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Les cadeaux très symboliques des «Artisans de la Paix»
Luxembourg 14 5 min. 30.03.2016 Cet article est archivé
Des objets luxembourgeois exposés à Verdun

Les cadeaux très symboliques des «Artisans de la Paix»

Luxembourg 14 5 min. 30.03.2016 Cet article est archivé
Des objets luxembourgeois exposés à Verdun

Les cadeaux très symboliques des «Artisans de la Paix»

Maurice FICK
Maurice FICK
Cent ans après la sanglante Bataille de Verdun qui opposa les armées française et allemande durant la Grande Guerre, chefs d'Etats et de gouvernement, ministres et ambassadeurs s'évertuent à gagner la paix. Baptisée «Les Artisans de la Paix», une exposition inédite -dans laquelle figurent aussi des pièces luxembourgeoises- ouvre ce 31 mars 2016 et pour un an au Centre mondial de la Paix... à Verdun. Wort.lu y était en avant-première pour vous.

Par Maurice Fick

Cent ans après la sanglante Bataille de Verdun qui opposa les armées française et allemande durant la Grande Guerre -entre février et décembre 1916- chefs d'Etats et de gouvernement, ministres et ambassadeurs s'évertuent depuis des décennies à gagner la paix. Baptisée «Les Artisans de la Paix», une exposition inédite -dans laquelle figurent aussi des pièces luxembourgeoises- ouvre ce 31 mars 2016 et pour un an, au Centre mondial de la Paix... à Verdun.

Les «Artisans» dont il est question ici, «ce sont à la fois les responsables politiques et diplomatiques qui évitent que ne se reproduisent des massacres comme ceux de 1916 et ce sont aussi les artisans qui créent ces objets», résume d'un trait Laurent Stefanini. Le chef du Protocole de la République française était de passage à Verdun pour le vernissage de cette exposition axée sur les cadeaux officiels que s'échangent les grands de notre monde. Des présents simples ou somptueux, soigneusement choisis, plein de symbolique et de messages qui conduisent le visiteur à mieux saisir les grandes crises récentes (Grèce, Ukraine, Mali) et les enjeux des relations internationales.

Plus de 70 cadeaux sont présentés dans l'exposition et ont été échangés entre trente chefs d'Etats et de gouvernement, explique Philippe Hansch, directeur du Centre mondial de la Paix.

Un cadeau n'est jamais anodin. «Le cadeau est ce que l'on offre quand on a de l'estime pour une personne. C'est un geste de compréhension mutuelle. On est content de la voir avant même de discuter avec elle», résume le chef du Protocole de la République, ce service du ministère des Affaires étrangères français qui travaille pour l'ensemble de l'exécutif français en organisant des sommets internationaux, les déplacements du président à l'étranger, ou à l'inverse, les visites de chefs d'Etat étrangers en France, etc.

«Plus de 70 cadeaux sont présentés dans l'exposition et ont été échangés entre trente chefs d'Etats et de gouvernement. Plus de la moitié ont été mis à disposition par des dirigeants en exercice à l'image du Grand-Duc et de Xavier Bettel», explique Philippe Hansch, directeur du Centre mondial de la Paix, des libertés et des droits de l'Homme. Les autres cadeaux ont été mis à disposition par des musées comme le Musée du Septennat, le Musée du président Jacques Chirac ou la Ville de Jarnac par exemple.

En repartant du Luxembourg l'an passé, le président Hollande avait cette photo dédicacée du couple grand-ducal dans ses valises.
En repartant du Luxembourg l'an passé, le président Hollande avait cette photo dédicacée du couple grand-ducal dans ses valises.
Photo: Maurice Fick

Un cadeau fait écho à l'autre

Dix-huit mois de recherches et de discussions permettent aujourd'hui au visiteur de «toucher du doigt» ce qui lui apparaît souvent comme impalpable: le rôle de la diplomatie en coulisses, l'importance du protocole, les relations entre les dirigeants (saviez-vous qu'Angela Merkel parle en russe avec Vladimir Poutine?) et la signification de symboles ou de gestes forts. Via des photos, des vidéos, des éclairages historiques sur les crises récentes et les fameux cadeaux protocolaires... mais toujours symboliques.

François Hollande et Angela Merkel sont omniprésents -y compris sous forme cartonnée à taille humaine- dans cette exposition qui fait la part belle aux relations franco-allemandes.

Entre les photos historiques de de Gaulle et Adenauer, la table d'Obama en bois de la propriété de George Washington, les globes «Mitterrand», les statuettes et le stylo Waterman du président «himself», un objet franco-allemand relève davantage l'attention de Laurent Stefanini. C'est l'exemplaire, joliment relié, de «La Germanie» de Tacite. «Ce qui est intéressant», glisse le chef du Protocole en saisissant l'objet, «c'est qu'il s'agit d'une publication de 1624 dans laquelle figurent les commentaires de Montesquieu au sujet de la démocratie, les droits de l'Homme, de la Constitution, etc.» François Hollande avait offert le précieux ouvrage en mai 2014 à Angela Merkel lors de son déplacement à Rügen, chez elle donc, dans sa circonscription électorale.

En réalité ce cadeau «fait écho à la visite de Roman Herzog (président fédéral de 1994 à 1999, ndlr) en France, en 1996. Il avait tenu à venir à Bordeaux et avait fait un discours sur Montesquieu et la force du droit devant Sciences Po. Voilà le lien symbolique entre la France et l'Allemagne: la paix et le respect de la Constitution», glisse Laurent Stefanini.

Cartes, Codex et «Renert» luxembourgeois

Rapidement, le visiteur croise les regards du grand-duc Henri et de la grande-duchesse Maria Teresa. Le président français a mis à la disposition de l'expo la photo officielle que le couple grand-ducal lui avait dédicacée et offerte au château de Colmar-Berg lors de sa visite, en mars 2015.

Philippe Hansch, directeur du Centre mondial de la Paix: le Codex Aureus offert par Joachim Gauck au grand-duc Henri en novembre 2014 «est une réplique du Codex daté du XIe siècle réalisé à l'Abbaye d'Echternach mais dont l'original qui se trouve en Allemagne et que le Grand-Duché essaye de récupérer depuis la fin de la guerre».
Philippe Hansch, directeur du Centre mondial de la Paix: le Codex Aureus offert par Joachim Gauck au grand-duc Henri en novembre 2014 «est une réplique du Codex daté du XIe siècle réalisé à l'Abbaye d'Echternach mais dont l'original qui se trouve en Allemagne et que le Grand-Duché essaye de récupérer depuis la fin de la guerre».
Photo: Maurice Fick

La Cour grand-ducale a accepté d'exposer le fac similé du «Codex Aureus» offert par Joachim Gauck, président de la République fédérale d'Allemagne, au grand-duc Henri lors de son voyage officiel à Luxembourg, le 5 novembre 2014. «C'est une réplique du Codex daté du XIe siècle réalisé à l'Abbaye d'Echternach mais dont l'original qui se trouve en Allemagne et que le Grand-Duché essaye de récupérer depuis la fin de la guerre», explique Philippe Hansch.

Et au directeur du Centre mondial de la Paix de Verdun de conclure: «C'est un geste symbolique très fort: il y a là toute l'amitié, la liaison forte qu'ils essayent de recréer entre chefs d'Etat.»

Lors de cette même visite, le grand-duc Henri avait offert une carte de 1635 au président fédéral allemand. Elle montre notamment les contours du Luxembourg lorsqu'il faisait partie intégrante de l'empire prussien.

Mais à qui appartiennent ces cadeaux?

«Ces cadeaux n'appartiennent pas à la personne mais à l'institution à laquelle ils ont été donnés», pose Laurent Stefanini.

Et qui les choisit? «Nous faisons des propositions au président. Mais de manière ultime, c'est le président qui choisit», confie le chef du Protocole de la République française.

Si les œuvres sont souvent réalisées spécialement pour un hôte, des objets de création plus contemporaine signés par de grandes maisons d'art sont également offerts aux dirigeants. «Ce dont on se sert le plus, c'est évidemment la porcelaine de Sèvres et probablement les cristaux de Baccarat», rapporte Laurent Stefanini.

L'exposition s'achève sur une touche ludique puisque tout visiteur a la possibilité de prendre une photo-souvenir sur laquelle il apparaîtra, en costard élégant, aux côtés du président Hollande.

L'exposition «les Artisans de la Paix» est ouverte ces jeudi 31 mars et vendredi 1er avril 2016 de 10h00 à 12 h30 puis de 14h00 à 18h00. Et tous les jours de l'année de 10h00 à 18h00 à partir de ce samedi 2 avril 2016.

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