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Le sort bien incertain réservé aux Afghanes
Luxembourg 4 min. 19.08.2021
Urgence humanitaire

Le sort bien incertain réservé aux Afghanes

Avant l'arrivée des talibans, le pays comptait 4 millions de filles scolarisées. Vont-elles encore être admises dans le futur système éducatif mis en place?
Urgence humanitaire

Le sort bien incertain réservé aux Afghanes

Avant l'arrivée des talibans, le pays comptait 4 millions de filles scolarisées. Vont-elles encore être admises dans le futur système éducatif mis en place?
Photo : AFP
Luxembourg 4 min. 19.08.2021
Urgence humanitaire

Le sort bien incertain réservé aux Afghanes

La prise de pouvoir des talibans relance les inquiétudes sur le devenir des libertés des femmes de Kaboul et des provinces voisines. Des craintes qui font réagir au Luxembourg.

(pj avec Tammy SCHMIT) L'attention immédiate, en Afghanistan, se focalise sur le rapatriement d'urgence des Occidentaux et des Afghans ayant pu servir la cause d'ONG et autres institutions mondiales. Mais déjà bien des défenseurs des droits de l'homme, des droits LGBTQ+ ou des libertés des femmes s'inquiètent de ce retour des talibans. Certes, le discours officiel se veut réconfortant, mais quelle sera la réalité de demain notamment sur le rôle réservé aux femmes? Interrogée par le Luxemburger Wort, la ministre Taina Bofferding (LSAP) ne cache pas ses préoccupations.


L'armée luxembourgeoise n'a plus de soldats à Kaboul
Les derniers militaires luxembourgeois ayant pris part à des missions en Afghanistan sont rentrés en mai dernier. Mettant ainsi un terme à 17 ans de participation à des opérations dans le pays.

Pour la ministre de l'Egalité entre les femmes et les hommes, le passé a montré combien les islamistes afghans pouvaient se montrer cruels avec les femmes. Cette fois, ils annoncent autoriser encore celles-ci à travailler, par exemple. A voir si la promesse sera tenue, si le régime de la charia s'impose à nouveau. «Cela signifierait que femmes et filles n'auront jamais une position égale dans la société. C'est pourquoi nous ne devons pas être aveuglés par les déclarations actuelles». 

Déjà 50 millions d'euros d'assistance

Aux yeux de Taina Bofferding, il apparaît ainsi essentiel de veiller au sort réservé aux femmes, et continuer à soutenir le rôle des organisations d'aide présentes dans le pays face aux ultra-rigoristes. Déjà Franz Fayot, en tant que ministre de la Coopération et de l'Action humanitaire, a fait savoir justement que le Luxembourg n'avait pas l'intention de couper les subsides versés aux acteurs de terrain. 

Le ministre Fayot rappelle au passage qu'en 2021 le pays avait déjà pour 2,35 millions d'euros de projets en Afghanistan. Entre 2001 et 2020, la coopération luxembourgeoise a dépensé 48 millions d’euros en Afghanistan, par le biais d’agences onusiennes et d’ONG internationales. 

Parmi les militants luxembourgeois des droits des femmes, la sidération règne aussi. A l'exemple de Claire Schadeck, chargée de mission au CID Fraen an Gender. Pour elle, il y a peu d'espoir que les femmes conservent leurs droits, durement acquis. Déjà, de nombreuses Afghanes s'expriment sur les réseaux sociaux ou auprès de la BBC pour témoigner qu'elles se voient refuser l'accès à l'université ou à leur emploi... D'autres ont déjà été renvoyées de leur poste par les talibans. 

Dans les propos de Milena Steinmetzer, militante luxembourgeoise des droits des femmes, les craintes sont tout aussi perceptibles. «Lorsque les femmes sont mariées de force ou perdent leur droit à l'éducation, il s'agit d'un revers majeur pour les droits humains», rappelle-t-elle. Et de souligner que l'idéologie talibane est, par nature, «misogyne». L'arrivée des talibans intervient alors que le pays se targuait d'avoir désormais 4 millions de filles scolarisées, du jamais-vu. Ces dernières années, des femmes avaient même pu être nommées à des postes de responsable politique, d’agent de police, de pilote, de juge ou de gouverneur. 


Accueil des réfugiés a la Mosquée de Mamer le 27/09/2015 photo Tania Bettega
Les exilés afghans au cœur d'un «flou juridique»
Alors que Jean Asselborn voit dans l'accueil de certains Afghans «une obligation morale», l'association Passerell l'appelle à revoir sa politique d'accueil. Selon elle, le tri des demandes de protection suivant la province de résidence «n'a pas de sens».

Pour soutenir les Afghanes, depuis le Grand-Duché, plusieurs voies s'offrent. Pour Claire Schadeck, il est important de maintenir la pression sur le gouvernement luxembourgeois. Cela afin que celui-ci soit attentif et réactif à tout retour en arrière sur la situation des femmes afghanes. Il est également possible de verser de l'argent à des organisations reconnues pour leur rôle positif comme WAW (Women for afghan women) ou l'AWEC (Afghan women's educational center ». 

Dans les circonstances actuelles, Milena Steinmetzer rappelle combien il lui semble important que l'Europe revoie sa politique migratoire à l'égard des ressortissants afghans. Les demandes d'asile, repoussées jusque-là, doivent être révisées.

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