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«Les CFL font clairement un pas vers le client»
Luxembourg 15 9 min. 09.09.2019

«Les CFL font clairement un pas vers le client»

Pour Marc Wengler, directeur général des CFL, «une réflexion» sur l'avenir du siège des chemins de fer, place de la Gare, devrait aboutir «courant 2020».

«Les CFL font clairement un pas vers le client»

Pour Marc Wengler, directeur général des CFL, «une réflexion» sur l'avenir du siège des chemins de fer, place de la Gare, devrait aboutir «courant 2020».
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 15 9 min. 09.09.2019

«Les CFL font clairement un pas vers le client»

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
À six mois de la mise en place des nouvelles missions des chemins de fer liées à la gratuité des transports publics, Marc Wengler, directeur général des CFL, détaille les changements pour les usagers. Et évoque certaines réflexions, comme celle menée autour du siège de l'entreprise.

La gratuité des transports en commun, le 1er mars 2020, aboutira à une réorganisation des missions des personnels des CFL. Comprenez-vous la crainte évoquée d'apparition de «gares fantômes» ?

Marc Wengler - «Sur ce point, je ne peux que répéter ce qui a été dit par François Bausch (Déi Gréng) fin juillet, à savoir que les CFL mettent en place un dispositif qui répond aux attentes. Parler de 'gares fantômes' quand il n'y a plus de guichet pour la vente de titres de transport peut paraître un peu fort, d'autant plus que la nouvelle organisation n'aboutit à aucun abandon de desserte. Nous parlons ici vraiment d'un canal qui connaissait depuis des années une diminution de ses ventes. Nous ne remettons pas du tout en question le service au client, au contraire. 

Et donc, concrètement, qu'est-ce que cela va changer pour les voyageurs ?

«Cela signifie que notre personnel sera plus disponible pour le client ou du moins plus visible sur les quais. Nous aurons donc une évolution positive avec le renforcement du personnel dans les gares où les flux sont les plus importants. Que ce soit Luxembourg-ville, Bettembourg ou Esch-sur-Alzette mais aussi Clervaux par exemple. Il est important de rappeler que cette nouvelle orientation sera une démarche commune qui inclura également les actuels agents de sécurité, présents dans les principales gares et dans 10% des trains.

À compter du 1er mars 2020, les agents des CFL seront «plus visibles» pour les usagers et équipés d'appareils mobiles leur permettant de communiquer plus rapidement.
À compter du 1er mars 2020, les agents des CFL seront «plus visibles» pour les usagers et équipés d'appareils mobiles leur permettant de communiquer plus rapidement.
Photo: Gerry Huberty

Et nous allons former ces personnels dans cette optique, en les équipant d'appareils mobiles équipés de logiciels capables de communiquer les informations de manière beaucoup plus pertinente et rapide. Ce sera bien évidemment aussi le cas pour les personnels à bord des trains. Tout cela n’est rendu possible que par la mise en place d'un poste de commande centralisé qui permet une concertation immédiate entre les différents acteurs et une communication plus efficace. Nous pensons donc clairement avoir fait un pas vers le client en adoptant une attitude beaucoup plus proactive.

A six mois de l'entrée en vigueur de la gratuité des transports en commun, que pouvez-vous dire de l'avancée des préparatifs, notamment sur les négociations avec les pays voisins ?

«Pour les CFL, il était important de bien prendre en charge les conséquences de cette annonce sur notre personnel et d'aller dans un dialogue avec les partenaires sociaux. Ce qui a été fait. En ce qui concerne l'offre avec les réseaux voisins, ce n'est pas à moi de faire de commentaire, je crois juste savoir que ça prend son chemin. Doucement, mais sûrement...

D'autres chantiers sous votre responsabilité avancent de manière plus directe, notamment à la gare centrale. Un nouveau quai doit d'ailleurs entrer en service début décembre. Ce timing sera-t-il respecté?

«Ce devrait être le cas, comme nous nous étions engagés à le faire. Ce nouveau quai s’intègre d'ailleurs dans notre concept d’exploitation, pensé pour renforcer la robustesse de notre réseau d’ici à 2024. À cette date, nous nous engageons même à atteindre un taux de ponctualité de 92% (contre 89% actuellement, ndlr), ce qui est assez ambitieux. Une fois la totalité des nouveaux quais en service, chaque ligne possédera son quai dédié et la gare possédera un corridor central, ce qui permettra de mieux gérer les éventuelles perturbations. Que ces dernières proviennent de notre réseau ou de ceux de nos voisins. 

Crédit: CFL

D'ici à 2024, la capacité du réseau doit profondément s'améliorer via de profondes transformations, comme les rénovations de gares stratégiques et la création d'une nouvelle voie. Où en sont ces projets ?

«Grosso modo, nous sommes dans les temps. Il est question ici notamment des travaux en gare d'Ettelbruck ou de celle de Bettembourg, de la réalisation de la deuxième phase de la gare d'Howald ou bien encore de la future ligne Bettembourg-Luxembourg. Tous seront achevés pour la fin 2024. Pour l'instant il n'y a rien qui dit que ce n'est pas possible.

Qu'en est-il du projet de nouveau bâtiment destiné à créer une nouvelle entrée pour la gare centrale, du côté de la Rocade ? L'horizon 2025 reste-t-il toujours d'actualité ?

«À l'heure actuelle, ce calendrier peut toujours coller. Même si ce projet est un peu compliqué puisqu'associant beaucoup d'acteurs autour de ce point nodal extrêmement important. Pour le moment, la situation n'est pas tout à fait arrêtée et plusieurs scénarios sont toujours envisagés. Mais la vision globale tient dans la mise en place d'une zone multimodale train, tram et bus sans oublier les vélos via un nouveau parking, une zone réorganisée pour les taxis ou une zone dépose-minute à proximité du parvis actuel de la gare. 

Tout cela ne pourra se faire en une seule fois, mais de manière étalée. De l'autre côté, du côté de la Rocade, une des hypothèses à l'étude tient dans la possibilité de faire passer le trafic routier en souterrain afin de réaliser un second parvis, desservi par les lignes de bus RGTR et qui permettrait de créer une certaine symétrie entre les deux ensembles, mais aussi de créer un nouveau lien avec Bonnevoie.

Et où en sont les réflexions autour des fonctions du ou des futurs bâtiments qui doivent sortir de terre sur une partie des anciens ateliers des CFL ? Des logements et des commerces sont-ils envisagés?

«Tout cela n'est pas encore défini dans le détail, car tout sera fait en fonction des volumes et des possibilités offertes une fois le projet définitif retenu. Et donc aussi au projet de la Rocade. Mais bien entendu, ce futur ensemble comprendra un accueil voyageur et des espaces commerciaux. Pour le reste, il faut encore attendre.

Ce projet illustre la problématique de la gouvernance, pas toujours simple à gérer en raison de l'interdépendance des acteurs...

«Il faut bien comprendre qu'ici, et de manière générale, il est question d'une vision intégrée entre un gestionnaire d'infrastructure, une entreprise ferroviaire et le ministère des Transports. Je parle rarement des pays voisins, mais je ne peux que constater qu'au-delà des moyens financiers, nous disposons d'une vision et de moyens de gouvernance. C'est ce qui explique que nous avons pu gérer une croissance de 46% de la capacité ferroviaire au cours des dix dernières années et que nous ferons de même d'ici à 2024. Cela impressionne à l'étranger. Si aujourd'hui nous avions les rames supplémentaires qui ont été commandées, nous ne pourrions rien en faire sans le concept permettant la mise en oeuvre des projets d'extension.

D'ici à 2027, les CFL disposeront d'investissements à hauteur de 3,9 milliards d'euros, contre 2,1 milliards sur la période 2008-2017. Une enveloppe doit aussi servir notamment au recrutement de personnels et à la formation.

«Pour répondre à nos besoins, nous recrutons actuellement plus de 400 personnes chaque année dont nous devons former et développer les qualifications du fait des évolutions des différents métiers actifs aux CFL. C'est un défi énorme pour une entreprise comme la nôtre, raison pour laquelle nous prenons beaucoup d'initiatives tels que des jobs dating dans certaines gares, des déplacements dans les écoles ou la mise en place d'ateliers dans nos locaux. Cette stratégie est nécessaire car nous constatons qu'il existe un risque d'insuffisance de recrutements. En nombre et en qualité. Ce qui est certain, c'est qu'un candidat chez nous doit avoir au moins les mêmes compétences qu'un candidat il y a dix ans. Ceci est non négociable au vu de nos priorités qui sont la sécurité et la qualité.

Où en sont les réflexions autour du futur siège des CFL, puisqu'il serait question d'une réaffectation à l'horizon 2030... .

«Vous avez vu ce bâtiment de l'extérieur, cela ne nécessite pas beaucoup plus d'explications. L'avenir de ce bâtiment est un sujet, je peux juste vous dire que nous sommes dans une phase de réflexion sur son avenir, mais il n'y a pas de décision ou d'étape décisive fermement adoptée. Si vous aussi vous réfléchissez sur l'avenir d'un bâtiment, il ne faut pas seulement regarder les pierres, mais aussi les fonctionnalités qui doivent être incluses, notamment dans le cadre des défis de collaboration que nous affrontons. Des défis liés à des projets multidisciplinaires qui doivent être résolus. Il existe donc plusieurs volets de réflexion qui doivent avoir une cohérence.

Cela signifie-t-il que le siège des CFL pourrait quitter la place de la Gare ?

«Nous souhaitons rester sur ce site, bien qu'il faille aussi regarder que l'emplacement reste compatible avec nos besoins grandissants comme le prouvent nos projets pour les cinq à dix années à venir, qui sont tous des projets d'extension. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons déjà planifié deux ou trois vagues de déménagement, notamment via la location de bureaux le long de la Rocade et du boulevard d'Avranches. Dans tous les cas, à l'heure actuelle, toutes les options sont possibles. Je pense que raisonnablement, courant 2020, nous pourrions avoir une étape, voire un appel à candidatures pour un éventuel projet.



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Lokales,CFL-Zugpersonal,Ticketverkauf,Schaffner, Bahnhof,Gare.Foto; Gerry Huberty/Luxemburger Wort
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