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«Les comparaisons entre pays sont peu significatives»
Luxembourg 5 min. 25.03.2020

«Les comparaisons entre pays sont peu significatives»

«Les comparaisons entre pays sont peu significatives»

Photo: Shutterstock
Luxembourg 5 min. 25.03.2020

«Les comparaisons entre pays sont peu significatives»

La pandémie de Covid 19 pousse certaines personnes à consulter Internet pour compléter leur information sur le covid-19. Mais cette démarche risque de donner une mauvaise vision de la situation. «Il est extrêmement difficile de collecter des données fiables sur cette pandémie», estime l'épidémiologiste Joël Mossong.

(ER avec mth) - De nombreuses personnes analysent scrupuleusement les derniers chiffres sur l'extension du coronavirus à travers le monde. Mais que disent réellement les statistiques sur cette épidémie? Nos confrères du Luxemburger Wort se sont entretenus avec l'épidémiologiste Joël Mossong. 

Des statistiques, des graphiques et des projections soi-disant simples peuvent causer plus de problèmes qu'elles n'en résolvent. Leur interprétation correcte exige une certaine connaissance de base, ce qui fait défaut chez la plupart des gens. Les statistiques en général, et les statistiques épidémiologiques en particulier, sans contextualisation et sans considération de leur signification réelle, ne sont donc que des chiffres bruts. Même les experts ont encore des difficultés à obtenir des données, comme le reconnaît Joël Mossong, chef du département épidémiologique du Laboratoire National de Santé (LNS).  

Joël Mossong
Joël Mossong
Source: LNS

«Il est extrêmement difficile de collecter des données fiables sur cette pandémie. Les premières données de la Chine ont donc été remises en question, et on a même soupçonné que le pays essayait de cacher quelque chose. Nous savons maintenant combien il est difficile d'obtenir des données de bonne qualité. Il n'y a tout simplement pas assez de ressources pour collecter et analyser ces données», dit-il.

Le public suit l'évolution quotidienne de la pandémie au pays. Mais qu'annoncent exactement ces chiffres?

Joël Mossong:  «Les numéros de cas ne montrent que les personnes qui ont un diagnostic et qui ont été testées. Toutes les personnes infectées ne sont pas testées, il existe de nombreuses conditions qui influencent cela. Toutefois, si ces conditions restent inchangées, le nombre de cas testés constitue également un indicateur suffisant pour élaborer une tendance.

Selon vous, est-il possible de comparer les chiffres entre les différents pays? 

«Non. Les stratégies de test sont tout simplement trop différentes dans les différents pays. Le Luxembourg, l'Allemagne et les Pays-Bas, par exemple, testent assez fréquemment, la France un peu moins. Les comparaisons entre pays sont donc difficiles et peu significatives.

«Le seul chiffre fiable qui permet de prédire le cours de l'épidémie au Luxembourg est le nombre de décès  

Quel est le nombre estimé de cas non signalés ?

«Les dernières données en provenance de Chine montrent que le rapport entre les infections réelles et les tests positifs, c'est-à-dire le nombre de cas non identifiés, est probablement beaucoup plus faible que ce que l'on craignait au départ. Au début, on supposait un facteur de cinq à dix, mais maintenant nous pensons que le nombre de personnes réellement infectées n'est qu'un petit multiple du nombre de cas confirmés. Peut-être pas plus du double, mais même cela n'est qu'une estimation.

Si c'est le cas, cela veut-il dire que beaucoup moins de personnes infectées resteraient non détectées?

«Le seul chiffre fiable qui permet de prédire le cours de l'épidémie au Luxembourg est le nombre de décès (8, le 24 mars). Mais ce chiffre doit également être mis en perspective. Il faut aussi comparer les décès avec la mortalité pendant une saison de grippe normale au Luxembourg. La grippe saisonnière provoque entre 60 et 120 décès supplémentaires chaque hiver dans ce pays, selon le type de grippe.

Comment voyez-vous l'évolution à court terme de la pandémie de covid-19 au Grand-Duché?

«Les chiffres actuels semblent positifs à première vue. Le nombre de nouvelles infections quotidiennes est en baisse et nous n'avons plus de nouveaux décès depuis quelques jours. Toutefois, il est trop tôt pour donner le feu vert, car ce "tassement" pourrait simplement être un effet du week-end et la courbe pourrait remonter durant la semaine.

Il serait absurde de mettre le même taux de mortalité au Luxembourg que celui observé en Italie ces dernières semaines.   

La situation actuelle peut tout de même être vue comme une tendance positive?

«Contrairement à d'autres pays, nous avons pris des mesures drastiques relativement tôt. Les premiers effets devraient se faire sentir dans quelque temps mais nous n'en verrons certainement les effets que dans les prochains jours. 

Ces derniers jours, des graphiques sont apparus sur Internet pour tenter de montrer l'évolution des décès dans certains autres pays sur la base de chiffres liés à d'autres pays. 

«C'est une simple absurdité statistique. On tente de déduire une évolution à partir de valeurs connues et de les transférer dans un contexte différent. Cela ne peut pas réussir car ces facteurs peuvent varier considérablement non seulement dans le temps mais aussi géographiquement. Par exemple, il serait absurde de mettre le même taux de mortalité au Luxembourg que celui observé en Italie ces dernières semaines. Depuis lors, des couvre-feux ont été imposés, le transport international de passagers a été interrompu et de nombreuses autres mesures ont été prises. Tout cela a eu un impact sur la propagation du virus.

Le taux de mortalité élevé en Italie peut-il s'expliquer par le fait que le pays présente la population la plus âgée du monde à l'exception du Japon (46,3 ans alors que le Luxembourg affiche 39,7 ans)? 

«Selon les premières analyses, il existe d'autres effets de nature sociologique par exemple. La famille élargie italienne, dans laquelle les grands-parents vivent avec leurs enfants et petits-enfants sous un même toit, et l'âge moyen élevé ont probablement contribué de manière significative au taux de mortalité élevé. Toutefois, ces facteurs ne sont pas transférables au Luxembourg. Dans d'autres cas, la confiance dans le gouvernement et dans les autorités peut également jouer un rôle majeur, comme ce fut apparemment le cas en Iran. Au début de la pandémie, les gens ne croyaient pas leur gouvernement. La population considérait les couvre-feux comme une ruse pour mettre fin aux manifestations critiques à l'égard du pouvoir en place.»

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