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Le vélotaf ne rencontre pas le succès escompté
Luxembourg 7 min. 04.06.2019 Cet article est archivé

Le vélotaf ne rencontre pas le succès escompté

Le vélotaf ne rencontre pas le succès escompté

Photo: Anouk Antony
Luxembourg 7 min. 04.06.2019 Cet article est archivé

Le vélotaf ne rencontre pas le succès escompté

Maurice FICK
Maurice FICK
En Belgique existe l'indemnité kilométrique vélo. En France, le parlement planche sur un forfait de 400 euros par an pour les salariés qui se rendent au travail à vélo. Au Luxembourg, l'État encourage juste le recours au vélo pour se rendre au travail tandis que des entreprises se décarcassent.

Le vélotaf, c'est-à-dire se rendre à vélo au travail (on dit aussi le «taf»), compte près de 500.000 adeptes, soit un peu moins de 2% de la population active, en France. Même si la communauté des vélotafeurs s'étoffe et se fait régulièrement entendre sur les réseaux sociaux (via les hashtags #velotaf et #mvos2019 sur Twitter par exemple), il est impossible de savoir combien ils sont exactement au Luxembourg.

Ces jours-ci, le Grand-Duché, pays de la petite reine, des frères Schleck et bientôt d'un vélodrome ultra design, en dénombre au moins 3.196. C'est en tout cas le nombre de salariés qui participent depuis le 15 mai 2019 au célèbre «Mam Vëlo op d'Schaff» («Au boulot en vélo»). Le chiffre évolue au fil des jours et de l'action qui dure jusqu'au 31 juillet.

Lancée dès 2012, la vaste action de sensibilisation organisée par le Verkéiersverbond (Communauté des transports) «vise à modérer l'usage individuel de la voiture en faveur du réflexe vélo et multimodal». Et ça roule plutôt bien. En 2018, pas moins de 3.694 vélotafeurs répartis au sein de 1.439 équipes ont pédalé pour «Mam Vëlo op d'Schaff» (MVOS) et ont parcouru 1.240.000 km à vélo épargnant ainsi 276.200 kg de CO2. La participation est en hausse continuelle.

Les kilomètres, les kilos d'oxygène emmagasinés pour la santé et le challenge lui-même, motivent les participants au Luxembourg pour pédaler jusqu'au bureau par tout temps. Depuis ce lundi 3 juin 2019, les parlementaires français sont saisis par le tentaculaire texte de loi sur les mobilités, qui promet des joutes autour de l'assouplissement des 80 km/h et dont un sujet phare est la création d'un forfait «mobilités durables».

Il permettra aux employeurs de rembourser à leurs salariés un montant maximum de 400 euros par an, pour encourager les déplacements domicile-travail à vélo ou en covoiturage. Ce forfait doit remplacer à partir du 1er janvier 2020 l'indemnité kilométrique vélo (IKV) de 25 cents créée en août 2015 par la loi de transition énergétique pour la croissance verte et versée par l'employeur.

«Nous voulons que ça bouge au Luxembourg»

Chez nos voisins belges, cette indemnité kilométrique octroyée par l'employeur aux salariés qui viennent au travail à vélo est de 24 cents. Elle est  exonérée d'impôts et de cotisations sociales et a surtout «pour objectif d'encourager un plus grand nombre de travailleurs à prendre le vélo».

«Au Luxembourg, il n'existe pas d'indemnité kilométrique. Nous avions proposé l'idée dans le cadre de la dernière réforme fiscale en 2017», assure Monique Goldschmit, présidente de l'influente LVI (Lëtzebuerger Vëlos-Initiativ) qui collabore régulièrement avec le ministère de la Mobilité et des Travaux Publics. Car «nous voulons que ça bouge pour aller au travail à vélo» mais la suggestion est restée lettre morte, regrette Monique Goldschmit qui ne baisse pas les bras.

Monique Goldschmit, présidente de la LVI
Monique Goldschmit, présidente de la LVI
Photo: Maurice Fick

Elle note toutefois l'effort fait par le gouvernement en place, qui a introduit depuis le 1er janvier 2019 «une prime pouvant aller jusqu'à 300 euros reversée en cash contre facture, pour l'achat d'un vélo neuf ou d'un pedelec limité à 25 km/h, tous les cinq ans. C'est la seule mesure allant dans ce sens, tout comme l'assouplissement du leasing de vélos pour les firmes».

Depuis le 1er janvier 2017, dans le cadre de la réforme fiscale, les vélos et pedelec 25 d'entreprise qui appartiennent à l'employeur ou qu'il prend en location ou en leasing  pour les mettre à disposition au salariés, sont non imposables.

Une voiture et un vélo de société chez PwC

«Nous avons pris une vingtaine de vélos en leasing mais c'est quelque chose qui tend à se développer», assure Dominique Laurent, managing director chez PwC Luxembourg où «une cinquantaine de salariés viennent quotidiennement au travail avec leur propre vélo» à leurs risques et périls.

La dangerosité de la circulation dans le quartier de la Cloche d'Or, en pleine mutation du côté du Ban de Gasperich, fait que pour l'heure «on ne pousse pas à outrance» dans la direction du vélotaf, «c'est plutôt un acte volontaire». Lorsque la piste cyclable sera terminée, le grand parc du Ban de Gasperich pour relier la Ville aménagée «on incitera un peu plus à aller dans ce sens», assure-t-il.

Photo: Guy wolff

Chez PwC Luxembourg, un «plan de déplacements entreprise» permet de gérer la mobilité et la maison d'audit ne lésine pas. En octobre 2018, elle «a financé par ses propres moyens et pour un montant important une station vel'oh! liée au réseau de la Ville de Luxembourg avec 20 slots et 10 vélos électriques», explique Dominique Laurent sans révéler le montant de la station «PwC» plantée devant la porte.

Il vient de recevoir son deuxième vélo chez PwC. Les salariés ont tous la possibilité d'utiliser leur budget voiture pour acheter un vélo, y compris  électrique, et l'utiliser comme moyen de transport: «On peut avoir un véhicule de société et obtenir un leasing pour le vélo sur son budget mobilité». C'est alors un vélo de société. Pas moins de 70 places de parking sont réservées aux vélos privés et aux vélos en leasing.

Depuis 2014, le Verkéiersverbond a réalisé plus de 70 plans de mobilité pour des entreprises et administrations demandeuses via son «mConcept». L'idée est de «changer les comportements de déplacement des employés et salariés. Le management de la mobilité est principalement fondé sur la sensibilisation par l'information et la communication d'alternatives, et intègre des mesures dites « softs », reposant souvent sur une réorganisation et des partenariats», résume le chargé de la planification de la mobilité. En 2020, la Communauté des transports prévoit de créer un site dédié rassemblant toutes les best practices et informations utiles sur les plans de mobilité entreprise.

Plus de 200 vélotafeurs à la BEI

Celui de la Banque Européenne d'Investissement installée sur plusieurs sites au Kirchberg porte ses fruits. La BEI a remporté en 2018 et en 2017, le «Golden Gear Award», le trophée à l'entreprise ou à l'institution qui a mobilisé le plus grand nombre d'employés à la compétition «Mam Vëlo op d'Schaff». Trustant la première place à la Cour de justice de l'Union Européenne (1ère en 2016), et se positionnant devant l'éternel 3e, le Parlement européen.

En 2018, la BEI a remporté le «Golden Gear Award».
En 2018, la BEI a remporté le «Golden Gear Award».
Photo: BEI

Le secret du vainqueur tient finalement dans une potion faite de peu d'ingrédients qui boostent en interne le vélotaf. «Notre première priorité est de soutenir l'objectif climatique. Il y a une grande cause écologique qui fédère le personnel», pose Sabine Parisse, en charge des relations publiques à la BEI, qui compte près de 3.000 employés au Luxembourg.

La banque européenne a aussi mis en place les infrastructures nécessaires pour favoriser les déplacements à vélo: des douches dans tous les bâtiments, des vestiaires équipés d'armoires individuelles, des chargeurs pour vélos électriques, des parkings vélos et même deux stations de réparation dans ses deux principaux bâtiments.  

Mais le moteur de cette entreprise reste ceux qui pédalent par conviction. Comme José Manuel Jimenez Gonzalez, qui montre l'exemple depuis des années et anime, entre autres, la flamme du vélo dans une banque qui dispose même d'un club de vélo. La BEI compte bien passer la barre des 200 vélotafeurs au MVOS version 2019.