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Les colleuses anti-féminicides veulent «essaimer»
Luxembourg 5 3 min. 03.01.2019 Cet article est archivé

Les colleuses anti-féminicides veulent «essaimer»

Les messages s'étalent sur les murs de la capitale et sur les réseaux sociaux, interpellant le gouvernement du Grand-Duché.

Les colleuses anti-féminicides veulent «essaimer»

Les messages s'étalent sur les murs de la capitale et sur les réseaux sociaux, interpellant le gouvernement du Grand-Duché.
Photo : Guy Wolff
Luxembourg 5 3 min. 03.01.2019 Cet article est archivé

Les colleuses anti-féminicides veulent «essaimer»

Alexander ABDELILAH
Alexander ABDELILAH
Elles diffusent des messages contre les violences faites aux femmes en les affichant sur les murs de la capitale et entendent monter en puissance en 2020. Cela afin «d'obtenir des chiffres du gouvernement sur les féminicides».

«Je ne pensais pas devoir un jour commettre des actes de vandalisme pour être écoutée.» La jeune militante des droits des femmes, à la tête du collectif de colleuses d'affiches féministes de la capitale est amère. A tout juste 26 ans, Mariem ne comprend pas pourquoi le nombre de féminicides n'est toujours pas officiellement recensé. Souhaitant conserver l'anonymat, elle a accepté de détailler ses méthodes et ses objectifs au Luxemburger Wort


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Relayant ses actions sur Instagram sans jamais montrer son visage, la Franco-Luxembourgeoise compte sur les réseaux sociaux pour mobiliser davantage l'opinion publique. Partie seule au combat, elle revendique aujourd'hui une dizaine d'alliées. Des jeunes femmes pour la plupart, dont «deux ou trois» ont déjà vécu des violences conjugales. 

Comment vous est venue l'idée de coller des messages comme «Le patriarcat tue» ou bien «ras le viol» sur les murs de la capitale ? 

«L'idée m'est venue en voyant les collages qui sont faits à Paris, via des comptes Instagram. J'ai tout de suite été très touchée par ces messages et la thématique des violences conjugales et des féminicides. Après avoir recherché, j'ai vu qu'il n'y avait aucun chiffre disponible dans ce domaine au Luxembourg, et je me suis dit qu'il était temps que le Grand-Duché se mette à bouger sur cette question. En prenant le pouvoir dans le débat public avec des actions visibles par tous.

Concrètement, comment est-ce que vous procédez ? 

«Il faut que le lieu où nous collons soit un lieu de passage, avec des murs blancs et peu de caméras. Ensuite, les lieux et les heures de rendez-vous sont fixés par WhatsApp, via un groupe commun. Puis les personnes qui se présentent sont briefées. Afin que tout le monde réalise bien que c'est illégal et sache quelles peuvent être les conséquences. En tout, nous avons déjà collé une dizaine d'affiches, qui ont suscité beaucoup de réactions positives sur les réseaux sociaux. 

Le collectif a collé un nouveau message dans la capitale, vendredi soir.
Le collectif a collé un nouveau message dans la capitale, vendredi soir.
Photo : collages_feminicides_lux

Quelle est la durée de vie moyenne de vos collages ? 

«Nous repassons régulièrement devant nos collages pour vérifier s'ils sont toujours en place ou s'ils sont dégradés. En moyenne, ils ont une durée de vie de quelques jours. Dans les rues les plus animées du centre-ville, ils sont parfois enlevés par les services de la Ville la nuit même. Celui du pont Adolphe est le plus résistant : il est en place depuis plusieurs semaines déjà. Je pense que les caméras en place autour ne fonctionnent pas (rires).

Les derniers messages du collectif ont été collés dans les rues de la capitale vendredi soir.
Les derniers messages du collectif ont été collés dans les rues de la capitale vendredi soir.
Photo : collages_feminicides_lux

Qu'est-ce qui unit les membres de votre collectif ?

«Comme chacun a le droit de garder son anonymat chez nous, je n'ai pas beaucoup d'informations sur nos membres. Le seul critère est de se considérer comme une femme. Notre unique point commun est d'être encore vivantes. Nous nous battons toutes pour les femmes qui sont en train de survivre ou qui sont déjà mortes. Nous voulons parler pour les personnes qui ne le peuvent plus.

Qu'attendez-vous du gouvernement dans la lutte contre les violences faites aux femmes ? 


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«En tant que collectif, ce qui nous importe sont les statistiques des féminicides, qui se font attendre. Je pense que nous vivons dans une société patriarcale qui se protège elle-même et qui ne veut pas mettre la tête dans ce sac de crabes. Le Luxembourg se veut un pays libéral dans lequel les droits de chacun sont respectés, mais ce n'est pas le cas. Le pays ne veut pas se remettre en question.  Nous ne sommes pas politisées, mais à titre personnel, je suis par exemple pour le bracelet électronique pour les auteurs de violence conjugale.

Vos objectifs militants pour 2020 ? 

«Encore plus de collages ! Notre objectif est que des groupes se constituent dans plus de villes à travers le pays, à Esch, Wiltz, Clervaux, Differdange... Comme c'est déjà le cas en France, en Belgique ou au Royaume-Uni.»


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