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Les cimetières ne respirent pas la diversité
Luxembourg 4 min. 14.12.2021
A Luxembourg-ville

Les cimetières ne respirent pas la diversité

A Luxembourg-ville

Les cimetières ne respirent pas la diversité

Photo : Anouk Antony
Luxembourg 4 min. 14.12.2021
A Luxembourg-ville

Les cimetières ne respirent pas la diversité

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Historienne à l'Uni, Sonja Kmec vient de passer à la loupe les cimetières de la capitale. Paradoxalement, autant la Ville est cosmopolite, autant ses sites funéraires ne reflètent guère la variété de sa population.

Rien de morbide dans l'étude CeMi à laquelle Sonja Kmec a participé. A Luxembourg-ville, elle s'est intéressée à la vie des treize cimetières gérés par la collectivité. A l'image de ce que faisaient d'autres collègues dans sept autres ''villes moyennes'' d'Europe, la chercheuse de l'Uni a sillonné les allées, regardé les tombes, analysé l'usage des columbariums, lu les textes encadrant les rites funéraires dans la capitale. L'historienne s'est aussi entretenue avec une quarantaine d'experts et usagers. Des familles en deuil aussi bien que des professionnels des pompes funèbres. 


Ah, si les tombes pouvaient parler...
Au cimetière Notre-Dame, dans le quartier du Limpertsberg, une soixantaine de sépultures disposent d'un QR code. Il suffit de le flasher pour en découvrir un peu plus de la vie de celui ou celle qui repose sous la pierre tombale.

Et une réalité est vite apparue : le melting-pot qui existe dans le quotidien ne trouve pas son pareil dans les lieux de repos éternel. «Il y a même un conformisme physique qui se dégage, assez étonnamment. Comme si même dans la mort chacun voulait rentrer dans le moule luxembourgeois, il n'y a pas une grande diversité de formes dans les monuments, par exemple», constate Sonja Kmec. Le phénomène vaut pour les résidents aussi bien que pour les étrangers reposant en terre grand-ducale. 

Cette uniformisation s'avère particulière à Luxembourg-ville, en comparaison avec les autres cités étudiées en Irlande, Pays-Bas, Norvège, Ecosse ou Suède. Le creuset multiculturel, le brassage des origines et des convictions religieuses, ne se traduit que peu parmi les sépultures observées. «Finalement, l'intégration des vivants se fait sans doute plus vite dans la vie réelle luxembourgeoise que dans les nécropoles. Les cimetières sont des endroits préservés de ce rythme trépidant qu'est l'évolution de la société; les coutumes y évoluent donc plus lentement que dans le reste de la société.»

Par ailleurs, l'histoire même de la capitale (et globalement du pays) participe à cette vision traditionnelle qu'offrent les cimetières. L'immigration y est différente que dans d'autres Etats ou villes, la nature des arrivées, les réseaux de pompes funèbres bien organisés avec les pays d'origine (Italie, Portugal par exemple) a pu en inciter beaucoup à demander à être rapatriés après leur mort. 

Sans parler que le caractère laïc de la gestion des cimetières «confessionnellement neutres» a mis chaque défunt sur un même pied d'égalité. Que ce soit dans l'allure de sa tombe, son orientation ou même la pratique possible ou non de certains rites d'adieu pour lui-même ou les familles. Ainsi, par exemple, à Luxembourg-ville, seul le cimetière de Merl dispose de sections juive et musulmane spécifiques. 


online.fr, Friedhof, Religion, verschiedene Religionen, Kultfriedhof, Kult-Friedhof, Gräber Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Le même repos éternel pour tous
Jusqu'à présent, aucun cimetière luxembourgeois ne rassemblait les sépultures de défunts des diverses religions. Steinsel fera exception d'ici 2023. Une réalité locale qui pourrait vite servir de modèle national.

A regarder au fil des années et des siècles comment les cimetières et les pratiques ont évolué, l'historienne sait que «le reflet se précise». L'ouverture aux impératifs de telle religion, moins de contraintes dans la forme des concessions : les choses bougent. Tout comme le fait que les expatriés font aussi des carrières plus longues au Grand-Duché, y fondent une famille, s'y enracinent «pousse à plus de diversité dans les lieux de souvenir». A l'avenir, l'augmentation de la population du pays (y compris sa diversité) entraînera immanquablement des changements.

Ces derniers mois, la crise covid a d'ailleurs accéléré cette tendance à faire des cimetières de la capitale des lieux d'inhumation ou de dispersion des cendres pour des personnes aux origines bien plus variées. «A certains moments, les rapatriements de défunts n'étaient plus autorisés. Du coup, il y a eu davantage d'enterrements mixtes, de résidents et d'étrangers ici même». Avec toujours cette particularité de la capitale où chacun a le droit de disposer d'un emplacement dans le cimetière de son quartier (hors dérogation). 


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