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Le vert porte bonheur à la Bourse de Luxembourg
Luxembourg 6 min. 09.01.2020 Cet article est archivé

Le vert porte bonheur à la Bourse de Luxembourg

Pour Robert Scharfe, «l'attrait vers le marché de la finance va bien, mais pas encore suffisamment pour espérer sauver la planète».

Le vert porte bonheur à la Bourse de Luxembourg

Pour Robert Scharfe, «l'attrait vers le marché de la finance va bien, mais pas encore suffisamment pour espérer sauver la planète».
Photo : Pierre Matgé
Luxembourg 6 min. 09.01.2020 Cet article est archivé

Le vert porte bonheur à la Bourse de Luxembourg

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
La finance durable, sur laquelle l'établissement a été le premier à se positionner, a fait les beaux jours de 2019. Pour Robert Scharfe, nul doute qu'il sera de même cette année. La marge est grande pour les «green bonds» qui ne représentent encore que 5% des transactions de la Bourse.

Que souhaiter au CEO de la Bourse de Luxembourg en ce début d'année ? Robert Scharfe a la réponse vive : «Des marchés idéalement volatiles qui génèrent un maximum de transactions». Après douze mois marqués par des taux d'intérêt bas ayant permis à beaucoup d'émetteurs de solliciter des financements, le patron de l'institution du boulevard Joseph II espère des vents aussi favorables.

Pour l'heure, c'est en capitaine serein qu'il met les voiles vers 2020. «Fondamentalement, la Bourse de Luxembourg se porte bien. Avec 36.000 valeurs cotées, 2.500 émetteurs référencés provenant de 100 pays et la totalité des 65 devises négociables du monde présentes parmi nos cotations, nous tenons notre rang de place internationale reconnue.»

250 milliards d'euros «durables»

En choisissant, dès 2016, de devenir la première bourse à disposer d'une plateforme verte (LGX), l'établissement a visiblement choisi une stratégie gagnante. «Aujourd'hui, certains pourraient dire que les obligations de finance durable ne représentent que 5% de tout ce qui est émis depuis ici. Sauf que cela représente tout de même 250 milliards de dollars de transactions, et que les autres bourses affichent un taux plus proche des 2%. Nous sommes donc un acteur identifié dans le domaine.»

Pas de modestie à avoir : LGX détient bien 50% de part de marché mondiale des obligations environnementales, sociales et durables cotées en bourse. Aussi,  Robert Scharfe entend encore suivre cette «ligne verte» dans le futur.

 «L'avenir de la finance sera durable sinon notre planète et donc notre économie n'auront pas d'avenir. Les acteurs de la finance ont compris qu'il était de leur intérêt et de l'intérêt général d'adopter et miser sur des comportements plus responsables. Cela paye aussi bien pour les acteurs du marché que l'environnement. Car sans argent, on peut rêver; avec des fonds on agit!», souligne le CEO.

En trois ans, la Bourse de Luxembourg a été le témoin d'un changement profond dans l'acceptabilité par le marché des green bonds. «Nous nous sommes chargés de présenter la documentation la plus sérieuse sur ce type d'obligations. En présentant les risques dans l'investissement comme pour toute autre émission boursière mais aussi en mettant l'accent sur les facteurs de durabilité des projets demandeurs de financements. Cette transparence et ce rôle de facilitateur sont notre marque de fabrique.»

Nous tablons sur des volumes d'échange de green bonds bien supérieurs

Aujourd'hui d'ailleurs, en bourse, ce ne sont plus seulement les projets de développement de parcs éoliens ou d'innovation dans le photovoltaïque qui sont mis en avant sur le marché. «Près de la moitié de ce qui a été émis l'an dernier provenant de sociétés corporate moyennes dans le domaine de l'automobile, de la pharmacie, de la technologie.» Chaque secteur économique détenant un rôle dans l'action environnementale, et affichant désormais plus clairement sa vision de l'argent collecté.

En décembre, la Bourse de Luxembourg a d'ailleurs confié à Julie Becker le soin de veiller, plus particulièrement, sur les acteurs de la finance durable. La nouvelle CEO adjointe, spécialiste reconnue, a de quoi faire selon Robert Scharfe: «C'est certain que pour 2020, nous tablons sur des volumes d'échange de green bonds bien supérieurs encore, mais ça ne suffira toujours pas à sauver la Terre. Il faut donc promouvoir encore et encore ces obligations».

«Auprès de la Chine, la Banque de Luxembourg peut jouer un grand rôle notamment concernant des obligations de transition écologique ou durable», note Robert Scharfe.
«Auprès de la Chine, la Banque de Luxembourg peut jouer un grand rôle notamment concernant des obligations de transition écologique ou durable», note Robert Scharfe.
Photo: Pierre Matgé

Et qu'en est-il de la finance islamique? Aux yeux du CEO, elle «se porte mieux que jamais ici, même si elle représente moins de 1% de notre activité». Certes, le volume d'échanges ne correspond certainement pas aux espoirs attendus voilà quatre ou cinq ans, mais ce portefeuille n'est pas à  négliger. Sauf qu'aujourd'hui les regards se portent vers la Chine.

Les mains tendues vers Pékin portent leurs fruits, lentement mais sûrement. Ainsi, en septembre 2019, l'accord signé entre la Bourse grand-ducale et la 1ère banque d'investissement chinoise constitue un exemple de cette volonté de s'affirmer comme «facilitateur entre les émetteurs chinois et la communauté internationale d'investisseurs qui nous font confiance». 

Robert Scharfe se montre particulièrement confiant dans la relation sino-luxembourgeoise. Avec 20 obligations vertes chinoises déjà accessibles auprès de LGX, le CEO sait que la marge de progression est gigantesque, «à l'échelle du 2e marché mondial». 

Et dans ce cas, les acteurs luxembourgeois ont choisi de clairement mettre en avant que les obligations émises par les firmes chinoises répondent déjà à 90% aux critères imposés de ce côté-ci de la planète financière.

«Pour être coté chez nous, le pas n'est donc pas si important. Notre expertise étant reconnue, les acteurs occidentaux qui nous font confiance se montrent donc particulièrement intéressés.» D'autant plus que la Chine devra financer sa transition verte et durable. Les fonds viendront aussi de l'international, alors autant que Luxembourg s’assoie à la table des transactions dès maintenant. 


«Aller vers une intégration encore plus poussée de la finance verte»
Eric Usher, responsable de l'initiative finance au Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), explique comment le Luxembourg peut contribuer à accélérer l'essor de ce secteur.

Quant au Brexit attendu pour le 31 janvier prochain, la Bourse de Luxembourg en ressent déjà des répercussions positives, «principalement par des organisations européennes qui ont migré totalement ou partiellement leur base de financement de Londres vers le Grand-Duché». C'est le cas, par exemple, d'Euratom ou de la Commission européenne. 

«L'idée d'une Union des marchés des capitaux a refait surface, nous verrons où cela mène. Mais les sociétés britanniques qui souhaitent assurer leurs capacités de distribution de leurs produits au sein de l'UE ont, pour l'heure, intérêt à nous rejoindre au-delà du London Stock Exchange.» God save the Bourse of Luxembourg alors!


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