Changer d'édition

Le secteur de la restauration cherche en vain du personnel
Luxembourg 6 min. 11.06.2022
Horesca au Luxembourg

Le secteur de la restauration cherche en vain du personnel

De nombreux employés du secteur de la restauration ont cherché un autre emploi pendant la crise sanitaire.
Horesca au Luxembourg

Le secteur de la restauration cherche en vain du personnel

De nombreux employés du secteur de la restauration ont cherché un autre emploi pendant la crise sanitaire.
Photo: Anouk Antony
Luxembourg 6 min. 11.06.2022
Horesca au Luxembourg

Le secteur de la restauration cherche en vain du personnel

Nadia DI PILLO
Nadia DI PILLO
Les restaurateurs sont désespérés : après les clients, ce sont maintenant les serveurs et les cuisiniers qui font défaut.

Thomas Xiberras travaille depuis 20 ans dans la restauration au Luxembourg, il se donne corps et âme à son métier. Après une pause pendant la période difficile de la pandémie, il a repris le travail et vit aujourd'hui une crise comme il n'en a jamais connue. Après les clients, ce sont maintenant les employés qui font défaut. «C'est très grave», dit-il. «De nombreux collègues ont changé de travail et ne reviendront pas». Pour lui et son équipe, cela signifie plus de travail et plus de stress.


In Luxemburg serviert der Gastronom japanische Küche.
Deux nouveaux restaurants étoilés par le guide Michelin
La grand-messe de la gastronomie belge et luxembourgeoise a récompensé les meilleures adresses de Belgique et du Luxembourg ce lundi. Retour sur les meilleures «pépites» honorées par le célèbre guide culinaire.

«La situation est assez dramatique», affirme de son côté Jean S., gérant du restaurant Le Rabelais à Luxembourg-Ville. «Le marché est mort, personne ne se présente». Même les étudiants ne postulent pas. «Personne ne passe. Beaucoup de jeunes n'ont pas envie de travailler, ils préfèrent manifestement percevoir des allocations de chômage plutôt que de gagner 200 ou 300 euros de plus par mois. Un candidat m'a dit une fois : 'J'aimerais bien avoir des horaires de bureau et travailler de 10 à 16 heures'». Si rien n'est fait, «le métier est fini». 

Photo: Anouk Antony

Pour le gérant de la place d'Armes mais aussi pour ses clients, ce manque de personnel a des conséquences : «Nous n'avons ouvert que la moitié de la terrasse, 45 tables au lieu de 80». Il lance un appel urgent à la politique : prendre enfin des décisions claires ! «J'ai expliqué au ministre des Classes moyennes Lex Delles où se situaient exactement les problèmes et sa réponse a été : «Ah, ça va aller !» 

«Ils sont devenus chauffeurs de bus»

Pierre Godin ressent lui aussi la pénurie de personnel dans le secteur. Il est gérant d'une célèbre brasserie de la place d'Armes. «Cinq ou six employés de plus seraient certainement les bienvenus ici», dit-il. Mais depuis le début de la pandémie, il est encore plus difficile de les trouver qu'auparavant. Personne ne répond aux annonces. 

Après les confinements, le secteur n'a pas pu récupérer les collaborateurs perdus, qui ont migré vers d'autres secteurs économiques, avec des horaires moins contraignants. «Ils ont trouvé un emploi comme chauffeur de bus ou de camion, ou comme manutentionnaire», explique le manager. «Ils ne veulent plus travailler le week-end ou tard le soir»

Un secteur trop incertain

L'école hôtelière ne peut pas faire grand-chose pour remédier à cette pénurie. «La capacité est d'environ 1.000 places, mais seulement un quart de la capacité maximale se lancent ces derniers temps dans une formation dans la restauration. Le nombre d'élèves est en baisse depuis des années». 

A cela s'ajoute le fait que le secteur de la restauration employait également des intérimaires, ce qui était un gros désavantage pour les personnes engagées comme telles lors du lockdown, car ces emplois ne pouvaient pas être conservés par le biais du chômage partiel. Ils ne sont pas revenus, car le secteur est devenu trop incertain pour beaucoup. 

Le robot, ami ou ennemi ? 

Autre piste étudiée: faire venir de la main-d'œuvre qualifiée de l'étranger. «Nous y avons pensé, mais les prix de l'immobilier dissuadent les professionnels de venir dans le pays», dit Pierre Godin en souriant. «Bientôt, on utilisera des robots dans la restauration, ils feront eux-mêmes le travail en cuisine !» 

Le Luxembourg n'est pas seul à connaître ce phénomène : en France et chez les voisins allemands, les restaurants ont entre-temps adapté leurs horaires d'ouverture et restent plus souvent fermés en raison du manque de personnel. En Asie et aux États-Unis, les établissements sont confrontés à des problèmes similaires - et ils tentent effectivement de les résoudre par l'automatisation et la numérisation. 


KFC débarque au Luxembourg et ouvre deux restaurants
Le géant du fast-food Kentucky Fried Chicken (KFC), spécialisé dans la volaille, fera bientôt son entrée sur le marché luxembourgeois.

En Chine, on mise de plus en plus sur des solutions numériques et des machines dans les grandes métropoles : des robots de service préparent le café ou des robots serveurs sur roues prennent la commande. Aux États-Unis, face à la situation tendue sur le marché du travail, les grandes chaînes de restauration rapide utilisent des robots en cuisine. 

Et le Luxembourg ? Un professionnel du secteur estime que l'automatisation croissante dans le secteur de la restauration peut certes être une réponse au manque de personnel, mais seulement dans quelques sous-secteurs d'activité. «On ne peut pas remplacer le cuisinier. Je peux vous l'affirmer, étant dans le secteur depuis de nombreuses années. Nous cuisinons tous les jours des produits frais ou des produits de saison. Les robots ne pourront pas maîtriser cette tâche».

«Plus que 400 saisonniers» 

«Au Luxembourg, le marché est au point mort», confirme François Koepp, secrétaire général de l'Association des hôteliers, restaurateurs et cafetiers (Horesca). Selon lui, les réserves de la Grande Région sont épuisées. «Si le climat économique reste inchangé jusqu'à la fin de l'année, il manquera environ 2.000 professionnels», a-t-il calculé. 

"Le gros souci, c'est le marché du logement", dit François Koepp.
"Le gros souci, c'est le marché du logement", dit François Koepp.
Photo: Luc Deflorenne

Les intérimaires tels que les élèves et les étudiants se sont considérablement raréfiés. Même les travailleurs saisonniers ne sont plus un soutien important. «Je crois que le Luxembourg n'a plus que 400 saisonniers». Que peut-on faire alors pour rendre les emplois dans la restauration plus attrayants ? 

«Le gros souci, c'est le marché du logement, c'est clair». Seul le gouvernement peut résoudre ce problème. Faire venir de la main-d'œuvre qualifiée des pays voisins directs n'est pas une alternative : «Là-bas aussi, les salaires sont en train d'augmenter». 

A partir d'octobre, le salaire minimum légal en Allemagne sera par exemple relevé. «De nombreux collaborateurs retourneront alors probablement dans leur pays, car le travail au Luxembourg n'est plus rentable. Là-bas aussi, il y a finalement un grand manque de personnel». 

Mettre en place de nouveaux modèles

Pour François Koepp, la solution doit venir de la formation des plus jeunes et des personnes immigrées en provenance de pays tiers. «Il faudrait par exemple réfléchir à la manière de former du personnel au Cap-Vert pour ensuite faire venir du personnel qualifié dans nos entreprises». 

Si le climat économique reste inchangé jusqu'à la fin de l'année, il manquera environ 2.000 professionnels

François Koepp, secrétaire général de l'Association des hôteliers, restaurateurs et cafetiers

Mais la question du logement doit également être résolue en parallèle. Outre l'immigration, Koepp considère que les nouveaux modèles de temps de travail et les modèles alternatifs constituent une proposition de solution. «Nous devons modifier notre législation, introduire de nouveaux modèles, sans pour autant retomber immédiatement dans quelque chose où il faudrait payer des frais supplémentaires pour tout. Modifier la répartition du temps de travail serait un bon moyen de fidéliser le personnel».

Cet article a été publié pour la première fois sur www.wort.lu/de

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Les vacances scolaires approchent, période propice pour les jeunes, les étudiants en particulier, pour occuper un emploi saisonnier. Mais, à l'image du marché global du travail, certains secteurs d'activités peinent à recruter pour l'été.
Pour la première fois depuis le mois d'avril, le secteur de l'Horeca est celui où le nombre de postes à pourvoir est le plus important.
Démotivation, fatigue, envie de changements professionnels : la crise covid se traduit chez les salariés par de nombreuses remises en question. Après la houle virale, l'économie luxembourgeoise doit-elle craindre une vague de départs?
ILLUSTRATION - Zum Themendienst-Bericht vom 12. November 2020: Alles gleichgültig: Haben Mitarbeiter innerlich gekündigt, braucht es oft ein klärendes Gespräch mit der Führungskraft, um den Ursachen auf die Spur zu kommen. Foto: Klaus-Dietmar Gabbert/dpa-tmn - Honorarfrei nur für Bezieher des dpa-Themendienstes +++ dpa-Themendienst +++
Economiste mondialement reconnue, Christina Gathmann vient de prendre la tête du département dédié au marché du travail au sein du Liser. L'occasion d'évoquer avec elle les conséquences de la crise sanitaire et de la digitalisation.