Changer d'édition

Les agriculteurs divisés sur le plan stratégique national
Luxembourg 6 min. 30.04.2022
De nombreuses critiques

Les agriculteurs divisés sur le plan stratégique national

Malgré la place prépondérante des prairies au Luxembourg, les "éco-schémas" du plan stratégique national sont peu attractifs pour l'élevage.
De nombreuses critiques

Les agriculteurs divisés sur le plan stratégique national

Malgré la place prépondérante des prairies au Luxembourg, les "éco-schémas" du plan stratégique national sont peu attractifs pour l'élevage.
Photo: Lucien Koob
Luxembourg 6 min. 30.04.2022
De nombreuses critiques

Les agriculteurs divisés sur le plan stratégique national

Des représentants de l'agriculture ont invité à une réunion d'information à Mertzig pour faire entendre leur voix contre le nouveau plan stratégique national.

(m. m. avec Florian JAVEL) - Le fait que plus de 200 agriculteurs se soient réunis par une journée ensoleillée au «Centre Turelbaach» à Mertzig pour manifester leur mécontentement vis-à-vis du plan stratégique national (PSN), au lieu de profiter d'une météo favorable pour vaquer à leur activité principale, peut être interprété comme un acte hautement symbolique. 


Der Schifflinger Bürgermeister Paul Weimerskirch, Landwirtschaftsminister Claude Haagen und Syvicol-Präsident Emile Eicher (v.l.n.r.) stellten am Mittwoch die zweite Auflage der Aktion „Gielt Band“ vor.
Voici où vous pourrez cueillir des fruits gratuitement
Durant les prochains mois, des milliers d'arbres fruitiers seront entourés d'un ruban jaune à différents endroits du pays pour indiquer que la cueillette pour un usage personnel est autorisée.

Sous la houlette de la Chambre d'agriculture, les représentants des organisations paysannes ont élevé la voix pour transmettre clairement au ministre de l'Agriculture Claude Haagen (LSAP) le message central de leur réunion d'information du jeudi après-midi : «pas sans nous!»

Il y a environ deux semaines, la Commission européenne a transmis son évaluation du plan stratégique luxembourgeois au ministère de l'Agriculture. Le fait que Claude Haagen ait mentionné des éloges de la part de la Commission dans le cadre d'une action d'explication de la Coopérative des agriculteurs bio (BioG) il y a une semaine ne semblait pas jouer un rôle à Mertzig. Le ministère de l'Agriculture a raté l'occasion de mener un dialogue ouvert et constructif avec les principaux acteurs de l'agriculture avant la remise du document en janvier.

D'innombrables lacunes 

 Que ce plan stratégique de 600 pages soit formellement un chef-d'œuvre technocratique, le premier intervenant de la journée Guy Feyder s'en est félicité. Le président de la Chambre d'agriculture a donné le ton en dénonçant la communication avec les acteurs du monde agricole de la part du ministère. Une consultation publique a eu lieu en 2019, puis silence radio. «Il n'y a pas eu d'analyse ou de conclusion concernant nos propositions pour le plan stratégique. Comme pour la saucisse, on ne sait que ce que l'on obtient une fois que les extrémités ont été coupées», a critiqué Guy Feyder.

Selon ce dernier, le contenu manque de cohérence. Le fait que la moitié des agriculteurs à plein temps aient cédé leurs exploitations au cours des 20 dernières années ne semble pas intéresser les politiques : «La politique du pays peut être comparée à un malade qui prend sa température avec un thermomètre et si le résultat ne lui plaît pas, il casse simplement le thermomètre».

Des «écos-schémas» peu attractifs

Les organisations d'agriculteurs voient d'un œil critique la suppression du financement de 30% pour le «verdissement» et la réduction de 30% également des primes d'exploitation du premier pilier. 

La politique du pays peut être comparée à un malade qui prend sa température avec un thermomètre et si le résultat ne lui plaît pas, il casse simplement le thermomètre.

Guy Feider, président de la Chambre d'agriculture

Ces primes doivent être remplacées par des «éco-schémas». Ceux-ci sont obligatoirement proposés aux agriculteurs par les États membres de l'UE, mais leur mise en œuvre reste volontaire. Les paiements directs liés à la surface des «éco-schémas» doivent faire l'objet d'une demande annuelle. 

Les agriculteurs peuvent donc décider chaque année à quels «éco-schémas» ils souhaitent participer et quelles mesures environnementales ils peuvent ainsi prendre. Les 25% du budget du premier pilier qui seront consacrés aux «éco-schémas» posent néanmoins plusieurs problèmes, notamment parce qu'elles ne sont pas attractives, ce qui est problématique dans un pays comme le Luxembourg, qui compte une grande partie de prairies. 

L'agriculture de l'immobilisme 

Ce qui rend les «éco-schémas» si peu attractifs pour l'élevage, c'est aussi ce qui ébranle les agriculteurs luxembourgeois dans leur chair : «Moins on est productif, plus on reçoit de primes. Pulvériser moins de produits phytosanitaires, cultiver moins, élever moins de bétail, cela ne nous incite pas à faire un travail correct», explique Louis Boonen de la Chambre d'agriculture.

Les «éco-schémas» récompensent les surfaces non productives, les bandes non productives ou l'absence de produits phytosanitaires, mais ces critères d'attribution des aides financières ne font pas partie de la vision du monde du paysan, selon Louis Boonen : «Nous connaissons notre métier. Être agriculteur, c'est être un entrepreneur et produire. Nous avons besoin de primes basées sur le succès. Alors, le paysan pourra redevenir ce qu'il est».

C'est justement cette productivité que le président de la «Centrale Paysanne» Christian Wester voit menacée par le gel des terres de 4% actuellement prévu : «Ce n'est pas une mesure responsable si nous voulons assurer la sécurité alimentaire. Ces surfaces devraient être utilisées pour cultiver des légumineuses et des protéines afin d'être plus résilients en matière de produits protéiques».

Nous connaissons notre métier. Être agriculteur, c'est être un entrepreneur et produire. Nous avons besoin de primes basées sur le succès. Alors, le paysan pourra redevenir ce qu'il est.

Louis Boonen, de la Chambre d'agriculture

Les agriculteurs bio, représentés par Lynn Jemming de la coopérative des agriculteurs bio, ont quant à eux critiqué les débouchés commerciaux pour les produits bio et ont mis en garde contre une dilution des normes bio dans le PSN.

 En ce qui concerne la mise en œuvre du PAN-Bio, une plus grande volonté politique a été demandée afin d'atteindre l'objectif ambitieux de 20% de surfaces cultivées en bio d'ici 2025.  Le Luxembourg est pour l'instant à la traîne avec environ 5% d'agriculture biologique. 

«Des conditions claires»

L'estime du métier était le mot clé de la réunion d'information. Le président de «Lëtzebuerger Landjugend a Jongbaueren» Luc Emering a défendu devant le ministre la position selon laquelle les personnes qui changent d'orientation professionnelle sont les bienvenues, mais qu'il doit y avoir des conditions claires et respectueuses afin de protéger la profession. Ainsi, il estime qu'un stage obligatoire de six mois à l'étranger devrait être maintenu comme critère de base lors de l'installation. Ceux qui n'ont pas appris un métier lié à l'agriculture devraient acquérir une première expérience de cinq ans dans le domaine et apprendre le métier par des formations continues.

«Le plan stratégique national est un document flexible» 

Lorsque Claude Haagen a introduit son discours par «J'ai écouté attentivement», les applaudissements ironiques du public ont donné le ton. «Nous devons nous présenter comme une équipe, comme dans le sport. Pas sans nous devrait aussi signifier que le ministère de l'Agriculture fait partie de cette équipe». 


Getreideexperten beobachten derzeit kräftige Preisaufschläge zum Beispiel bei Weizen, Mais und Ölsaaten wie Raps.
Des aides pour les exploitations agricoles
Des aides financières seront mises à disposition des agriculteurs suite au conflit en Ukraine. Les bénéficiaires de ces aides ne sont toutefois pas encore identifiés.

Claude Haagen a désigné les grandes entreprises comme ennemi commun pour provoquer la cohésion du secteur agricole. «Si nous ne réagissons pas ensemble en tant que secteur, d'autres prendront les décisions à notre place. Ils ne se soucieront pas des subventions. Les décisions que nous prendrons ensemble ne plairont pas à tout le monde, mais il y aura au moins eu un dialogue», a affirmé le ministre. 

Le plan stratégique national est un document flexible, comme l'a prouvé la guerre en Ukraine, puisque la question de la sécurité alimentaire pourrait entraîner une révision du plan stratégique à cet égard. 

Claude Haagen a également souligné que ceux qui souhaitent davantage de communication dans le secteur doivent se préparer pour 2025, date à laquelle les discussions sur le nouveau plan stratégique, qui devrait entrer en vigueur en 2027, commenceront. Les représentants de l'agriculture à Mertzig ont attiré l'attention sur le fait que les discussions pour le plan stratégique actuel ne sont pas pour autant terminées. 

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Accompagnés de vaches en plastique grandeur nature, onze producteurs de lait bio luxembourgeois défileront dans le centre-ville ce jeudi matin, pour demander une meilleure valorisation de leur contribution en faveur de l'environnement.
Comme le prévoit l'accord de coalition, l'objectif du Luxembourg est d'atteindre au moins 20% des surfaces agraires exploitées sans pesticide à l'horizon 2025. Pour résorber son retard et réaliser son objectif, le gouvernement a décidé d'accorder un nouveau coup de pouce aux producteurs.
Bio-Gemüse,Foto:Gerry Huberty