilisation du temps de travail, le droit au travail à temps partiel avec retour à temps plein et un congé parental supplémentaire pour les parents qui ont tous deux pris un congé parental risquent toutefois d'être difficiles.

Elles dépendent notamment du résultat de l'évaluation de la loi de 2016 sur l'organisation du temps de travail, déjà prévue pour 2020. Une nouvelle réduction du temps de travail a également été récemment remise sur le tapis par le LSAP, après l'introduction d'un jour de congé légal supplémentaire et d'un jour férié supplémentaire au début de la législature.

Une directive et des exigences

La pression vient également de Bruxelles : la directive européenne sur l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée est entrée en vigueur en 2019 et devrait être mise en œuvre dans les trois ans. Elle vise à garantir l'égalité des chances entre les femmes et les hommes sur le marché du travail. La part des femmes sur le marché du travail doit être augmentée et la répartition des tâches familiales améliorée.

Pour ce faire, des exigences minimales sont fixées et doivent être introduites par les États membres : un congé de paternité rémunéré de dix jours autour de la naissance de l'enfant ; garantir que deux des quatre mois minimum de congé parental ne soient pas transférés à l'autre parent ; introduire un congé social rémunéré d'au moins cinq jours par an pour s'occuper des personnes à charge; garantir le droit de pouvoir prendre des dispositions flexibles en matière de travail jusqu'aux huit ans de l'enfant.


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Au Luxembourg, le congé de paternité de dix jours a déjà été introduit au 1er janvier 2018. Le congé parental de quatre ou six mois au choix, auquel les deux partenaires ont droit, n'est de toute façon pas transférable. Le deuxième congé parental ne peut toutefois être pris que jusqu'aux six ans de l'enfant. Le congé pour raisons familiales existe, mais il ne sert qu'à s'occuper des enfants et est compris entre 12 et 18 jours par an, en fonction de l'âge.

Le gouvernement a présenté en juin dernier, sous la houlette du ministère du Travail, un projet de loi visant à mettre en œuvre la directive. Il est prévu de mettre les couples homosexuels sur un pied d'égalité avec les couples hétérosexuels en ce qui concerne le congé de paternité de dix jours et de l'étendre aux travailleurs indépendants.

Cinq jours de congé pour s'occuper d'un proche

Des jours de congé exceptionnels sont introduits sur présentation de certificats médicaux : un par douze mois en cas d'urgence familiale, comme la maladie ou l'accident d'un membre de la famille, et cinq jours maximum par douze mois pour l'"aidant", lorsqu'un membre de la famille ou du ménage a besoin de soins ou d'aide pour une raison médicale grave. D'une manière générale, les limites imposées aux employeurs en matière d'accord sur le congé parental sont plus strictes.


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Là encore, une proposition de loi déposée par la CSL 2020 va beaucoup plus loin. L'âge de l'enfant jusqu'auquel il est possible de prendre un congé parental doit passer de six à huit ans. L'indemnisation du congé parental doit être portée à 2,5 fois le salaire minimum, soit de 3.570 euros bruts actuellement à environ 5.000 euros. Cela correspondrait au plafond des indemnités de chômage.

Le congé social doit quant à lui être de 24 heures sur trois mois : il peut être pris pour des raisons personnelles en cas de convocation juridique, pour des examens ou en cas d'incidents graves, pour un proche jusqu'au troisième degré en cas de maladie, d'accident, de visite chez le médecin ou de thérapie, ou en cas de problèmes graves d'un enfant en lien avec l'école. Les parents d'un enfant jusqu'à l'âge de douze ans doivent pouvoir bénéficier d'un horaire ou d'un rythme de travail plus flexible ou d'un travail à distance pendant une période déterminée, en accord avec l'employeur.

Cet article a été publié pour la première fois sur wort.lu/de

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