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Les chèques-repas attisent toutes les convoitises
Luxembourg 4 min. 18.05.2021

Les chèques-repas attisent toutes les convoitises

Parmi les revendications de la fédération Horesca figurent notamment la revalorisation de la valeur faciale des tickets-repas ainsi que leur octroi à l'ensemble des salariés.

Les chèques-repas attisent toutes les convoitises

Parmi les revendications de la fédération Horesca figurent notamment la revalorisation de la valeur faciale des tickets-repas ainsi que leur octroi à l'ensemble des salariés.
Photo: Pierre Matgé/archive
Luxembourg 4 min. 18.05.2021

Les chèques-repas attisent toutes les convoitises

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
Avec un salarié sur cinq bénéficiant de cet avantage en nature, les chèques-repas représentent une manne financière estimée à quelque 140 millions d'euros. Une somme globale sur laquelle lorgnent les acteurs du secteur Horeca, fortement impactés par les effets de la pandémie.

Évoquée dès l'été 2020 par la Fondation Idea pour faciliter la relance, la réforme des chèques-repas semble faire de plus en plus d'adeptes. Principalement du côté des professionnels du secteur Horeca, désireux de mettre en place un dispositif voué à définir de nouvelles normes dans un monde post-covid. En clair, encadrer strictement l'utilisation d'un avantage en nature accordé à près d'un salarié sur cinq (18% en 2018) qui serait à l'origine d'un manque à gagner d'au moins «50 millions d'euros par an» pour les restaurateurs, selon les calculs de l'asbl Don't forget us.

Une estimation des représentants d'une centaine de bars, cafés et restaurants, basée sur un article de presse publié en 2017, qui trouverait son origine dans le fait que «60% des chèques-repas en circulation au Luxembourg sont détournés aux dépens de l'Horeca et servent à acheter autre chose qu'un repas principal». En ligne de mire, l'utilisation des chèques-repas par les salariés non pas pour  «prendre au cours d'une journée de travail tout ou partie d'un repas principal auprès d'un restaurateur», comme le stipule la loi, mais pour acheter des biens non alimentaires dans les grandes surfaces, voire faire le plein.


Chèque-repas - Photo : Pierre Matgé
Les chèques-repas, un outil de la relance?
Alors que près d'un salarié sur cinq bénéficie de ces chèques-restaurant, la Fondation Idea propose de les repenser. Avec un objectif : aider les restaurateurs du pays, à la peine depuis le début de la pandémie.

Sans surprise, ce calcul se trouve vivement contesté par Via Luxembourg, l'association professionnelle regroupant Sodexo et Edenred, les deux principales sociétés émettrices de chèques-repas au Luxembourg. «Avant la crise, les données en notre possession tablaient plutôt sur une répartition à hauteur de deux tiers en faveur de la restauration ou des petits commerces de détail et d'un tiers au sein de la grande distribution», assure Sylvie Favaut. 

Si la présidente de Via Luxembourg ne conteste pas qu'une majorité des chèques-repas aient pu être dépensés au sein des enseignes de supermarché «au plus fort de la crise quand tous les restaurants étaient fermés», elle assure que «depuis la mise en place des services de livraison et du take away, les chiffres apportent la preuve que les chèques-repas sont bien à nouveau employés dans le secteur de la restauration.» Mais sans toutefois être capable d'avancer de chiffres précis pour 2020, les deux opérateurs ayant prolongé la validité des bons émis l'an passé jusqu'en juin 2021.


Près d'un salarié sur cinq bénéficie de chèques-repas, soit plus de 75.000 personnes.
Les chèques-repas valables jusqu'en juin
Alors que les restaurants ont baissé le rideau jusqu'à la mi-janvier en raison de la pandémie, Edenred et Sodexo, les deux sociétés émettrices ont annoncé prolonger la durée de validité des tickets restaurants.

Sachant que le dispositif est utilisé par quelque 73.000 salariés et représente une enveloppe globale de 140 millions d'euros qui permettrait «l'injection de plus de 200 millions d'euros dans l'économie locale», selon les chiffres avancés par l'association professionnelle, il suscite quelques convoitises. Raison pour laquelle des discussions avaient été entamées avant même le début de la crise afin de moderniser un cadre légal datant de 1986. Si tous les acteurs autour de la table s'accordent à dire que le système doit servir essentiellement à soutenir le secteur Horeca et à acheter des biens alimentaires, bon nombre de questions restent encore en suspens.

«Au vu des habitudes de consommation actuelles, cela risque d'être très compliqué d'imposer que l'utilisation de ces chèques-repas ne se fasse que dans des restaurants», assure François Koepp, secrétaire général de l'Horesca, qui entrevoit déjà «la possible colère des clients sur une approche trop restrictive». Ce qui pousse le représentant de la fédération du secteur Horeca plutôt à plaider pour «une hausse de la valeur faciale et une limitation du nombre de chèques-repas utilisable par jour» afin d'accélérer leur distribution. 


Chèque-repas - Photo : Pierre Matgé
Des chèques-repas «détournés aux dépens de l'Horeca»
Pour l'asbl Don't forget us, regroupant une centaine d'établissements du secteur, la sortie de crise devra s'accompagner de nombreux changements pour relever une branche d'activité particulièrement touchée. En ligne de mire, la législation sur les tickets-restaurant, mais aussi la fédération Horesca.

Interrogé sur ces points, le ministère des Finances se montre évasif puisqu'il indique «examiner différentes pistes relatives à la modernisation et à la digitalisation du régime». Aucune information quant à l'horizon possible d'une application d'un nouveau dispositif n'a été évoquée, alors même qu'une telle réforme figure dans l'accord de coalition DP-LSAP-Déi Gréng. Au même titre d'ailleurs que la grande réforme fiscale voulue par la coalition gouvernementale qui ne se fera pas au cours de cette législature, comme l'a indiqué ce samedi Pierre Gramegna (DP).

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Chèque-repas - Photo : Pierre Matgé
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Près d'un salarié sur cinq bénéficie de chèques-repas, soit plus de 75.000 personnes.
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Chèque-repas - Photo : Pierre Matgé