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Le revers de la médaille de l'anti-gaspi
Luxembourg 2 min. 19.12.2019 Cet article est archivé

Le revers de la médaille de l'anti-gaspi

Le revers de la médaille de l'anti-gaspi

Photo: Maurice Fick
Luxembourg 2 min. 19.12.2019 Cet article est archivé

Le revers de la médaille de l'anti-gaspi

Maurice FICK
Maurice FICK
Si de plus en plus de consommateurs agissent contre le gaspillage alimentaire en arrivant à la caisse de leur supermarché, ce réflexe citoyen à un impact inattendu sur les épiceries sociales. Elles sont contraintes d'acheter des produits frais qui leur étaient donnés jusqu'ici.

«Notre but est de réduire de 25% le gaspillage alimentaire d'ici fin 2020 par rapport à 2015. L'objectif est d'arriver à -50% d'ici 2025. Actuellement nous atteignons plus de 17%», pose Julien Wathieu. Le porte-parole de Lidl s'est transformé en porte-chèque ce jeudi pour remettre plus de 27.000 euros de dons à la Spëndchen, la centrale commune à la Caritas Luxembourg, Croix-Rouge luxembourgeoise et Aarbechtshëllef  pour approvisionner leurs douze épiceries sociales en aliments, produits d'hygiène de première nécessité et vêtements d'occasion. Au total, 16 épiceries sociales émaillent le pays et permettent à 12.500 personnes par an de passer un cap difficile.


Le gaspillage alimentaire, tous concernés
124 kilos de nourriture sont jetés par an et par personne au Luxembourg alors que près de la moitié de ces déchets pourraient être évités. Pour limiter le phénomène, les consommateurs peuvent déjà compter sur les mesures mises en place.

Pour réduire ses pertes alimentaires Lidl a mis en place une opération «zéro gaspi» en revendant par exemple ses cagettes de fruits et légumes, devenus moins appétissants au regard, à 1 euro les 3 kg. Et toutes les grosses enseignes de la place ont une stratégie pour vendre à prix cassés leurs produits frais qui seraient périmés le lendemain. Un gros point positif dans un pays où chaque personne jette 124 kg de nourriture par an. 

Près de 12.500 personnes ont le droit d'accéder à une des 16 épiceries sociales du Luxembourg. Mais «beaucoup de gens ne trouvent pas le chemin vers un officiel social et cherchent un autre moyen pour joindre les deux bouts, sait Fabien Schmit.»
Près de 12.500 personnes ont le droit d'accéder à une des 16 épiceries sociales du Luxembourg. Mais «beaucoup de gens ne trouvent pas le chemin vers un officiel social et cherchent un autre moyen pour joindre les deux bouts, sait Fabien Schmit.»
Photo: Maurice Fick

Mais la médaille de la lutte contre le gaspillage de denrées à son revers. «On remarque que d'un côté cet aspect positif de l'anti-gaspi gagne du terrain mais d'un autre côté, nous recevons moins», explique Fabien Schmit, gérant de la Spëndchen. Moins de dons de fruits, de légumes, de produits de crémerie et de viande qui s'approchent de la date de péremption mais qui restent tout à fait consommables. 

«15 à 20%» de viande et de produits laitiers en moins

L'ennui c'est que dans une «Buttek» destinée aux plus mal lotis de la société, «on essaye d'avoir des fruits et légumes tous les jours, ne serait-ce que par souci d'équilibre alimentaire», rappelle Leonora Lika, gérante de l'épicerie sociale, rue Michel Welter à Luxembourg, pour laquelle «entre 180 et 210 familles ont un droit d'accès de quelques semaines et jusqu'à trois mois au maximum». 


Le frigo antigaspi en a régalé plus d'un
Huit semaines après son lancement, les initiateurs de ce projet pilote peuvent se réjouir du succès de la formule. Plus de 300 kilos de nourriture ont pu être reconditionnés et faire le bonheur de consommateurs de Tuntange et environs.

Le phénomène de l'anti-gaspillage pénalisant l'approvisionnement des étals des épiceries sociales «grimpe depuis juin 2018, quand ce sujet est devenu explosif au Luxembourg», note Fabien Schmit. Les répercussions sont palpables, puisque «les pertes se chiffrent entre 15 et 20% en ce qui concerne l'approvisionnement en viande et crémerie». Sur son budget d'achats de produits frais s'élevant à 1,3 million d'euros en 2018, il estime que ces achats supplémentaires représenteront «de 4 à 5% de plus» cette année. 


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