Changer d'édition

Le virus nous fait «vivre dans une zone de suspense»
Luxembourg 3 min. 11.03.2020 Cet article est archivé

Le virus nous fait «vivre dans une zone de suspense»

Le virus nous fait «vivre dans une zone de suspense»

Photo: Chris Karaba
Luxembourg 3 min. 11.03.2020 Cet article est archivé

Le virus nous fait «vivre dans une zone de suspense»

Maurice FICK
Maurice FICK
Inquiétude née de l'absence de certitudes, peur d'un «monstre» invisible et signes de ségrégation à l'égard de salariés qui reviennent de zones infectées. Le psychanalyste, Thierry Simonelli, nous parle des répercussions du coronavirus sur la société.

L'actuel contexte d'épidémie mais aussi de surinformation à propos du coronavirus peut-il avoir des répercussions psychologiques ?

Thierry Simonelli: « Complètement, oui. Parce que je l'entends tous les jours! Vient un moment où la quantité et l'omniprésence font que ça ne peut pas passer par-dessus les têtes. Il y a un vrai martèlement médiatique et sur les réseaux sociaux de sorte qu'on ne parle que du coronavirus. Même si des personnes parviennent à s'en distancer, on ne peut pas allumer un écran sans être confronté aux images d'horreur qui viennent de partout.

Photo: Dr Thierry Simonelli

C'est difficile de ne pas se sentir marqué par ce qui se passe. Ça crée de l'anxiété. Mais on ne sait pas vraiment ce qui va arriver. Et comme toujours, lorsqu'il y a un phénomène inquiétant, moins on a de certitudes, plus on a de jeu pour l'imagination. Et c'est ça toujours, le plus inquiétant. Comme dans les films d'horreur, c'est quand on voit le monstre, qu'on commence à se rassurer parce qu'on sait à quoi on a affaire. Mais le virus est invisible! Personne ne sait s'il est là ou pas. Nos proches peuvent être infectés sans avoir de symptômes. Le doute est généralisé et ça joue.

D'un côté, on compte les morts et les personnes infectées. Et de l'autre, le gouvernement dit: "pas de panique". N'est-ce pas irrationnel ? 

«Je dirais que c'est contradictoire. Et cela génère des réponses affectivement conflictuelles. D'un côté on aimerait bien être rassuré, de l'autre il y a toutes ces informations qui disent: "soyez inquiets !" C'est un conflit qui peut avoir un impact. Pour l'heure, il n'est pas trop important. 


10.03.2020, Großbritannien, Cardiff: Ein Laborant behandelt Proben im Specialist Virology Centre der Universitätsklinik von Wales, um einen diagnostischen Test auf das neuartige Coronavirus durchzuführen. Foto: Ben Birchall/PA Wire/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Le coronavirus se propage
Signalé pour la première fois par l'OMS le 31 décembre 2019, le virus 2019-nCoV s'est propagé à l'ensemble du globe en quelques semaines. La Chine, centre de l'épidémie, est particulièrement touchée.

On a toutes ces informations et en même temps, on ne peut pas décider. Certains essaient de ne pas y penser, en refoulant le problème. D'autres, au contraire, tombent dans l'obsession et essayent de glaner des informations tout le temps. De manière pratique et compulsive, on se lave les mains, et garde ses distances, sans savoir si c'est exagéré ou pas. Mais on ne le sait pas encore. On vit dans cette zone de suspense. On vit un moment où les choses tardent à se dénouer.

Le coronavirus est synonyme d'isolement pour ceux qui se retrouvent en quarantaine mais aussi de stigmatisations. En êtes-vous témoin ?

«La stigmatisation j'en entends parler au quotidien. Les Européens qui reviennent des régions les plus infectées - comme l'Italie et maintenant l'Espagne - dans leur entreprise, sentent déjà les regards. Des gens m'ont dit: "On se croirait en 1933 du mauvais côté de la majorité politique". Il y a tout d'un coup de la suspicion et vous devenez la personne dangereuse.

On voit à quelle vitesse les choses peuvent se retourner et la gentillesse de surface céder à la crainte de l'autre. Ce n'est pas de la malveillance réfléchie. C'est ce que produit la peur. Et quand la peur est partout, on ne se retrouve plus ensemble. C'est un peu ce qui s'est passé suite aux attentats terroristes de Paris: toutes les personnes d'origine maghrébine étaient devenues suspectes.

Avec le coronavirus, il y a un début de ségrégation. Et à nouveau, on ne sait pas s'il faut rester à la maison ou s'il y a une sorte de xénophobie. Cela met la vie quotidienne de nos démocraties à rude épreuve».


Sur le même sujet

La pandémie de coronavirus expliquées en graphiques
Apparu en décembre 2019 en Chine, le covid-19 s'est depuis propagé dans plus de 110 pays à travers le monde. Au Grand-Duché, sept cas ont officiellement été détectés et plusieurs dizaines de personnes ont été placées en quarantaine. Retour en chiffres sur un phénomène mondial.
Une limite de 1.000 personnes rapidement atteinte
Dans l'espoir d'endiguer la propagation du virus Covid-19, le ministère de la Santé recommande «de ne pas organiser, voire de reporter» les rassemblements de plus de 1.000 personnes. Une bonne dizaine d'infrastructures du pays présentent des capacités d'accueil supérieures.
MICE
Un travailleur frontalier de la clinique Bohler infecté
Un premier cas de Covid-19 a été signalé auprès d'un résident français travaillant à la clinique Dr. Bohler au Kirchberg. L'Inspection sanitaire luxembourgeoise enquête pour identifier les personnes qui ont été en contact avec le porteur du virus.
04.03.2020, Baden-Württemberg, Stuttgart: Röhrchen für einen Test auf das Virus SARS-CoV-2 liegen kurz bevor die Corona-Ambulanz des Klinikums Stuttgart im Katharinenhospital öffnet auf einem Tisch. In der Corona-Ambulanz können sich Patienten testen lassen. Foto: Sebastian Gollnow/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
L'économie luxembourgeoise allergique au covid-19
Dans le plus négatif des scénarios, le Statec pense que l'épidémie du coronavirus pourrait réduire la croissance luxembourgeoise à +0,7% cette année. Les services financiers se sortant plutôt bien des effets de la crise sanitaire mondiale.
24.01.2020, Bayern, München: Ein Mundschutz und eine Schutzbrille sind in einem Besprechungszimmer der Task-Force Infektiologie» am Flughafen München vor einer Landkarte zu sehen. Die «Task-Force Infektiologie» kämpft gegen unsichtbare Gegner: Gegen SARS, die Schweinegrippe, gegen Lassafier, Masern und Windpocken - und möglicherweise bald auch gegen das neue Coronavirus aus China? Foto: Sven Hoppe/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
La hotline coronavirus prise d'assaut
La ministre de la Santé a fait le point sur la situation autour du covid-19, ce mardi, avec les membres de la Commission parlementaire de la Santé. Elle a notamment indiqué que quelques heures à peine après la mise en place de la hotline, 140 personnes avaient passé un appel.
Wirtschaft, Aktivitätsplan 2019, Paulette Lenert,  Aktivitätsplan 2019,  Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Le coronavirus se propage
Signalé pour la première fois par l'OMS le 31 décembre 2019, le virus 2019-nCoV s'est propagé à l'ensemble du globe en quelques semaines. La Chine, centre de l'épidémie, est particulièrement touchée.
10.03.2020, Großbritannien, Cardiff: Ein Laborant behandelt Proben im Specialist Virology Centre der Universitätsklinik von Wales, um einen diagnostischen Test auf das neuartige Coronavirus durchzuführen. Foto: Ben Birchall/PA Wire/dpa +++ dpa-Bildfunk +++