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Le tarif, souci à double tranchant des psychothérapeutes
Luxembourg 5 min. 26.09.2022
Santé mentale

Le tarif, souci à double tranchant des psychothérapeutes

Couvrir ses frais, mais ne pas faire du coût un frein pour les patients. Tel est le dilemme auquel font face les psychothérapeutes indépendants du pays.
Santé mentale

Le tarif, souci à double tranchant des psychothérapeutes

Couvrir ses frais, mais ne pas faire du coût un frein pour les patients. Tel est le dilemme auquel font face les psychothérapeutes indépendants du pays.
Photo: Alex Green/Pexels
Luxembourg 5 min. 26.09.2022
Santé mentale

Le tarif, souci à double tranchant des psychothérapeutes

Anne-Sophie DE NANTEUIL
Anne-Sophie DE NANTEUIL
175 euros la séance. Si ce coût est considéré comme justifié par la plupart des psychothérapeutes, rares sont néanmoins ceux à l'appliquer, en l'absence de prise en charge par la Caisse nationale de santé. Explications.

Le remboursement des psychothérapies continue de faire couler de l'encre. En cause, le coût. Alors que la Fapsylux recommande de facturer 175 euros la séance, la CNS juge, elle, le tarif trop élevé. Mais si la plupart des psychothérapeutes considèrent celui-ci «légitime», rares sont néanmoins ceux à l'appliquer. 


Le remboursement des psychothérapies au point mort
Alors que les négociations pour la prise en charge à 100% des thérapies s'éternisent, la caisse nationale de santé annonce, ce mardi, l'échec des pourparlers.

À l'image de Magali Cahen. La psychothérapeute, exerçant dans la capitale, demande ainsi 120 euros par consultation. Objectif : rendre la thérapie accessible au plus grand nombre. Ou du moins, ne pas faire du tarif un obstacle. Mais financièrement, difficile de s'y retrouver pour ces professionnels, entre le travail en amont et les frais annexes.

Des séances soumises à TVA

Loyer, téléphone, assurances ou encore formations, matériel informatique et thérapeutique... En décembre dernier, un sondage de la Fapsylux a estimé les dépenses des psychothérapeutes indépendants à quelque 30.000 euros par an en moyenne. Soit pas moins de 2.500 euros par mois. 

Une somme conséquente à laquelle s'ajoutent encore les charges sociales, «mais aussi la TVA», rappelle un autre psychothérapeute, exerçant en libéral, qui préfère rester anonyme. Plus concrètement, cela signifie qu'au-delà d'un certain nombre d'heures par semaine, une taxe de 17% est appliquée. Sur une séance à 175 euros, cela représente ainsi quelque 30 euros dans la poche de l'administration de l'enregistrement, des domaines et de la TVA (AED). Résultat: un revenu net qui se réduit comme peau de chagrin.


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Un triste constat que fait également Magali Cahen. «Mon salaire reste assez bas», confie la psychothérapeute. Alors malgré des demandes de rendez-vous en cabinet qui «ne cessent d'augmenter», elle a pris la décision, l'an dernier, de réduire son activité de 50% et de travailler à mi-temps en tant que salariée.  

Pas une question de revenu

Mais la question du coût n'est pas l'apanage des seuls professionnels. Il constitue aussi un frein pour les patients. «En général, une psychothérapie dure en moyenne entre 20 et 30 séances», précise Christine Arendt. Si elle se refuse à suivre les recommandations tarifaires de la Fapsylux, cela reste un «budget conséquent».

Car à 175 euros la séance, cela représente donc entre 3.500 à 5.250 euros à débourser. Si les patients les moins aisés se trouvent inévitablement les premiers touchés, «ce n'est pas une question de revenus», prévient Hervé Hanon. «Certains ne sont juste pas prêts à investir cet argent-là pour leur santé mentale». 

Aussi, à défaut d'un remboursement de la CNS, certains patients préfèrent espacer les séances, voire abandonner en cours de route. «Inévitablement, cela a un impact sur la prise en charge», regrette le psychothérapeute.


CNS
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Si certaines complémentaires santé - à l'instar de la DKV - prennent en charge une partie des frais, le remboursement à 100% des thérapies par la CNS, lui, tarde à se mettre en place. Mi-septembre, la Caisse nationale de santé avait en effet porté un brutal coup d'arrêt aux négociations avec la fédération des associations représentantes des psychothérapeutes (Fapsylux) avant d'annoncer, une semaine plus tard, la mise en place d'une médiation afin de débloquer la situation «le plus tôt possible». 

De l'autre côté des frontières, le sujet reste lui aussi en débat. Dans l'Hexagone, le président français Emmanuel Macron a ainsi ouvert la voie - l'an passé - au remboursement des séances de psychothérapie. Si le calendrier reste encore à préciser, celles-ci devraient donc être prochainement prises en charge par l’assurance maladie. A condition, toutefois, qu'elles aient été prescrites par un médecin. Quant à la Belgique, seuls les professionnels conventionnés offrent une possibilité d'une prise en charge.

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