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Le tram à l'épreuve de la Schueberfouer

Le tram à l'épreuve de la Schueberfouer

Photo: Maurice Fick
Luxembourg 5 min. 28.08.2018

Le tram à l'épreuve de la Schueberfouer

Pour le tout jeune tram de Luxembourg, les vingt jours de la Schueberfouer représentent un véritable «baptême du feu». Pour la première fois, les rames circulent sur une seule voie, dans les deux sens! La «zone rouge» de l'Allée Scheffer, où le tram croise des milliers de piétons tous les jours, fait l'objet de toutes les attentions. Conducteurs de rames et agents de la Ville sont sur le qui-vive.

Inauguré le 10 décembre 2017 par le couple grand-ducal et reliant depuis le 27 juillet 2018 Luxexpo à la Place de l'Etoile, le tram de Luxembourg, passe depuis le coup d'envoi de la Schueberfouer 2018 et jusqu'au 11 septembre sa première véritable épreuve en conditions «tendues» sur une longue période, soit vingt jours.

Amputé d'une de ses deux voies entre l'arrêt «Theater» et l'arrêt «Faïencerie», le tracé du tram est modifié durant toute la Schueberfouer et ses rames passent a proximité immédiate -moins d'un mètre parfois- de l'arrière des stands des camelots qui s'égrènent le long de l'Allée Scheffer.

Photo: Maurice Fick

La «grande nouveauté» de cette Schueberfouer 2018 n'est pas sans danger. Pour les conducteurs des rames qui devront être très vigilants. Mais aussi pour les centaines de milliers de visiteurs qui se rendent à la Schueberfouer en traversant les rails du tram pour la première fois.

Pour concilier au mieux la demande pressante des forains de conserver la «rue des camelots» sur la partie haute de la foire et le passage des rames, «les trams doivent tous passer par la seule voie qui reste. En montée comme en descente», résume Carlo Hentzen, directeur d'exploitation de luxtram.

Cette «voie unique temporaire» (VUT dans le jargon tramway) est délimitée par deux aiguillages. Le premier est placé devant le Grand Théâtre et le second juste avant l'arrêt «Faïencerie», au croisement de l'avenue éponyme avec l'Allée des résistants et des déportés. A peu près 450 mètres de tracé qui ne changent rien pour les rames qui descendent du Kirchberg vers la ville mais qui changent tout pour les rames qui remontent de la Place de l'Etoile en direction du Kirchberg. Elles doivent passer sur l'autre voie.

Photo: Maurice Fick

Comment ça marche?

Pour que les rames descendantes et montantes puissent partager ces 450 mètres de voie dans les deux sens «un poste de régulation au Kirchberg veille au fait que les rames arrivent au bon moment et au bon endroit. Et la signalisation lumineuse fait qu'il ne peut y avoir qu'une seule rame en VUT», explique Carlo Hentzen.

En pratique, un conducteur de rame qui arrive à l'arrêt «Faïencerie»«demande l'autorisation de passer dans la VUT et l'automate de sécurité vérifie qu'aucun autre tram ne soit engagé. La même logique s'applique dans le sens inverse. C'est le principe, que tout le monde connaît, des feux de chantier sur la route», résume le directeur d'exploitation de luxtram.

Photo: Maurice Fick

L'autre secret pour prévenir tout accident, c'est la vitesse du tram. Elle est drastiquement réduite tout le long de la Schueberfouer. Normalement, la fréquence des trams est de 6 minutes entre Luxexpo et la Place de l'Etoile. «On sait faire du 6 minutes avec la VUT mais c'est limite parce que la configuration d'arrivée des trams change», sait bien Carlo Hentzen. 


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Avec la proximité immédiate de la Schueberfouer, les trams roulent surtout plus lentement: «En marche normale le tram circule à 40 km/h mais vu qu'il y a des mouvements de personnes permanents on est passé sous la barre des 20km/h avec la Schueberfouer», assure le directeur d'exploitation de luxtram.

Piétons: des réglages restent à faire

A tous les carrefours où tram et visiteurs de la Schueberfouer se croisent, des agents de la Ville de Luxembourg assurent tous les jours la sécurité des piétons entre 11 heures et 1 heure, voire 2 heures du matin les vendredis et samedis.

Depuis l'ouverture de la foire jeudi, «j'ai déjà retenu deux personnes par le bras», pour éviter une collision avec le tram, témoigne l'agent «1125» en précisant d'emblée que la configuration des passages et des dangers encourus pour les piétons varient tout au long du périmètre de la foire qui flirte avec le tracé du tram.

L'ennui principal pour le piéton est l'absence de synchronisation entre les signaux qui lui permettent de traverser la voie du tram d'une part, et la chaussée d'autre part. Alors même que voie et chaussée se jouxtent et laissent, par endroit, peu d'espace pour s'arrêter en toute sécurité.

Photo: Maurice Fick

«Le tram devrait sonner plus souvent», estime Patricia, l'agent en charge du carrefour que forment l'Allée Scheffer et la Rue Jean l'Aveugle. Son collègue, l'agent «1125», posté durant 8 heures au carrefour de l'Allée Scheffer et de l'Avenue de la Faiëncerie souffle: «C'est impressionnant les tracas que je rencontre ici». A tout moment, des visiteurs pressés tentent, sans aucune visibilité, de traverser la voie du tram alors même que les deux bonshommes du feu sont au rouge! Ce qui a le don d'agacer sérieusement notre agent, d'autant lorsqu'il s'agit de parents qui accompagnent leurs enfants.

«Quand c'est rouge, il faut s'arrêter!» lance l'agent régulièrement. Les passants sont confus mais aussi déboussolés par les deux systèmes de feux qui se succèdent sans qu'il n'y ait de cohérence dans le déroulé du passage, ni dans les signaux. Pour passer la voie du tram, le piéton doit attendre l'extinction des deux bonshommes rouges. Pour traverser ensuite la chaussée, il doit patienter que le bonhomme passe au vert. Le tout avec cet appel aimanté que lui lance la foire à tout bout de champ.