Changer d'édition

Le risque de pauvreté continue d'augmenter au Luxembourg
Luxembourg 6 min. 12.06.2022
Panorama social

Le risque de pauvreté continue d'augmenter au Luxembourg

Le Luxembourg détient le record du plus haut taux de pauvreté au travail de la zone euro.
Panorama social

Le risque de pauvreté continue d'augmenter au Luxembourg

Le Luxembourg détient le record du plus haut taux de pauvreté au travail de la zone euro.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 6 min. 12.06.2022
Panorama social

Le risque de pauvreté continue d'augmenter au Luxembourg

Mélodie MOUZON
Mélodie MOUZON
La richesse du pays est de plus en plus inégalement répartie au sein de la population, selon le dernier Panorama social de la Chambre des salariés. Le Luxembourg figure parmi les plus mauvais élèves européens au niveau des inégalités sociales et économiques.

Le risque de pauvreté s'accentue au Luxembourg et les travailleurs «pauvres» sont de plus en plus nombreux. Tel est le constat que dresse la Chambre des salariés dans son dernier Panorama social. Car le Grand-Duché a beau être l'un des pays les plus économiquement avancés du monde et connaître un niveau de PIB par tête parmi les plus élevés, cela n'empêche pas d'en faire l'un des plus mauvais élèves de la zone euro en ce qui concerne les inégalités sociales et économiques.


WI,Working Poor.Caritas-Buttik.Gare rue Michel Welter. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Un travailleur luxembourgeois sur dix est pauvre
Le Luxembourg est le deuxième pays de l'UE, derrière la Roumanie, où le risque de pauvreté professionnelle est le plus élevé. L'inflation aggrave-t-elle la situation?

Tout le monde n'est en effet pas logé à la même enseigne dans le pays. La richesse du pays est de plus en plus inégalement répartie au sein de la population et risque, à terme, de nuire à la «cohésion sociale», comme l'a précisé Nora Back, la présidente de la CSL. «Ces inégalités s’exercent dans tous les domaines de la vie quotidienne : emploi, santé, logement, enseignement, patrimoine… et ont tendance à se cumuler, à se renforcer mutuellement et à se reproduire de génération en génération», souligne le Panorama social. 

Stabilisation des inégalités

La première source d’inégalités provient de la répartition primaire des revenus entre les personnes détentrices du capital et les individus qui n’ont pour seuls revenus que ceux provenant de leur travail, souligne le Panorama social.  

Point positif cependant: ces inégalités ne se sont pas renforcées en 2020, elle se sont au contraire stabilisées. Cependant, on constate déjà une hausse au premier semestre 2021 pour les personnes sans emploi, les femmes et les personnes à faible niveau d’éducation.  

En ce qui concerne le taux de risque de pauvreté, il n'a cessé de progresser au fil des années, surtout depuis le milieu des années 2000. Les plus exposés sont les ménages monoparentaux et les ménages avec trois enfants ou plus à charge. Près de la moitié des familles nombreuses et des familles monoparentales ont quant à elles des difficultés à boucler leur fin de mois. 

Le logement pèse lourd

Le Panorama social de la Chambre des salariés révèle aussi que «le poids du logement dans le revenu est une source majeure d'inégalités». En 2020, plus d'un ménage sur trois (35,5%) faisait face à des charges financières particulièrement lourdes liées au logement. En moyenne, les locataires consacrent 30% de leur revenu au paiement du loyer. Il n'est donc pas étonnant de retrouver le Luxembourg dans le classement des pays de la zone euro ayant un taux de risque de pauvreté des locataires parmi les plus élevés (31%). 

Le Luxembourg marque par contre des points en matière d'emploi. Ce dernier n'a cessé de progresser ces dernières années au Grand-Duché, même durant la pandémie. «Au sein de la zone euro, le Luxembourg est l’un des rares pays à connaître une création d’emplois ininterrompue depuis le début du XXIe siècle», rappelle Nora Back. 

Les travailleurs pauvres en hausse

Le taux de chômage, qui avait explosé en 2020 suite à la pandémie, est retombé à son niveau d'avant-crise sanitaire. Pour autant, tout n'est pas rose sur le marché de l'emploi luxembourgeois. Le taux de chômage est ainsi trois fois plus importants chez les jeunes et une partie importante des demandeurs d'emploi sont à la recherche d'un travail depuis plus d'un an, selon les derniers chiffres de l'Adem.


Le secteur de la restauration cherche en vain du personnel
Les restaurateurs sont désespérés : après les clients, ce sont maintenant les serveurs et les cuisiniers qui font défaut.

Le Luxembourg est par ailleurs l'un des pays européens qui protège le moins les demandeurs d'emploi face au risque de pauvreté. Plus d'un chômeur grand-ducal sur deux se situe sous le seuil de risque de pauvreté. 

Le fait d'avoir un emploi ne met pas non plus les résidents à l'abri de la précarité. Le Luxembourg détient ainsi le triste record du taux de pauvreté au travail le plus élevé de la zone euro (11,9%). Une pauvreté «laborieuse» qui est en augmentation constante depuis 2020.

Un nouveau clivage

La généralisation du télétravail depuis la pandémie a fait également émerger un nouveau clivage au sein de la «classe laborieuse» entre les télétravailleurs réguliers et ceux qui sont contraints de se rendre physiquement sur leur lieu de travail au quotidien. Pour les premiers, le travail à domicile ne représente pas forcément la panacée, comme le souligne la présidente de la Chambre des salariés, «du fait notamment des risques de surcharge de travail et de surexposition aux communications numériques accrus.»

Le Panorama social se penche enfin sur le bien-être au travail et la santé mentale des travailleurs. Depuis 2020, le constat fait état d'une dégradation à ce niveau. Le dernier «Quality of Work Index 2021» révélait ainsi que la crise sanitaire a rendu plus visible et plus pesant le déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée, faisant augmenter les risques de burn-out et dégradant la motivation des travailleurs.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Economiste chez Idea, think tank associé à la Chambre de commerce de Luxembourg, Vincent Hein vante la résilience de l'économie luxembourgeoise malgré la crise, mais reste toutefois prudent et assure que «la partie n'est pas gagnée.»
Thionville, Diedenhofen, A31,  Autobahn, Stau, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
La Chambre des Salariés du Luxembourg publie ce mardi son «panorama social 2019». Le bilan annuel constate des inégalités sociales et salariales toujours croissantes entre salariés, apprentis et retraités.
Le Luxembourg se porte bien sur le plan économique. Depuis des années, l'emploi progresse régulièrement. Même en pleine crise économique, de nouveaux emplois étaient créés, davantage que dans les autres pays d'Europe. Depuis 2009, l'emploi au Grand-Duché a progressé d'au moins 16%.
La pauvreté des enfants a augmenté dans 23 pays entre 2008 et 2012. Au Luxembourg, elle touchait auparavant un enfant sur cinq, elle touche désormais plus d'un enfant sur quatre. En quatre ans, 2,6 millions d’enfants sont tombés sous le seuil de pauvreté dans les pays riches, ainsi que l'indique le dernier rapport de l'organisation.