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«Les Belges se sentent comme à la maison au Luxembourg»
Luxembourg 8 min. 20.07.2019

«Les Belges se sentent comme à la maison au Luxembourg»

«Il y a un dynamisme incroyable au Luxembourg, qui essaie toujours d'anticiper et d'être prêt pour relever tous les défis à venir dans les dix, vingt ans.»

«Les Belges se sentent comme à la maison au Luxembourg»

«Il y a un dynamisme incroyable au Luxembourg, qui essaie toujours d'anticiper et d'être prêt pour relever tous les défis à venir dans les dix, vingt ans.»
Photo: Steve Eastwood
Luxembourg 8 min. 20.07.2019

«Les Belges se sentent comme à la maison au Luxembourg»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Un 21 juillet, jour de Fête nationale, reste un temps fort pour l'ambassadeur de Belgique au Luxembourg. Jean-Louis Six fait le point sur ces deux années passées et les sujets qui unissent les deux pays.
  • Quel bilan faites-vous de ces deux années à la tête de l'ambassade belge?

Jean-Louis Six - «Le bilan est très positif, très agréable. J'ai découvert un pays que je connaissais un peu et que désormais je connais d'une manière un peu plus profonde. Je réalise tout le plaisir qu'il y a à être ambassadeur de Belgique ici, au Luxembourg. C'est vraiment, pour moi, en tant qu'ambassadeur belge, un privilège d'être ici.

Il y a beaucoup de travail, il se passe énormément de choses au Grand-Duché. C'est un pays qui ne se repose pas, prend beaucoup d'initiatives. C'est une caractéristique qui m'a frappé ces deux dernières années. Il y a un dynamisme incroyable au Luxembourg, qui essaie toujours d'anticiper et d'être prêt pour relever tous les défis à venir dans les dix, vingt ans.

  • Comment qualifieriez-vous les relations belgo-luxembourgeoises?

Intenses, faciles et d'une grande complicité. Cela se décline au niveau des chefs des deux Etats mais aussi au niveau gouvernemental: Xavier Bettel et Charles Michel sont très proches et cela touche également les ministères des deux pays.

Il y a énormément de dialogue et de travail en commun entre les acteurs économiques aussi. Un bel exemple est celui de la nomination de la nouvelle présidente de la Fedil, qui est belge. Il y a beaucoup de postes à responsabilités, ici à Luxembourg, qui sont tenus par des personnes soit belges, soit d'origine belge. L'intensité des liens est vraiment très grande.

«Je déploie beaucoup d'énergie pour essayer de soutenir les positions luxembourgeoises».
«Je déploie beaucoup d'énergie pour essayer de soutenir les positions luxembourgeoises».
Photo: Steve Eastwood

Cela permet de faire toute une série de choses ensemble et de se renforcer mutuellement, une chose que nous faisons quotidiennement. Dans mon travail ici, je déploie beaucoup d'énergie pour essayer de soutenir les positions luxembourgeoises. Cela va bien évidemment dans les deux sens: si Charles Michel a été désigné pour être président du conseil de l'Union européenne, cela s'est fait aussi grâce au soutien de Xavier Bettel.

Ce sont des exemples concrets de notre travail au quotidien. A plusieurs, nous sommes plus forts.

  • Quel regard portez-vous sur la situation actuelle en Belgique, suite aux élections de mai dernier?

Nous sommes en période transitoire mais la Belgique n'est pas aux abonnés absents. Les contacts se poursuivent, nous sommes en attente du nouveau gouvernement, que ce soit au niveau des régions ou au niveau fédéral ; mais les liens se poursuivent.

La situation belge telle qu'elle résulte des élections est évidemment assez compliquée. Nous aurons sans doute besoin d'un peu de temps pour trouver les meilleurs équilibres et équipes possible, mais avec un peu de patience, cela va finir par venir.


Jean-Louis Six,Ambassadeur de Belgique au Luxembourg. Foto:Gerry Huberty
«Je suis admiratif du savoir-faire du Luxembourg»
Cela fait un peu plus de six mois que Jean-Louis Six, ambassadeur de Belgique au Luxembourg est en poste. Mais à quoi sert un ambassadeur belge au Grand-Duché? Quelles sont les qualités essentielles pour ce métier? Comment se passent les relations entre ces deux communautés? Rencontre.

Jusqu'à présent, nous avons toujours trouvé des solutions. Nous sommes bien conscients que les choses ne sont pas nécessairement faciles, mais une des qualités de la Belgique, c'est d'avoir un sens pour trouver des solutions viables et des compromis, de savoir atterrir en évitant des crises ou des conflits ouverts. Il peut y avoir des tensions mais nous savons les gérer.

  • Certains élus français et allemands ont demandé des compensations fiscales au Luxembourg: la Belgique a-t-elle également des doléances de ce type à faire auprès du Grand-Duché?

Je crois que le Premier ministre et le ministre des Finances ont déjà bien répondu à ces interpellations, en soulignant les spécificités historiques qu'il y avait entre les deux pays: les accords de Martelange reflètent une situation tout à fait spécifique entre la Belgique et le Luxembourg, qui ne se retrouve pas de cette manière en Lorraine ou en Sarre.

  Il faut trouver des solutions équilibrées 

Nous travaillons au quotidien à améliorer la situation des transfrontaliers mais aussi des communes de part et d'autre de la frontière belgo-luxembourgeoise. Il y a des problèmes spécifiques qui doivent être reconnus, que nous ne pouvons pas nier, mais les liens sont tellement étroits entre les citoyens des deux côtés de la frontière que ça n'aurait pas beaucoup de sens de se replier en disant "non nous ne dialoguons pas".

Il faut trouver des solutions équilibrées. Les mécanismes actuels qui sont en place entre la Belgique et le Luxembourg sont une réponse adéquate, pour l'instant, aux préoccupations rencontrées tant par les frontaliers que par les communes. Il y a certainement une volonté de dialogue, d'ouverture pour les autorités luxembourgeoises. 

  • Sur quels dossiers avez-vous travaillé ces deux dernières années?

Nous avons abouti aux accords d'entraide policière et judiciaire: dans des conditions bien précises, il peut y avoir des interventions qui ne sont pas limitées par les frontières des pays. Nous avons aussi travaillé sur la qualité des eaux fluviales, puisque les rivières ne s'arrêtent pas aux frontières: si des eaux sont polluées en Belgique, celles du Luxembourg seront également touchées. Nous avons donc forcément un intérêt commun à gérer cela en bonne intelligence.

  Le Brexit a été un des gros chantiers de ces douze derniers mois

Nous avons aussi beaucoup de dialogue au sein du système éducatif: comment gérer au mieux les coopérations dans le secteur académique, en accueillant des étudiants luxembourgeois ou en aidant l'Université de Luxembourg à se développer. Nous faisons beaucoup de choses ensemble. Forcément, les jours de télétravail accordés aux travailleurs frontaliers sont également un dossier que nous suivons de près.

Le Brexit a également été un des gros chantiers de ces douze derniers mois. Tous les pays frontaliers avec la Grande-Bretagne seront davantage impactés que les autres: les Pays-Bas, la France et la Belgique seront donc particulièrement touchés. Il va sans doute falloir investir dans des infrastructures adéquates, notamment au niveau de nos ports, qui sont la porte d'entrée des Anglais en Europe. C'est sur ce genre de dossiers que nous sentons toute l'importance des échanges belgo-luxembourgeois ; parce que seuls, c'est beaucoup plus compliqué.

  • Quels sont les chantiers à venir entre la Belgique et le Luxembourg?

Nous partageons les mêmes analyses en ce qui concerne la mobilité, c'est-à-dire comment amener petit à petit les usagers à utiliser un peu moins la voiture pour passer aux transports publics. C'est une approche commune, concrète, si nous prenons l'exemple de la mise à trois voies de l'E411, qui veut en fait essayer de promouvoir le covoiturage.

Une troisième voie, dédiée au covoiturage, a vu le jour sur l'E411 entre la Belgique et le Luxembourg.
Une troisième voie, dédiée au covoiturage, a vu le jour sur l'E411 entre la Belgique et le Luxembourg.
Photo: Pierre Matgé

Il y a de bonnes pratiques à partager pour essayer d'améliorer les choses. C'est particulièrement important du côté belge où 45.000 personnes viennent travailler tous les jours au Luxembourg: si toutes ces personnes restent bloquées une demi-heure quotidiennement sur les autoroutes, c'est un coup pour l'économie luxembourgeoise mais aussi un coup humain pour la Belgique.

Nous avons, des deux côtés de la frontière, tout intérêt d'introduire des réponses à ces préoccupations. Elles sont multiples ; ce n'est pas seulement la route, il faut aussi travailler sur des réponses polymorphes, combiner les modes de transports pour essayer d'échapper à un étouffement qui est lié à la croissance.

  • Que représente la Fête nationale de ce 21 juillet pour vous, et les Belges vivant au Luxembourg?
«Je crois que tous les Belges qui sont ici au Luxembourg se sentent extrêmement bien».
«Je crois que tous les Belges qui sont ici au Luxembourg se sentent extrêmement bien».
Photo: Steve Eastwood

C'est un moment de convivialité, le plaisir de se retrouver et de fêter le moment, en exprimant l'attachement que nous gardons tous à nos racines. Je crois que tous les Belges qui sont ici au Luxembourg se sentent extrêmement bien, comme à la maison, mais ça ne gomme pas pour autant le fait qu'ils aient des liens familiaux de l'autre côté de la frontière et qu'ils restent attachés à leur pays d'origine.

L'intégration pour un Belge au Grand-Duché est très facile et profonde, elle est quasi totale, mais cela n'enlève rien au fait qu'ils aiment pouvoir fêter et se rappeler ce lien avec leur pays chaque année. C'est également un moment de rencontres avec les interlocuteurs luxembourgeois.

  • Une petite anecdote relative à la Fête nationale pour vous?

Je touche du bois mais, pour l'instant, je n'ai eu que de la chance avec la météo ! (Rires) C'est compliqué de recevoir des centaines de personnes dans votre jardin: si les conditions météo ne sont pas clémentes, il va falloir rapatrier tout ce monde à l'intérieur, c'est un grand défi ; mais tout est prêt pour cette année.»

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