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«Le risque d'exploitation des réfugiés ukrainiens est réel»
Luxembourg 8 min. 29.03.2022 Cet article est archivé
Aussi au Luxembourg

«Le risque d'exploitation des réfugiés ukrainiens est réel»

Les pays limitrophes de l'Ukraine ont déjà signalé des tentatives d'exploitation ou de traite, mais également dans des pays plus proches du Luxembourg.
Aussi au Luxembourg

«Le risque d'exploitation des réfugiés ukrainiens est réel»

Les pays limitrophes de l'Ukraine ont déjà signalé des tentatives d'exploitation ou de traite, mais également dans des pays plus proches du Luxembourg.
Photo: AFP
Luxembourg 8 min. 29.03.2022 Cet article est archivé
Aussi au Luxembourg

«Le risque d'exploitation des réfugiés ukrainiens est réel»

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Pour le service Infotraite, il est très important que des réfugiés ukrainiens ne sombrent pas dans une possible traite des êtres humains. C'est déjà arrivé dans d'autres pays européens.

En termes de lutte contre la traite des êtres humains, le Luxembourg fait sans aucun doute partie des meilleurs élèves au monde. Pas plus tard que dans le dernier rapport sur le trafic des personnes, publié en juillet dernier, le Grand-Duché s'était classé au niveau 1, au meilleur niveau possible autrement dit. Le rapport a vanté l'efficacité des procédures et des mesures luxembourgeoises mises en place pour lutter contre ce fléau.  


Ukrainian evacuee Luda Oksonenko holds her two month old baby after crossing the Ukrainian-Romanian border in Siret, northern Romania, on March 16, 2022. - More than three million people have fled Ukraine since the start of the invasion, the UN migration agency IOM says. Around half are minors, says the UN children's agency. (Photo by Armend NIMANI / AFP)
2.900 réfugiés ukrainiens accueillis au Luxembourg
400 personnes sont venues s'ajouter le 15 mars aux 2.500 réfugiés déjà présents dans le pays. Ils peuvent bénéficier du statut de protection temporaire, qui leur permet de travailler.

Seulement voilà, suite à la guerre en Ukraine, de nombreuses personnes continuent encore aujourd'hui à fuir leur pays à destination d'autres pays européens, dont le Luxembourg. Il s'agit majoritairement de femmes, d'enfants et de personnes âgées, souvent dépourvus de ressources financières et matérielles.

Les pays limitrophes de l'Ukraine ont d'ailleurs déjà signalé des tentatives d'exploitation ou de traite, notamment par le biais d'arrangements frauduleux de voyage ou d'offres d'hébergement en contrepartie de services ménagers ou garde d'enfants à effectuer par les réfugiés. Un exemple concret d'ailleurs survenu il y a quelques jours en Belgique où l'inspection du travail et la police d'Anvers ont découvert, dans une boucherie, trois femmes réfugiées ukrainiennes travaillant à l'étage de l'établissement, dans la plus grande clandestinité. Elles ne disposaient bien évidemment d'aucun permis de travail, ni d'une quelconque sécurité sociale.

Un risque de traite des êtres humains

L'exploitation des réfugiés ukrainiens concerne donc n'importe quel pays et ces signalements sont pris très au sérieux par le Luxembourg, qui a reconnu  l'existence d'un risque de la traite des êtres humains dans le contexte actuel. Un sentiment également partagé par le service «Infotraite», mis en place par le service d’assistance aux victimes de la traite des êtres humains (SAVTEH) et le centre Ozanam – traite des êtres humains (COTEH) de la Fondation maison de la porte ouverte.


Jennifer Pauwels im Katzenzimmer, in dem sich momentan zehn ukrainische Samtpfoten in Quarantäne aufhalten.
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Interrogée, une collaboratrice du service nous explique qu'à l'heure actuelle, aucun cas de traite de réfugiés ukrainiens n'a été recensé au Luxembourg. «Cela ne veut toutefois pas dire que le danger que cela se produise n'existe pas. C'est un phénomène qui ne connaît pas de frontières et malheureusement, on suppose qu'il ne s'agit plus que d’une question de temps avant de voir apparaître des premiers cas d'exploitation de réfugiés», explique cette collaboratrice. 

Justement, comment pourrait se traduire cette traite des êtres humains? Selon le gouvernement, qui a récemment communiqué sur la question, elle pourrait prendre trois formes différentes. On parle d'abord d'une exploitation sexuelle où les victimes sont obligées de se prostituer et l'auteur en tire un profit illicite. Le gouvernement évoque également une obligation de commettre des délits et des crimes sous la contrainte, par exemple le transport de drogue ou le vol.

Des secteurs plus à risque que d'autres

Enfin, il est aussi question de l'exploitation par le travail où les victimes sont obligées de travailler dans des conditions contraires à la dignité humaine et sans rémunération adéquate. Les secteurs à plus haut risque sont le bâtiment, l'agriculture, l'horeca ou encore le travail domestique.

Les méthodes de recrutement des auteurs sont diverses. Les méthodes les plus courantes sont les annonces dans les journaux ou les médias sociaux. Mais il arrive aussi que les auteurs soient des amis ou même des membres de la famille. C'est ce que montre le cas d'un couple de Rumelange qui a été condamné en 2020 à des peines avec sursis pour traite d'êtres humains. Il leur était reproché d'avoir exploité une nièce mineure, arrivée de Guinée-Bissau en 2015, comme main-d'œuvre bon marché.   

Pour «Infotraite», tous ces dangers potentiels sont avérés et ne sont clairement pas à prendre à la légère. «Quand on sait qu'une grande partie des réfugiés sont des femmes, il est clair qu'il y a un risque que certaines d'entre elles soient victimes d'attouchements, de harcèlement ou d'exploitation sexuelle, au sein de leur famille d'accueil notamment. On pense aussi au danger de pédophiles potentiels concernant les enfants réfugiés.» 


TOPSHOT - A family crosses the railway trucks at Lviv train station, western Ukraine, on March 5, 2022. - The UN Human Rights Council on March 4, 2022, overwhelmingly voted to create a top-level investigation into violations committed following Russia's invasion of Ukraine. More than 1.2 million people have fled Ukraine into neighbouring countries since Russia launched its full-scale invasion on February 24, United Nations figures showed on March 4, 2022. (Photo by Daniel LEAL / AFP)
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La collaboratrice d'«Infotraite» estime également qu'une majorité des réfugiés ukrainiens ont à cœur de s'investir dans la société luxembourgeoise en trouvant un travail le plus vite possible notamment. «Ils veulent se créer une existence ici au Luxembourg, surtout que la loi leur permet de ne pas devoir attendre les papiers de régularisation ou une autorisation de travail. Ils peuvent immédiatement commencer à travailler. Toutefois, certaines personnes qui arriveraient ici pourraient ne pas être suffisamment informées sur leurs droits ou les lois luxembourgeoises. Ils auraient donc tendance à accepter très vite n'importe quel type de travail». Le risque pour les réfugiés de sombrer dans l'exploitation au travail est donc bien réel.

Un phénomène global

Malgré son statut de pays «modèle» en matière de lutte contre la traite des êtres humains, le Luxembourg n'est pas indemne du phénomène à en croire «Infotraite». «Nous avons déjà eu des victimes en provenance de l'Amérique du Sud, de l'Afrique, de la Chine, de l'Inde ou encore des Philippines et du Népal, c'est très global. On peut dire qu'en général, ce sont vraiment des pays où les circonstances économiques et socioéconomiques sont très précaires. Ces gens sont bien souvent prêts à saisir leur chance en Europe immédiatement car ils espèrent pouvoir subvenir aux besoins de leur famille restée au pays. Malheureusement, c'est souvent dans ces cas-là que le danger de se retrouver exploité est réel.»


People wait for transportation after crossing the Ukrainian border into Poland, in Medyka, eastern Poland, on March 11, 2022. - Some 2.5 million people have fled Ukraine since Russia invaded two weeks ago, and another two million have been internally displaced by the war, the United Nations said on March 11, 2022. (Photo by Louisa GOULIAMAKI / AFP)
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D'où l'importance d'un suivi constant de chaque réfugié entrant dans le pays. Le gouvernement a d'ailleurs pris les choses en main récemment en prenant des mesures de prévention avec les autres acteurs concernés. «L'Office national de l'accueil (ONA) et ses partenaires Caritas et Croix-Rouge sensibilisent les personnes hébergées à la traite des êtres humains de manière systématique et distribuent un dépliant dont l'objectif est d'informer les victimes potentielles sur leurs droits, notamment où trouver de l'aide et de la protection, ceci dans une langue qui est courante aux personnes. Une mise à jour régulière des informations est prévue, ainsi qu'une traduction en ukrainien des données disponibles», a d'ailleurs annoncé le gouvernement à travers un communiqué.

Sur les 23 victimes présumées recensées par un rapport de la Commission consultative des droits de l'homme (CCDH) entre 2019 et 2020, seules six ont pu être officiellement identifiées par la police comme victimes de traite des êtres humains. Elles seules ont droit à une prise en charge complète par Infotraite. Les personnes admises dans le programme intégral bénéficient d'un suivi intensif qui s'adapte aux besoins des victimes. Les personnes concernées sont d'abord hébergées dans une structure. Elles reçoivent une aide financière de 362 euros par mois, bénéficient d'un suivi psychologique et médical et d'un soutien juridique et administratif. Des cours de langue sont également proposés.

L'année dernière, 29 personnes ont participé au programme. L'objectif est de permettre aux personnes concernées de se remettre sur pied. Cela implique de trouver un logement et d'exercer un travail régulier. Mais cela est particulièrement difficile pour les personnes originaires de pays tiers. Elles ne possèdent qu'un permis de séjour provisoire pour la durée du programme. Elles n'ont donc accès au marché du travail que sous certaines conditions. 


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