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«Le social ne peut pas être une variable d'ajustement»
Luxembourg 4 min. 04.02.2021 Cet article est archivé

«Le social ne peut pas être une variable d'ajustement»

Ne pas s'occuper des questions sociales maintenant «serait une erreur», estime Nicolas Schmit, commissaire européen à l'Emploi et aux Droits sociaux.

«Le social ne peut pas être une variable d'ajustement»

Ne pas s'occuper des questions sociales maintenant «serait une erreur», estime Nicolas Schmit, commissaire européen à l'Emploi et aux Droits sociaux.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 4 min. 04.02.2021 Cet article est archivé

«Le social ne peut pas être une variable d'ajustement»

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
Début mars, Nicolas Schmit, commissaire européen à l'Emploi et aux Droits sociaux, présentera officiellement un plan d'action destiné à renforcer l'aspect social de la politique européenne. Explications.

Comme dans beaucoup de domaines, la crise sanitaire a accéléré les inégalités déjà présentes. Comment envisagez-vous de contrebalancer les effets des politiques menées jusqu'à présent pour renforcer les droits sociaux dans l'UE?

Nicolas Schmit - «Nous sommes en effet dans une crise sanitaire qui a provoqué une crise sociale majeure qui elle-même fait que les inégalités se creusent de manière encore plus rapide. Il est donc tout à fait approprié, et même nécessaire, de s'occuper de cette question maintenant. Ne pas le faire serait une erreur, surtout que pendant des années, voire presque des décennies, nous avons préconisé la rentabilité à tout va. Je me rappelle qu'au Luxembourg nous criions victoire quand nous pouvions supprimer des lits dans les hôpitaux puisque la rentabilité était l'objectif prioritaire. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Raison pour laquelle nous devons faire des investissements sociaux.


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C'est cela, selon vous, la principale leçon de cette crise? Se rendre compte que la rentabilité à tout prix ne constitue pas un but en soi?

«Je dirais que c'est la leçon que nous ne voulions pas entendre avant la crise. J'ai toujours pensé qu'on avait besoin d'une politique sociale en parallèle d'une politique économique, mais que le social ne peut pas être une variable d'ajustement.

Sur le plan émotionnel et économique, ce sont les plus jeunes qui ont été et qui sont encore les plus impactés par la crise. Le plan d'action que vous défendez constitue-t-il la réponse absolue à un phénomène qui risque d'impacter une génération?

«La réponse absolue n'existe pas. Ce que je peux dire, c'est que la Commission a réagi de manière rapide pour apporter une réponse aux difficultés des jeunes. Dès le mois de juillet 2020. Alors même qu'il faut bien être conscient que la Commission ne peut pas tout faire. Sur cette question, le diagnostic était clair: il fallait mettre de l'argent sur la table et nous y avons mis près de 22 milliards d'euros qui doivent être rapidement utilisés pour la formation et l'apprentissage, pour la création d'emplois mais aussi pour soutenir ceux qui sont en détresse, notamment les étudiants. C'est le plan global que les Etats devront mettre en oeuvre.


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Comment allez-vous veiller à ce que ce plan soit appliqué le mieux possible dans tous les Etats membres, alors que la défiance vis-à-vis de Bruxelles ne s'est pas calmée depuis un an?

«Cela passe par l'explication et le dialogue. Car l'approche qui consiste à appliquer les politiques qui viennent d'en haut, qui s'imposent, ne fonctionne pas. Dialoguer avec les Etats membres qui ont des systèmes sociaux, des cultures et des traditions très divers, mais aussi avec les partenaires sociaux. Car notre objectif ultime est la convergence et non la concurrence. Nous n'allons pas sortir de cette crise en opposant les uns aux autres mais en ayant un dialogue social fort, où toutes les parties sont prêtes à accepter le fait qu'il faut évoluer. Et donc faire des concessions.

Enfin, il ne vous a bien évidemment pas échappé que la question du harcèlement au travail était revenu sur le devant de la scène au Luxembourg ces derniers jours, via le cas Monica Semedo. En tant qu'ancien ministre du Travail, avez-vous des données concrètes sur ce phénomène?

«Lorsque j'étais au gouvernement, je m'occupais beaucoup de ce sujet et étais pour cela en contact avec une association (Mobbing asbl, ndlr) qui venait en aide aux victimes. Des cas qui pouvaient aller jusqu'au suicide. Ce n'est donc pas un thème comme un autre, présent au Luxembourg, et des pratiques contre lesquelles il faut lutter impitoyablement. Il n'existe aucune excuse, dans aucun contexte. Je ne suis d'ailleurs jamais parvenu à faire passer une loi sur le mobbing. Le Luxembourg dispose d'un texte sur le harcèlement sexuel, mais pas sur le harcèlement moral, alors que c'est un élément protecteur nécessaire. Aussi bien pour les salariés que pour les entreprises.

Pourquoi cet échec? D'où venaient les blocages?

«C'était difficile. J'essayais de pousser au début et puis nous n'y sommes jamais arrivés. Même s'il y avait une proposition de loi. Les blocages étaient nombreux...»

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