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«Le retour du télétravail s'envisage plus sereinement»
Luxembourg 8 min. 29.11.2021
Ressources humaines

«Le retour du télétravail s'envisage plus sereinement»

La Belgique, par exemple, a déjà rendu le télétravail obligatoire ces derniers jours.
Ressources humaines

«Le retour du télétravail s'envisage plus sereinement»

La Belgique, par exemple, a déjà rendu le télétravail obligatoire ces derniers jours.
Photo : AFP
Luxembourg 8 min. 29.11.2021
Ressources humaines

«Le retour du télétravail s'envisage plus sereinement»

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Face au rebond épidémique, le travail à distance risque de revenir à l'ordre du jour. Une organisation à laquelle sociétés et salariés sont désormais bien rodés, indique le docteur en psychologie Philipp Sischka.

Si à la rentrée la tendance était plutôt au retour dans les open spaces, les employés luxembourgeois risquent peut-être de retrouver le chemin de la maison plus tôt que prévu. A constater le débordement du nombre d'infections, ce lundi, le Luxembourg pourrait bien encourager (imposer?) le recours au télétravail. Vendredi déjà, le conseil de gouvernement a fixé le nombre maximum de jours de télétravail au sein de la fonction publique, «si faisable»,  à quatre jours par semaine (contre trois jours jusqu'alors).


Cinq jours de bonus pour les télétravailleurs français
Cette fois, c'est entériné : Paris et Luxembourg se sont entendus pour relever le seuil de tolérance fiscale des frontaliers à 34 jours. De quoi aligner la France sur l'accord trouvé avec la Belgique.

Au plus fort de la crise covid, en juin 2020, 52% des salariés du pays avaient déjà officié à leur domicile. Ce taux s'est par la suite stabilisé en 2021 à 41% de télétravailleurs au deuxième semestre.  S'il a pu être synonyme de stress lorsqu'il s'est généralisé, le travail à la maison est cette fois-ci mieux envisagé. Ainsi, la population active est «mieux préparée», estime Philipp Sischka, docteur en psychologie à l'Université du Luxembourg.

Qu'ont à craindre les salariés luxembourgeois en cas d'un retour massif au télétravail ?

Philipp Sischka : «Au début de la pandémie, de nombreuses personnes ont dû travailler à la maison sans expérience préalable et sans y avoir été préparées. Elles s'y sont lancées sans être prêtes, que ce soit au niveau de l'organisation ou du matériel. Nous sommes désormais dans une autre situation; les potentiels ''dangers'' du télétravail sont bien moins prononcés. 


Télétravailler ne deviendra pas un droit
...ni une obligation. Ainsi comptent en décider les députés après le débat public, lundi matin, autour de la pétition réclamant que le home-office soit clairement accessible à tous les salariés pouvant assurer certaines missions en dehors du bureau.

Néanmoins, le télétravail risque toujours d'affecter le bien-être des employés. Cela dépendra du contexte dans lequel il sera instauré. Par exemple, si les crèches ferment à nouveau et que les salariés doivent à la fois gérer garde des enfants et travail, cela peut vite redevenir une situation stressante. 

Les études montrent par ailleurs que le rythme du home-office est un facteur critique sur la santé mentale. Les employés ne télétravaillant qu'un jour par semaine rapportent globalement un niveau de bien-être supérieur.

D'un point de vue psychologique, les employés sont-ils prêts à un retour fort au télétravail?

«Oui, bien évidemment. Toutes les personnes ayant occupé un poste où le télétravail a été possible ont déjà fait l'expérience du travail à la maison. Et ce, pendant un laps de temps parfois très long. Par conséquent, elles peuvent aborder cette période plus sereinement.


Les effets pervers de la communication digitale
L'usage des différents outils numériques au cours du confinement aura eu des effets néfastes sur les personnes en télétravail lors du confinement, relève mardi une étude du Liser. En cause notamment, une utilisation «trop intense» et trop «impersonnelle».

Mais, bien sûr, les entreprises peuvent les aider davantage. Si le télétravail vient à nouveau à se généraliser, elles peuvent s'assurer que leurs salariés disposent de tout le matériel nécessaire. Un des problèmes rencontrés est notamment l'ergonomie, qui n'est pas la même lorsque l'on travaille chez soi. Les sociétés pourraient donc, cette fois, porter une meilleure attention à cet aspect pour permettre à leurs travailleurs d'aborder plus tranquillement cette nouvelle étape.

Dans ce contexte de ''stop and go'', comment une entreprise peut-elle s'assurer du bien-être de ses employés ?

«La réponse se trouve dans l'adaptabilité. Pour les salariés qui se sentent plus à l'aise de travailler au bureau, l'entreprise doit essayer de trouver une solution pour leur permettre de s'y rendre au moins quelques jours par semaine. Pour ceux qui ont vraiment peur d'être infectés par le virus en venant au travail, ils doivent conserver l'opportunité de travailler en grande partie chez eux. Ces personnes devraient pouvoir venir au bureau uniquement lors de situations critiques. Bien sûr, ce n'est pas toujours envisageable. Il y a des postes qui ne peuvent pas s'adapter à un télétravail aussi flexible. Mais ce serait une très bonne solution qui permettrait globalement de faire baisser le stress que peut engendrer le télétravail chez certains employés.  


Beaucoup de témoignages après confinement parlent du plaisir d'avoir échappé aux horaires mais mettent surtout en avant la difficulté de travailler chez soi.
Huit salariés sur dix pour le maintien du télétravail
Imposé par le confinement et maintenu dans une partie des secteurs d'activité, le travail à domicile séduirait ceux qui le pratiquent. Les avantages seraient ainsi plus importants que ses inconvénients, révèle l'étude de la Chambre des salariés de Luxembourg publiée ce mardi.

Il est important que l'entreprise assure également un soutien moral. En ce sens, le rôle du manager est très important. Il doit s'assurer que les personnes en télétravail aient suffisamment de feedback. Il faut également qu'elles soient assurées qu'en cas de questions, elles pourront avoir une réponse rapide. Ce point particulier a également fait l'objet de reproches de la part de certains employés qui ont indiqué se sentir très stressés.

En permettant plus de flexibilité aux employés qui souhaitent - ou non - venir travailler au bureau, l'entreprise pourra ainsi continuer de faire respecter les mesures de sécurité telles que la distanciation sociale ou le port du masque. 

Dans quels cas l'obligation du télétravail peut être néfaste sur la santé mentale des employés ?

«Les jobs où il existe une grande interdépendance entre les salariés sont souvent les plus délicats à réaliser en télétravail. Lorsque des personnes dépendent de l'avancée du travail de leurs collègues, elles témoignent généralement d'un niveau moins élevé de satisfaction au travail. En ayant l'autorisation de venir quelques jours par semaine au bureau, ces personnes pourraient non seulement avancer sur les échéances critiques devant être discutées en vrai tête-à-tête, mais également se consacrer plus à échanger avec les autres salariés. Car les employés qui sont en distanciel rapportent de moins bonnes relations avec leurs collègues, ce qui peut les affecter. 

Par contre, les personnels ''autonomes'' ne devant se soumettre à aucune contrainte, comme par exemple l'organisation de la garde des enfants, sont généralement très satisfaits de se retrouver en télétravail. C'est une situation à laquelle ils peuvent très bien s'adapter. 

En soi, le travail à distance n'est pas une bonne ou une mauvaise chose. Cela dépend vraiment du contexte : quel est mon travail, quelles sont les caractéristiques de mon poste et quelle est ma situation à la maison? Le fait d'avoir un bureau chez soi, un espace calme propice à la concentration est évidemment un facteur important d'efficacité.

Existe-t-il une différence de perception du télétravail entre managers et employés ?

«Je dirais que les managers sont plus habitués à s'organiser en télétravail. Une étude a notamment montré que le télétravail avait un impact moindre à ce niveau de responsabilité. Bien sûr, il existe des managers qui ne sont pas habitués au télétravail ou qui préfèrent voir leur équipe au bureau. Donc ils souffrent plus du distanciel. Mais généralement, grâce aux nouvelles technologies, toutes les techniques de management peuvent s'effectuer à la maison. »

Quels sont vos conseils pour que chacun aborde plus sereinement cette période d'incertitudes ?

«Je dirais que chaque personne doit se concentrer sur les avantages procurés par le télétravail. Pour les salariés qui se trouvent dans la situation d'interdépendance que nous avons évoquée, il est préférable de se serrer les coudes entre collègues. 

On a tous eu l'expérience de voir certains aspects de notre vie s'améliorer réellement lorsque l'on travaille à la maison. Lorsque je prends ma situation comme exemple, j'ai un fils, et le télétravail me permet de le voir plus souvent. Je passe plus de temps avec ma famille, j'ai également plus d'autonomie dans mon travail. 


Group of businessmen and businesswomen smart working from home. View from side of woman talking to her colleagues about business plan over a video conference.
Le home office favoriserait le bien-être au travail
Imposé par le confinement et maintenu dans une partie des secteurs d'activité, le recours au télétravail fournirait aux salariés qui le pratiquent un «avantage», selon le «Quality of work index 2020», publié mercredi par la Chambre des salariés. Notamment en termes de satisfaction au travail.

Pour faire baisser le stress, les psychologues du travail recommandent d'effectuer des exercices de méditation, du sport, des activités familiales. Ce sont ces moments qui permettent de moins penser au travail et de relâcher la pression. Il est impératif d'essayer de mieux organiser sa journée en se fixant un cadre, tel que des horaires de travail. Cela permet de se détacher psychologiquement de ses missions professionnelles, et d'éviter d'y penser constamment. Il faut être vigilant à ne pas flouter les barrières qui existent entre le travail et la vie privée.»

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